Rencontre avec trois figures des printemps arabes

L'Américain Andy Carvin, l'Egyptien Wael Abbas, et le Tunisien Malek Khadhraoui étaient invités du   colloque  4M (pour médias, mutations, Montpellier et Méditerranée) les 21 et 22 juin dernier. Le thème de cette rencontre était "e-politique : après les révolutions, les élections". L'occasion pour l'équipe de l'Atelier d'interroger ces trois figures des Printemps Arabes sur leur vision de ces événements et de l'actualité.

 

Andy Carvin, le "dj-journaliste"

C'était un peu la star de cette seconde édition des 4M : le journaliste américain Andy Carvin. Sa conférence intitulée "La curation, un nouvel outil de crise?" était l'une des plus attendues du colloque. Pourquoi un tel engouement ? Sans doute parce qu'Andy Carvin, aujourd'hui chargé de stratégie à la radio NPR, est l'un des journalistes et utilisateurs de Twitter les plus fiables qui soient au sujet des révolutions arabes, un sujet qui est au cœur des 4M.

Sans quitter son Amérique natale ou presque, Andy s'est servi de ses contacts dans la blogosphère arabe et de Twitter pour repérer, puis recouper et publier toutes les informations qu'il a pu trouver sur le web concernant les soulèvements populaires du monde arabe. Une activité qui lui a demandé des milliers d'heures de travail mais aussi d'innombrables coups de pouce : d'après ce que Carvin a déclaré à Rue 89, son réseau compterait 200 000 collaborateurs!

Aujourd'hui, il prêche pour une plus large utilisation des réseaux sociaux au sein des rédactions, et propose une nouvelle métaphore pour le journaliste. Celle du DJ, qui tout en restant attentif à un public, doit "recevoir les demandes, écouter les rythmes et les mélanger, les mettre en ordre". Andy Carvin s'explique sur cette analogie, et sur sa vision de l'après-révolution dans l'entretien accordé à l'atelier des médias à écouter dans le lecteur au bas du billet, mais aussi dans cet article de P. Couve.

 

 

Wael Abbas, le "former internet junky" devenu cyber dissident

Journaliste, blogueur et surtout activiste égyptien, Wael Abbas a fait le déplacement jusqu'à Montpellier pour participer à deux débats. Le premier sur le rôle d'internet en période d'élection présidentielle, le second sur "l'internet, nouveau faiseur de rois". Wael Abbas a commencé à se servir d'internet dès 1994. A partir de 2005, encouragé par la publications de certains de ses écrits en ligne, il décide de ne plus se cantonner au téléchargement de musique et aux discussions sur les forums. Il crée son blog où il parle politique, religion et problèmes de société.

Il y prête particulièrement attention aux mouvements sociaux qui, déjà à l'époque, se font entendre en Égypte. Se substituant aux médias traditionnels qui ne les couvrent pas, le blog de Wael Abbas devient une référence où des milliers d'internautes mais aussi les médias officiels viennent chercher des informations données nulle part ailleurs.

 

                (Pierre Haski de Rue 89, avec Wael Abbas, image du Facebook des 4M)

 

Un an et demi après la révolution qui a mis fin au régime Moubarak, Wael Abbas compte bien poursuivre son travail d'activiste, d'autant plus qu'à ses yeux le régime militaire en place est pire que l'ancien régime pour ce qui est de la liberté d'expression : médias à nouveau sous contrôle, blogueurs emprisonnés...

 

Malek Khadhraoui, "the stranger"

                (photo extraite du compte Flickr de 4M Tunis où était intervenu Malek Khadhraoui, 2e à droite)

Quand la révolution tunisienne a éclaté, Malek Khadhraoui était encore en France, d'où il tenait son blog, "the stranger". Cela avait d'ailleurs permis à l'atelier des médias de l'interviewer avant qu'il ne reparte dans son pays natal en 2011. Là, il retrouve ses collaborateurs de Nawaat.org, un blog collectif très impliqué dans la lutte contre le régime de Ben Ali.

Présent dès le début de l'aventure Nawaat, en 2004, Malek Khadhraoui en est le co-administrateur, et l'un des auteurs principaux. Il décrit la plateforme comme étant à l'époque l'un des seuls espaces d'expression possibles pour la société civile et l'opposition tunisienne, dans un pays où la cyber dissidence était encore vivement combattue. Plus largement, internet est pour lui la première arène démocratique qui ait existé en Tunisie.

Aujourd'hui, ce n'est plus la seule. Même s'il ne se réjouit pas de l'arrivée au pouvoir des islamistes d'Ennahda, Malek Khadhraoui est confiant pour l'avenir de son pays. Il estime les médias tunisiens traditionnels libérés, et sait l'action du gouvernement tenue à l’œil par les journalistes professionnels et journalistes citoyens.

Ecoutez l'entretien avec Andy Carvin, Wael Abbas et Malek Khadhraoui dans le lecteur ci-dessous :


Prochainement

Retrouvez aussi des images du colloque 4M 2012 ici, et des vidéos de quelques conférences et ateliers . Celle-ci est de Simon. 

crédit image : Said Ait Ali Said

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