Canal+, cette télévision qui perd de l’argent en France

Le groupe Vivendi contrôlé par Vincent Bolloré a annoncé des pertes pour les six chaînes de Canal+ France et un projet d’accord pour distribuer la chaîne de son concurrent Bein Sports.

Jeudi 18 février, lors de la présentation des résultats annuels de Vivendi, Arnaud de Puyfontaine, le président du directoire de Vivendi, n’a pas hésité à plomber les comptes de Canal+ en rappelant que ce groupe audiovisuel perdait de l’argent depuis quatre ans en France. Une situation qui menace, selon un communiqué, l’ensemble du groupe Canal, qui « emploie 8200 personnes et est un acteur majeur dans le financement et le développement du cinéma français » (il investit près de 800 millions d’euros dans une centaine de films par an). Une façon de rappeler au gouvernement, et plus particulièrement à sa nouvelle ministre de la Culture Audrey Azoulay, que Canal+ est le grand argentier du septième art et ce n’est pas le moment de lui mettre des bâtons dans les roues. 

Fleur Pellerin, la ministre qui lui a précédé, soutenait il y a encore quelques semaines la proposition de loi du député PS Patrick Bloche, attendue à l’Assemblée le 9 mars, qui entend protéger les rédactions des médias audiovisuels de leurs grands propriétaires industriels. Vincent Bolloré, président du conseil de surveillance de Vivendi, est directement visé : il est accusé d’avoir censuré sur Canal+ en 2015 un documentaire sur le Crédit mutuel, banque avec laquelle il est en affaires. 

Accord attendu avec Bein Sports

Mais revenons aux comptes de Canal+. Alors même qu’il gagne de l’argent en Afrique où il totalise plus de 2 millions d’abonnés sur 11,2 millions au global, le groupe Canal + a perdu l’an dernier 264 millions d’euros dans l’Hexagone et 316 000 abonnés. D’où l’importance de l’accord qu’il projette de signer avec le groupe qatari Bein Sports dès lors que l’Autorité de la concurrence aura donné son aval. Le groupe compte sur la concurrence nouvelle d’Altice, le groupe de Patrick Drahi, qui vient d’acquérir des droits de la League anglaise pour 300 millions d’euros, pour ne pas apparaître dans une situation d’abus de position dominante. C’est cette même Autorité de la concurrence qui lui avait interdit toute distribution exclusive d’une chaîne premium après  la fusion TPS-Canalsat en 2007.

En devenant le distributeur exclusif de cette chaîne sportive, Canal+ remettrait indirectement la main sur des droits majeurs comme une partie de la Ligue 1 ou la Ligue des champions. Ce serait pour lui l’occasion de construire une offre avec des droits sportifs de Canal+ ET de Beinsport, bref un assemblage de chaînes qui reviendrait pour le téléspectateur à prix plus plus coûteux que les 13 euros mensuels que revient actuellement l’abonnement à la très déficitaire Beinsports (250 millions d’euros de pertes par an pour avoir

Hausse des prix attendue

Une perspective qui inquiète l’association de consommateurs UFC-Que choisir, qui craint que cela ait pour conséquence d’augmenter les tarifs. Car même si Bein Sports pourrait continuer à être accessible à 13 euros par mois sur Internet, l’idée est bien de remonter fortement ce tarif, sans doute même de le doubler dès lors que l’on passe par une box ADSL, le câble ou Canalsat. Est-ce que ce sera suffisant pour faire repartir Canal + en France ? Bolloré l’espère mais il faut ensuite que l’Autorité de la concurrence valide l’idée qu’il n’y aura pas qu’un seul acteur sur le marché des droits sportifs en France, du fait de la concurrence d’Altice, le propriétaire de SFR.

Pour Vivendi, Bolloré compte sur les synergies entre ses chaînes de télé, Dailymotion, ses maisons de disques et les artistes d’Universal, dont il vient de débarquer le patron Pascal Nègre, et un développement dans la production et les jeux vidéos pour lequel il veut acquérir Gameloft. Bref, il s’agit d’édifier un « leader mondial des médias et des contenus ». On le dit même intéressé par Mediaset Premium, la filiale de télé payante de Berlusconi en Italie, pays où il possède déjà 21,4% de Télécom Italia. On le voit, même si Vincent Bolloré a vendu SFR à Patrick Drahi, les médias ne sont pas pour lui très loin des télécoms quand l’opportunité se présente.

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Amaury De Rochegonde
Journaliste, rédacteur en chef-adjoint à Stratégies, spécialités Médias et RH, chroniqueur @RFI

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