Burkina : un coup de force médiatique ?

Burkina : un coup de force médiatique ?

Quelles sont les conséquences du coup de force au Burkina Faso sur les médias du pays ?

Un coup d’Etat au Burkina Faso ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’opinion française n’a pas été abreuvée d’informations sur cet événement si l’on en juge par le faible écho qu’il a reçu sur les chaînes nationales, à la radio et même dans les quotidiens. Dans l’audiovisuel, la plupart des médias français se sont ainsi contentés de diffuser l’intervention de François Hollande condamnant ce coup d’Etat. Pourtant, il y a de quoi raconter bien des choses sur ce pays aux 18 millions d’habitants. Un pays qui a une histoire avec  Thomas Sankara, le Che Guevara africain, assassiné en 1987 et dont la mémoire persiste auprès de nombreux jeunes Africains. Au Burkina, une enquête a été lancée récemment sur la mort de Thomas Sankara, son cadavre a été exhumé. Coïncidence ou pas, le nouvel homme fort du pays, le général Diendéré est justement cité dans cette affaire…

S’il est un pays où les médias scrutent, en revanche,  avec une attention fébrile le déroulé des événements, c’est le Burkina lui-même. D’abord parce que comme le notait en janvier l’ONG International Media Support les médias bukinabé ont joué un grand rôle dans la transition démocratique. Avec 150 radios, 21 chaînes de télé privées, 70 journaux – dont neuf quotidiens - et 14 sites d’info en ligne, ils ont expliqué les conséquences d’un changement de l’article 37 de la constitution, qui aurait permis à Blaise Compaoré de se perpétuer au pouvoir. Ils ont ensuite assuré la couverture des événements d’octobre 2014 qui ont vu de nombreux jeunes défiler dans la rue. Bref, comme le rapporte l’ONG, les médias ont « comblé le vide laissé par plusieurs années d’une société civile fracturée, fragilisée et une opposition politique faible ».

Média clé pendant cette crise d’octobre, la radio a vu émerger Omega FM, une station qui n’a jamais cessé d’émettre pendant toute la durée du conflit, contrairement à celles qui s’autocensuraient ou s’arrêtaient. Du côté des sites d’actu qui touchent près de 45000 visiteurs par jour, Le faso.net et Burkina24 se sont distingués par leur couverture journalistique l’an dernier alors que moins de 5% de la population a accès à Internet. Pas étonnant, au final, si ce sont précisément ces médias qui ont été la cible des autorités putschistes. A Ouagadougou, la radio Omega s’est vue intimer l’ordre de cesser sa diffusion en direct si elle ne voulait pas voir ses locaux brûler et Burkina 24 a eu un de ses reporters blessés lors d’une intervention de militaires. Reporters sans frontières a appelé jeudi les autorités à laisser les médias couvrir librement l’actualité.

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Amaury De Rochegonde
Journaliste, rédacteur en chef-adjoint à Stratégies, spécialités Médias et RH, chroniqueur @RFI

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Commentaires

  • Merci pour ce clin d'œil qui résume assez bien la situation dans mon pays; pour n'avoir pas vécu ici au pays cette page noire de son histoire, on ne peut vous en tenir rigueur pour la brièveté de vos observations dans ce billet. Mais, ne vous en faites pas, nous vous apporterons des informations croustillantes qui vous éclaireront au mieux sur le tonnerre qui a grondé au Faso!  

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