Celles et ceux qui ont voyagé au Sénégal savent, en général, que le cinéma de Bollywood et sa musique y sont très prisés. Ce qu'elles et ils savent moins, c'est que des dizaines d'émissions radio décryptent chaque semaine la culture "Hindou" comme, par déformation, on appelle la culture populaire indienne au pays de la Teranga. Nombreux sont les animateurs et les indophiles qui parlent Hindi et traduisent pour leurs compatriotes les paroles de chansons d'un pays qu'ils n'ont jamais visité. Découverte et décryptage de l'amour de l'Inde dans les médias au Sénégal avec ce reportage réalisé en collaboration avec l'Afrique Enchantée de France Inter.

 

C'est en parlant avec mon ami Oumar Wane, il y a un an, que j'ai réalisé la place qu'occupe la culture indienne dans le quotidien et le cœur de centaines de milliers de Sénégalais. Je connaissais, bien sûr, le goût des populations d'Afrique pour le cinéma de Bollywood. Quand j'ai commencé à travailler sur le continent, nombreuses encore étaient les salles qui diffusaient en boucle les films indiens. Aujourd'hui, la télévision et les DVD alimentent encore cette passion. Quand Oumar m'a décrit les foules gigantesques venues accueillir Pallavi Kukarni, actrice de la série Vaidehi lors d'un passage au Sénégal. Quand il m'a parlé d'Amadou Bâ Diagne, Mamadou Pam, Mamadou Kane, stars de la radio et de la télé capables de raconter , traduire, décrypter, chanter, des centaines de chansons hindies. Quand Oumar m'a relaté sa propre passion pour la culture indienne, insistant sur le Kérala, le Rajasthan m'expliquant leur culture, leurs traditions...qu'ils semblait si bien connaître sans jamais y être allé...Quand j'ai réalisé tout cela, j'ai compris que nous devions relater cette histoire. 

 

 Oumar Wane, passionné de culture et de cinéma indien

 

Les véritables stars planétaires

 

Les voies de la culture mondiale sont méconnues. Alors qu'en Europe et en Amérique, chacun a l'impression qu'Hollywood est le centre de l'univers people. Il suffit de faire un pas de côté, refaire les calculs (1 milliard +, 1 milliard + 1 milliard ..) pour se rendre compte que la vraie culture populaire mondiale est avant tout asiatique. Pour mes amis Sénégalais, les stars interplanétaires ne sont ni De Niro, ni Di Caprio, ni Madonna... Les personnalités qu'ils vénèrent se nomment Amitabh Bachchan, Aamir Khan, Aishwarya Rai...

 

 

Bollywood Teranga : les médias indophiles au Sénégal est une invitation à regarder notre monde différemment. Pour beaucoup de nos auditeurs, ce reportage raconte des faits, des événements, des phénomènes qu'ils connaissent. Pour d'autres, il éclaire une réalité mal connue et peu comprise de la diffusion des cultures mondiales.

 

 

Amaou Bâ Diagne : le patriarche

 

Sur la route de Bollywood Teranga, notre première rencontre a été celle du père. Présenté (à tort) comme le premier animateur radio du Sénégal à avoir consacré des émissions à la culture indienne, Amadou Bâ Diagne est assurément le plus connus des indophiles.

 

 Amadou Bâ Diagne au mariage de sa nièce

 

Malgré son bel âge, l'homme a gardé un dynamisme et une verve hors normes. Nous l'avons rejoint, avec Simon et avec l'équipe de l'Afrique enchantée, dans le quartier de Pikine où sa nièce se mariait. Il était très honoré de faire l'objet de notre visite. Il avait préparé sur un modeste bout de papier, dans une écriture soignée, une biographie que Vladimir Cagnolari a conservée. Bien que'imprécis sur certaines dates et sur la chronologie, Bâ Diagne a encore une excellente mémoire. Il se souvient des paroles de centaines de chansons qu'il peut traduire couplet par couplet. Il se souvent aussi du nom de ses émission sur la RTS. L’Inde pays au 1000 visages en français, Musique et culture de l’Inde en wolof lancées dès en 1982. Des émissions qui ont rendu l'animateur célèbre dans tout le pays. Bâ Diagne s'est aussi distingué par son activité culturelle et ses talents de chanteur au sein du Rajasthan Club (un aspect exploré plus avant par nos collègues de l'Afrique Enchantée)

 

 La biographie manuscrite d'Amadou Bâ Diagne par lui-même

 

La première émission sur l'Inde au Sénégal

 

Comme me l'a expliqué Idi Sidibé, banquier à la retraite et indophile, il existait déjà des émissions radio à l'échelle locale et nationale de décryptage de la culture indienne au Sénégal avant celles de Bâ Diagne. Au début des années 60, Ballabasse Diallo a commencé une émission consacrée à la chanson et aux films indiens sur Radio Sénégal. Un certain Clédor Diagne lui aurait succédé selon Baïdy Dia. C'est ce dernier, Baïdi Dia, qui a repris l'émission de  1965 à 1970, il était en duo avec Amadou Tall, devenu, comme il me l'a dit "un grand marabout" au Sénégal. L'émission de Dia et Tall s'appelait Echos d'Orient et passait le lundi de 14h00 à 15h00. Baïdy Dia vit aujourd'hui en France où il exerce les métiers de réalisateur et d'assureur (pour gagner son pain).

Idi Sidibé, jeune retraité, indophile autoproclamé

En 1970, Baïdy Dia a été le premier à décrocher une bourse du gouvernement indien pour aller étudier le cinéma en Inde. En 1973, il est rentré au pays et a repris son émission jusqu'en 1978. C'est peu après que Bâ Diagne a repris le concept avec un talent qui lui valut une grande célébrité dans le pays.

 

les phénomènes Mamdou Pam et Vaidehi

 

Selon Idi Sidibé, l'indophilie s'est essoufflée dans les médias sénégalais à la fin des années 80. Elle a été relancée dans les années 90 par un premier phénomène : Mamadou Pam. Ce jeune passionné de culture, de chanson et de cinéma indiens a réussi à apprendre seul le Hindi et a commencé en 1995 à animer une émission consacrée à ces thèmes sur la radio, puis la télé sénégalaise. 

 

Mamadou Pam devant la console qu'il utilise pour animer en direct à Radio Dunyaa

 

Le second phénomène est la série télévisée Vaidehi. A en juger par les foules venues accueillir son actrice principale, Pallavi Kukarni, une comédienne pratiquement inconnu en Inde mais célébrissime au pays de la Teranga, Vaidehi a été un immense succès populaire au Sénégal. C'est, selon Sidibé, ce qui a encouragé la création de programmes consacrés à l'Inde dans presque toutes les radios nationales et locales du pays. 

 

 Plaque commémorant le passage de l'actrice du téléfilm Vaidehi dans un restaurant à Dakar en 2010

L'amour de la culture indienne au Sénégal est encore très puissant. Cela étant, il semble concerner surtout les générations de 30 ans et plus. Selon Oumar Wane, les plus jeunes sont aujourd'hui branchés internet et culture américaine. N'hésitez pas à partager avec nous vos propres expériences et connaissance sur ce sujet au Sénégal ou ailleurs en Afrique. N'hésitez pas aussi à  infirmer ou préciser certaines des informations recueillies dans le reportage ou dans cette présentation.


vaidehi à dakar1 par senewebvideo

En couverture : Capture d'image du générique de l'émission l'Inde au Sénégal de Mamadou Pam sur la télévision Dunyaa

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Ziad Maalouf est journaliste, producteur de l'Atelier des médias RFI

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Commentaires

  • slt moi c'est Alex je suis de la RDC j'ai beaucoup aimé ce mélange à la fois exotique et original dans un milieu quasi inconnu sinon inhabituel, de l'inde au Sénégal c'est magnifique ce mélange, ce croisement et cet échange! je dirai être différent prouve aujourd'hui qu'on se ressemble!

  • je suis togolais et j'ai aimé beaucoup les chansons indiens et surtout le feuilleton vadeihi. pour dire la vérité à Dapaong une ville au nord du Togo beaucoup de fille aime s'habillé comme des indiennes mais à l'eglise. je crois audela de tout sa; cette culture est beaucoup plus sentimental

  • Chère Mariette. C'est amusant car pendant tout le reportage je ne pouvais cesser de penser que cet amour manquait de réciprocité. Ceci étant je crois que la passion de ces hommes pour l'Inde est tellement belle qu'elle compte double. Merci pour ce commentaire

    Très cordialement
  • Intéressant ce que vous dites Mariette !
    Un pays aussi peuplé a "fatalement" tendance à vivre en autarcie, un peu reclus sur lui-même, non ?

  • Pour avoir vécu en Inde je peux comprendre l'engouement pour leur musique et leurs films mais ça aurait été bien que l’échange se fasse dans les deux sens. Les Indiens connaissent très mal l'Afrique en générale et ça s'en ressent dans leurs interactions avec les africains.

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