C'est un mal endémique de la presse, surtout écrite : pondre avec périodicité des classements, tops, sélections de tout et de n'importe quoi, plus ou moins sérieux et profond. La presse magazine en a fait son beurre, avec les tops des grandes écoles, des hôpitaux, des villes chères, pas chères, en développement, en devenir, durables, d'avenir, etc. On en passe et des meilleurs. Hors la presse, le réflexe est aussi profondément humain, compréhensible : nous avons besoin de classer, étiqueter, ranger, répertorier, hiérarchiser... pour tenter de mettre un peu d'ordre dans le grand chaos de la vie et calmer notre angoisse existentielle.

Jusqu'ici le monde du 2.0 y avait à peu près échappé, hormis les Blogs d'Or qui ont un temps animer le paysage. Mais voici que reviennent, sur les sites de presse en ligne, des classements de blogs définitifs :
celui du newsmag économique Challenges d'abord, puis
celui de Stratégies (que
JP Govekar m'a mis sous les yeux, ndlr). Dans ce second cas, on invente même la notion de "blog d'exception" : mazette, que sont alors les milliers d'autres blogs de France et Navarre?
Or la nouvelle polémique Versac/Challenges (après Versac/L'Express, décidément, c'est une manie) sans rentrer dans les détails (lire
cette note du blog Tech de Gilles Fontaine, très explicite) nous éclaire sur un problème : tous ces classements cassent les pieds et sont stériles! Ce pour au moins 3 raisons :
- comme tout classement, on a tendance à privilégier ses lectures, ses copains, son réseau, etc;
- le monde des blogs est d'une infinie variété qui va à l'opposée même de celle (réduite) d'un classement figé;
- certains journalistes ont découvert tardivement le phénomène blog (sans parler du web tout court), et prennent tout avec une grande naïveté et une lecture parfois trop rapide;
Twittermania, Listingmania
Pour Twitter, ça prend d'abord la forme de sites du type annuaires, prétendant donner des classements d'influenceurs... sur le principe de l'enregistrement de chacun! J'ai testé sur
Twitterio, et découvre déjà
Twirus, que certains twitteriens n'hésitent pas à tweeter quand ils y figurent. C'est aussi cette liste des "100 comptes Twitter à suivre" créée par trois blogueurs, mais reprise comme un classement
par LePost.fr, y ajoutant juste le conditionnel; voire manipulée par d'autres petits malins...
La NetScouade a elle modernisé le principe de ces listings, avec une autre présentation de type cartographique et d'autres résultats sous le titre de "
plan de situation de la twittosphère média". Bref, soyons francs, c'est au mieux partial, sinon confus, au pire le règne du grand n'importe quoi.
Question : pourquoi cela se passe t-il maintenant? Tout simplement parce qu'il y a des enjeux de pouvoir et d'argent. A l'évidence Twitter est une terre qu'il s'agit de conquérir, quitte à y planter un peu vite son drapeau pour faire autorité et monétiser cela. Ca ne mange pas de pain, et au royaume du web, il faut se souvenir de la règle : "
premier arrivé, premier servi"!
Je vais redire ici ce que j'ai répondu un jour à un patron un peu youplaboum sur la compréhension du 2.0. Je lui avait dit : "
le web ne se décrète pas, il s'organise". J'ajouterai donc à l'adresse des nouveaux maîtres penseurs et amiraux classeurs de tout horizon, "
il ne se décrète pas et se vit, tout simplement". Au lieu de classer, mettre dans des petites boîtes sur des étagères, faites donc des blogs, lisez les vraiment, commentez-y directement. C'est à cela que ça sert.
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