"The money is better on the top layers..." Par zcopley

On parle beaucoup d'innovation sur l'atelier des médias, innovations sociales, culturelles,  entrepreneuriales, mais on entend assez peu parler d'innovation en matière économique. C'est en voyant à plusieurs reprises le mot "BitCoin"  sur Twitter que j'ai décidé de m'y intéresser.

 


Vous  pouvez à l'heure actuelle déjà effectuer des  paiements en Bitcoin sur Wordpress, la plateforme de  blog, sur Wikileaks, ou même acheter de l'or...Il se  dit même que le géant Ebay est actuellement en train  de se pencher sur l'utilisation de cette monnaie sur son site via son service de paiement en ligne Paypal. Vous l'aurez compris, le Bitcoin est un moyen de paiement, c'est ce qu'on appelle une monnaie complémentaire, une alternative monétaire utilisée depuis les années 80. D'ailleurs, sans le savoir  vous utilisez régulièrement des monnaies  complémentaires, vous cumulez des miles si vous  prenez l'avion, vous gagnez des points avec votre  forfait de téléphone et ces miles, ces points se transforment pourtant bel et bien en billet d'avion  ou en téléphone portable rutilant, à savoir des  objets qui ont une valeur monétaire traditionnel.

 

Une Monnaie opensource, peer-to-peer et cryptographiée

 

Alternative ou complémentaire, en opposition aux  monnaies traditionnelles, l'euro, le  dollar...OpenSource, parce que le code informatique qui régit les fluctuations de cette monnaie est visible de tous, en toute transparence, peer-to-peer  parce que c'est la mise en réseau d'ordinateurs  distants qui en permet un contrôle non-centralisé,  et enfin cryptographié, cela veux dire que ses connexions sont codées et donc sécurisées.

"Celui qui contrôle l'argent de la nation contrôle la nation". Thomas Jefferson

 

Sécurisée ne veut pas dire que cette monnaie réglerai tout les défauts de l'ancienne,  elle ne fait que corriger certains de ses travers. Ainsi l'existence même du Bitcoin a impliqué une  nouvelle pratique, le "Bitcoin Mining", comme on irait  chercher des pépites d'or dans les mines. Une  pratique qui consiste à brancher son ordinateur et a  le dédier, le spécialiser, dans le calcul  d'informations liées à cette monnaie, en échange le  système vous récompense en monnaie locale des bitcoins...Certains y ont vu même un moyen de  s'enrichir, mais la concurrence des uns et des  autres a naturellement forcé les machines a être de  plus en plus puissantes pour pouvoir espérer faire  des bénéfices, d'autant plus que si l'on considère  l'électricité utilisée par ces machines extrêmement  gourmandes, vous pourriez bien vous ruiner à vouloir  gagner de l'argent.

 

Il y a peu, le Bitcoin a vu sa valeur passer de 4 euros 15 en février 2011 à 200 Euros le 9 avril pour finalement descendre à 109 euros 79 le 24 avril dernier. Voila donc une monnaie sur laquelle certains spéculent, elle aurait même servi de "valeur refuge" lors de la crise financière de Chypre. Dernièrement, on a découvert qu'un fabriquant de jeu vidéo utilisait les machines de ses clients pour générer des bitcoins à l'insu de ses utilisateurs. Vous le voyez, le bitcoin s'installe peu à peu dans le paysage économique contemporain, l'essor de cette monnaie est a rapprocher directement avec la défiance actuelle que connaissent les institutions financières, elle n'est certes pas LA solution mais a le mérite de montrer qu'un autre système est possible, non centralisé, transparent, mais le comble de l'histoire, c'est qu'on ne connait même pas l'identité exacte de son inventeur un certain Satoshi Nakamoto.



bitcoin-fr par cpunker

J'ai eu l'occasion de rencontrer Jean-Michel Cornu, un des papas de InnovAfrica et spécialiste des monnaies alternatives, un de ses livres intitulé "De l'innovation  monétaire aux monnaies de l'innovation" est en partie consultable en ligne. Il m'avait raconté une histoire assez explicite. L'histoire d'une ville au Brésil qui avait deux problèmes, celui du  ramassage des déchets et celui de la non-utilisation des transports en commun, causant bouchons et  pagaille. La mairie de cette ville dans sa quête a donc décidé de  mettre en place une monnaie permettant, en échange  du ramassage des détritus qui jonchent la route, de  prendre les transports en commun...Cette ville a  ainsi pu, en un temps record, résoudre deux de  ses problèmes les plus importants, le tout seulement en instaurant une monnaie complémentaire.


Son nouveau livre "Tirer bénéficie du don, pour soi, pour la société, pour l'économie"  parle lui de la Donnaie en analogie à la monnaie, un échange qui ne serait plus basé sur l'échange, mais sur le don  "désintéressé", c'est lui qui le dit, c'est à dire  un don spontané, sans rapport de force. Que celui qui n'a jamais négocié le prix d'une coiurse avec un chauffeur de taxi me jette la première pierre !


J'ai recroisé plus tard Jean-Michel alors qu'il écrivait son dernier livre et ne peux résister à vous en divulguer une partie. C'est une anecdote qui concerne un musée qui a voulu tester  l'économie du don...pendant une semaine ce musée fait payer l'entrée 1 euros, puis la semaine d'après  il demande aux gens de donner ce qu'ils veulent à  l'entrée...En fin de semaine, la moyenne des dons  était aux alentours de 2 euros, le double. La  semaine d'après, le musée dit à ses visiteurs,  rentrez, vous donnerez ce que vous voudrez en  sortant...La moyenne des dons c'est élevé à trois euros.

Tout ça pour vous dire qu'une économie du don, sans  rapport de force est, relativisons,  dans certains cas, capable de produire trois fois plus de  richesse...Alors, si cette piste économique, que  vous jugerez à loisir utopiste, impossible ou enthousiasmante existe, je crois qu'elle vaut la peine d'être testée, mise à l'épreuve, surtout après ces déjà 6 années de crise des subprimes que nous  venons de vivre.


Enfin, j'aimerai rejoindre ces questions économiques  aux questions culturelles qui m’intéressent plus  particulièrement. La dématérialisation de la musique, par exemple, l'a rendue accessible à tous. De façon  légale comme illégale. La dématérialisation a aussi  permis de réduire les coûts de fabrication et de distribution à tel point que les auteurs d’œuvres  sont désormais à même de pouvoir être totalement indépendants. De Spotify sous abonnement, à Youtube ou la musique est gratuite, nous avons désormais la possibilité d'écouter sans jamais avoir nécessairement besoin de posséder, d'acheter, un phénomène appelé "l'age de l'accès" développé amplement par Rifkin.

Du coup, les plus généreux d'entre nous avons mis en place ou conservé certains réflexes pour rétribuer ces créateurs d’œuvres. Nous continuons à acheter des CDs, sans s'en servir, à acheter des morceaux sur Itunes en les écoutant sur Deezer, un paradoxe.

Ne serait-il alors pas plus simple et plus juste de systématiser le don comme rétribution d'une oeuvre de l'esprit ?

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