"Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres"

 

L’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI) a été créé en 2012 pour répondre à la défiance croissante du public face à l’information et à ceux qui la fabriquent. Les membres de l'association souhaitent contribuer au renforcement de la qualité dans le paysage médiatique français. Pour ce faire, ils ont publié cette semaine un rapport, que l'on espère annuel, pour relever les dysfonctionnements et les bonnes initiatives dans les médias. Son titre est L'insécurité de l’information. Ce document a été dévoilé et débattu à l'occasion des Assises du journalisme 2013. Patrick Eveno, co-auteur du rapport et trésorier de l'ODI était notre invité cette semaine. Il était en compagnie de Jean-Marie Charon, sociologue et spécialiste des médias, qui a présenté aux Assises son baromètre annuel. 

Vous pouvez écouter l'entretien qu'ils nous ont accordé dans le lecteur ci-dessous et lire le compte rendu du rapport de l'ODI et de la conférence présentant ce rapport.

 



Le constat:
la défiance du public vis à vis des médias institués est toujours forte.
Le challenge: les rédactions et les journalistes doivent se mobiliser pour faire face à cette crise de confiance. “Le contrat de confiance n’existe plus et c’est pourtant le lien essentiel entre le journalisme et son public”, explique Patrick Eveno qui est également historien des médias.

 

« La confiance dans les informations diffusées par les médias n’est que de 54% pour la radio, 49% pour la presse écrite, 48% pour la télévision, 35% pour Internet », selon le baromètre annuel réalisé par TNS Sofres pour La Croix. « Environ un Français sur deux estime donc que les choses ne se sont pas passées vraiment comme le rapportent les médias. »


"Néanmoins, les Français ne rejettent pas les médias traditionnels et 70% d’entre eux s’intéressent toujours autant à l’actualité." Si le public est méfiant, il s’agit plutôt d’une demande de sécurisation de l’information. Dans ce contexte, le rôle des médiateurs dans les organes de presse est accru. Les commentaires ou les courriers de protestation qui leur parviennent sont de plus en plus agressifs. Nicolas Jacobs, médiateur de France 2 en témoigne:

La spectacularisation de l’information est la toile de fond des critiques. Les téléspectateurs jugent que la chaîne ne donne pas une couverture proportionnée à certains événements. Deuxièmement, la dramatisation de l’info fait que la télé met sur un même plan des éléments très divers qui n’ont pas à être traités ensemble.”




L’exactitude de l’information

Le rapport de l’ODI pointe toute une série de manquements aux règles éthiques du journalisme. "Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres", rappellent ses auteurs avant de revenir sur les valeurs socles de la déontologie journalistique. "S'agissant de la relation des faits : vérité et exactitude, équité et impartialité, respect des personnes transparence, distanciation et doute."

Les manquements constatés durant l'année passée sont classés selon deux catégories.

 

Les erreurs passives comprennent notamment:

  • les fautes vénielles (mauvaises liaisons, fautes d'accord, de grammaire et d’orthographe), comme "cette chaîne de télévision qui situe Fort-de-France à l'étranger"

  • les fausses annonces (manque de temps ou course à l'audience, la publication d’une information dans un média connu n’est pas toujours vérifiée). "De nombreux médias ont annoncé la libération des otages français au Cameroun sur la foi de sources militaires camerounaises."

  • les canulars (piège dans lequel tombe le journaliste aggravé par le manque de temps et de contrôle de la part de l’encadrement). "Le compte Twitter d'un ministre russe annonce la mort de Bachar el-Assad. Le compte est faux, il n'avait été activé que peu de temps auparavant et ne comportait pas de pictogramme « compte vérifié »."

 

Parmi les fautes actives, on retrouve:

  • les problèmes dus à la rumeur. "Suite au meurtre d'un jeune homme par un policier à Marseille, de nombreux médias donnent une version fondée sur une source anonyme « proche de l’enquête », selon laquelle le jeune faisait partie d'un groupe qui aurait agressé le policier. Celui-ci aurait accidentellement tiré au moment où il était mis à terre par les jeunes. Selon les résultats officiels de l’enquête, il n'était pas en service, présentait un taux d'alcoolémie positif et avait fumé du cannabis au moment des faits."

  • la mise en scène de l’information. "Une chaîne a diffusé dans un magazine sur l’automobile une mise en scène montrant des CRS masqués en train d’occulter un radar pour le rendre inopérant (il s’agissait de mettre en lumière que la politique ministérielle leur imposait de « faire du chiffre »)."

  • les "unes" alarmistes. "Pesticides : les Français en ont plein le sang. Une étude sanitaire sur l'exposition de la population française aux pesticides fait l’objet sous ce titre d’un compte rendu dans un hebdomadaire. L’article met en garde contre des produits d’utilisation domestique dont le taux présent dans le sang des Français serait « dix fois supérieur à celui trouvé dans le sang des Allemands! ». Le rapport est beaucoup moins alarmiste: « la population française présente des niveaux d’exposition aux métaux lourds et aux pesticides organochlorés globalement bas et conformes aux niveaux observés à l’étranger. »

 

Un mouvement positif en faveur de la déontologie

Découlent du rapport quatre recommandations :

« Réanimer les réflexes de vérification et de relecture critique par l'encadrement avant diffusion ; 

Consolider le mur qui devrait séparer l'économique et le rédactionnel ;

Jouer la transparence vis-à-vis du public ;

Instaurer un contrat de confiance entre le public et le média »

En conclusion, l’ODI pointe du doigt un manque important d’encadrement rédactionnel. Il suffirait d’être un peu transparent et d’annoncer au public les charges des uns et des autres. C’est-à-dire, reconnaître et rectifier ses erreurs face à son audience.
Les initiatives concrètes, prises collectivement, en faveur de la déontologie et de la qualité de l’information restent encore à développer: des colloques, des structures de regroupement, des livres, et des formations pour sensibiliser professionnels ou non sur la déontologie de l’information.
Et surtout, l’association recommande de relancer le dialogue.

“Le public n’acceptera de lire que s’il y a une véritable confiance”, concluent les conférenciers.


Table ronde L'insécurité de l'information (Crédit photo: Obsweb2012-)

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