Entre le ‘‘docteur-président’’ et le ‘‘peuple-patient’’, il y a eu une histoire d’amour qui a commencé un an environ avant le 06 avril 2006, mais qui s’est estompée un an environ après la même date. Dès lors, il y a comme un climat de mariage forcé entre un peuple-patient qui n’en peut plus, mais qui ne sait pas comment se faire entendre, et un président-docteur qui donne le sentiment de vouloir rester au chevet du peuple-malade au-delà de ce que les lois fondamentales tolèrent. Une histoire qui vient hélas rappeler que les coups de foudre ne produisent pas souvent de belles noces…Et quand l’obscurité s’y mêle et qu’on n’y voit plus clairement, le pire devient difficile à éviter. Etat des lieux… 
Le 06 avril passé, cela fait trois ans que le président Boni Yayi a entamé son second bail à la Marina. Au risque de paraître trop téméraire, je dirai huit années d’incompréhension entre le cher époux-président et l’épouse-peuple. Le premier, sans le savoir, est passé maître dans l’art d’accumuler "quelques insignifiants scandales" tels que les crises sociales et de promotion de la paupérisation des masses laborieuses. Cen-sad, Icc, Machines agricoles, Pvi, avion présidentiel, grèves généralisées, Lépi bâclée, Bastonnade de députés, répression ciblée du commerce de l’essence frelatée, tentative d’empoisonnement supposée, tentative de coup d’Etat supposée, etc., etc., etc., et puis, coup de semonce : Obscurité totale !!! Pendant huit années, le pays ne s’est pas ennuyé, loin de là. Et il faut croire, hélas, que le ‘‘meilleur’’ a été réservé pour la fin, histoire de conclure en apothéose une ère de gouvernance qui se joue comme une mauvaise pièce de théâtre tragi-comique dans laquelle le peuple désabusé joue à la fois le rôle de ‘‘spectateur-joyeux’’ et de dindon de la farce. Finit de rire. Comment va le pays ? Eléments de réponse à travers la radioscopie de l’ère du docteur-président…


06 avril 2014 : jour d’action de grâce ou jour de deuil ?
Messe d’action de grâce, concert, et puis…quoi ? Qu’a-t-on célébré en réalité le 06 avril passé ? Ce qui est sûr, pas de démission enfin actée du préfet (qui jusqu’ici se préfère) et de son compère du Commissariat Central ! Ou, au contraire, on a admiré le courage de deux hommes qui s’arcboutent à leur gagne-pain et refusent envers et contre tous de lâcher prise. Quel a été, chers amis lecteurs de mon blog, le châtiment réservé aux acteurs du ‘‘concours de la honte’’? Quid des revendications des travailleurs en lutte ? Si Dieu le veut et que les mânes de nos ancêtres pouvaient nous prendre en pitié, le 06 avril passé, il y a quelques jours donc, le comité de pilotage du délestage aurait pu pendre un jour de repos et ceux dont les postes téléviseurs n’ont pas encore rendu l’âme, n’aurait pas vécu en direct sur leur petit écran tous les efforts déployés par le docteur-président avec son équipe pour maintenir son peuple dans la maladie et au besoin aggraver son état de santé. Eh oui ! Sauf à vouloir verser dans le dénie de la réalité, il est impossible de présenter autrement l’état actuel du pays, un pays malade de son docteur, malade de la médication de ce dernier. Un pays où l’on a désormais le sentiment que l’objectif, pour le docteur-président, est de maintenir son peuple-patient dans un état de santé particulièrement préoccupant, dans le sombre dessein de s’assurer que même après les deux années de traitements qu’il lui reste à subir, le peuple-patient sera toujours incapable de se passer des services de son docteur-président. Et tout est malicieusement mis en œuvre à travers l’aggravation de l’état de santé du patient, pour faire perdurer le contrat de travail du docteur au-delà de la limite légale de dix ans.
Il y a d’abord eu cette pilule trop amère de révision de la constitution, qui a été très difficile et jusqu’ici impossible à faire avaler au peuple-patient. Ensuite, il y a eu cette volonté d’intoxication alimentaire à travers un repas plus que copieux. En entrée : la crise du coton et du Pvi ; comme plat de résistance : la tentative d’empoisonnement ; et, en guise de dessert : un peu succulent plat de tentative de coup d’Etat. Durant cette douloureuse période, l’état de santé du peuple-patient s’est considérablement détérioré, comme souhaité. Et la seule prouesse réussie par le docteur-président a été d’identifier le terrible virus responsable de cet affolement du thermomètre. Un virus radioactif (le premier du genre dans l’histoire de notre médecine gouvernementale), un virus présenté comme plus dangereux que l’agent causal de la fièvre d’Ebola et le Vih réunis, un virus qui a été baptisé sous un nom que l’on s’est employé à rendre exécrable et à présenter comme l’ennemi public n°1 : TALON ! Pendant une période d’interminables souffrances, le virus Talon a ainsi été présenté comme responsable de tous les maux du peuple-patient et de la nation toute entière.
Par la suite, il y a eu comme une prise de conscience de la supercherie. Le peuple-patient a commencé à réclamer une amélioration réelle de son état de santé, de ses conditions de vie et de travail. Face à la contestation qui grondait de toute part, l’équipe du docteur-président a tôt fait de diagnostiquer un ‘‘effet Talon’’. Travailleurs en grève ? C’est Talon ! Magistrats en grève ? C’est Talon ! Le secteur de la santé qui tombe malade ? C’est Talon ! Personnalités politiques qui affichent leur inquiétude face à la situation ? C’est Talon ! Etc., à l’exception notable de marches de soutien, tout ce qui ressemblait à une revendication légitime était tout de suite étiqueté comme une manifestation du syndrome Talon, et traité comme tel. La vie a ainsi continué son cours normal, suivant les vœux et les petits calculs du docteur-président : cherté de la vie, détérioration du pouvoir d’achat, morosité économique, morale en berne, bref, un peuple malade, incapable de se passer des soins de son docteur. Un peuple rendu malléable à souhait, selon les petits calculs sans doute consignés dans le carnet de bord du docteur.

Et puis, il y a eu ce 27 décembre 2013 et cette erreur médicale, cette bourde monumentale. Du sang a coulé ! Le peuple-patient, avec les principales victimes à leur tête, estime que les deux aides-soignants de l’équipe du docteur-président coupables de ces graves fautes ont trahi le serment d’Hippocrate et ne sont donc plus dignes d’exercer leurs fonctions respectives actuelles. Devant la logorrhée de mécontentements, l’attitude suspecte du docteur-président a donné le sentiment qu’il était au courant ou, pire, qu’il a donné l’ordre et qu’il cautionne le mauvais traitement administré au peuple-patient par les aides-soignants à son service. Comme il n’y a pas eu de limogeage pour faute professionnelle lourde, comme il n’y a pas non plus eu de démission, le peuple-patient croit cette fois avoir compris le complot ourdi et n’entend plus se laisser administrer la perfusion de la peur. Et voilà l’avalanche de frustrations et l’escalade de cris de colère trop longtemps contenus qui débordent désormais de leur lit.  

Depuis le 07 janvier dernier, comme des petits affluents, comme des ruisseaux qui convergent vers le même lieu et forment des fleuves qui, à leur tour, se rencontrent dans une synergie d’actions pour un impact plus impressionnant, les mouvements de mécontentements se sont solidarisés pour donner naissance à un océan de revendications susceptible désormais de produire à tout moment une tempête ou un raz-de-marée capable de tout ravager sur son chemin. L’éducation nationale en pâti déjà et l’année scolaire en cours pourrait être la première victime collatérale de cette situation voulue et entretenue avec art, fourberie et cynisme.

Voilà, à quelques oublis (volontaires) près, comment se porte la république du docteur-président au lendemain de son huitième anniversaire d’accession au chevet du malade-Bénin. Mais faire un tel diagnostic en feignant d’ignorer la cure de délestage à laquelle l’équipe médicale du docteur-président soumet son peuple-patient, ne vise en réalité qu’à démontrer qu’en dépit des huit années de désenchantement que le peuple vient de traverser avec stoïcisme, le pire n’est peut-être pas derrière nous. Avec les factures d’obscurité qui ont remplacé les factures d’électricité et au regard des effets secondaires qu’elles produisent sur le peuple, il y a des raisons de penser que cette crise énergétique (et les crises de nerf qu’elle engendre) est peut-être le faux-médicament de trop, prescrit par le régime du docteur à un peuple, le sien,  dont il a exagérément abusé de la patience…

Facture d’obscurité : le rubicond à ne pas franchir

Le ‘‘concours de la honte’’ désormais rentré dans les annales a marqué les esprits, mais malgré sa gravité, il n’a visiblement eu qu’un impact circonscrit. Idem pour la paralysie du système éducatif, puisque tous les enfants de la république ne sont pas logés à la même enseigne. Mais la question du délestage, comme un monstre froid et sans discernement, frappe de plein fouet tous les ménages. Même ceux qui ont les moyens de s’offrir un groupe électrogène ou une installation de panneaux solaires, ne restent pas pour autant insensibles au phénomène du délestage galopant. Face à la situation, le gouvernement de la Refondation a trouvé des solutions pour le moins originales : semer la graine de l’espoir qui engendre l’arbre des illusions

Acte 1. Jeudi 04 avril 2013.  La localité d’Adakplamè à Kétou dans le Plateau accueille le président Boni Yayi, flanqué de son ministre en charge de l’énergie, pour la cérémonie de pose de première pierre des travaux de construction de la Centrale hydroélectrique à buts multiples de Kétou-Dogo Bis, pour «  le renforcement de la capacité de la production de l’énergie électrique de notre pays », dixit Barthélemy Kassa. L’ouvrage, nous a-t-on fait miroiter, devrait permettre d’accroître la production du Bénin en énergie électrique avec une production annuelle de 329 Gwh. Et, en bonus, la fourniture de plus de sept (07) millions de mètre cube d’eau potable et la production de plus de trois (03) millions de tonnes de produits vivriers. Un an après, les belles illusions ont fait place à la désillusion dans le cœur de dix millions d’âmes.

Acte 2. Ce sont encore près de dix millions d’âmes qui ont accueilli avec grand espoir la visite du président ghanéen, John Dramani Mahama, du 09 au 10 septembre 2013 au Bénin. Dès sa descente d’avion, l’hôte avait été trainé sur  le fameux site de Maria Gléta, question sans doute d’essayer de lui arracher quelques larmes de commisération afin de mieux introduire nos doléances. Au lendemain de son retour, une vaste campagne médiatique avait déferlé sur l’opinion, vantant les fruits d’une visite, exprimés en Mégawatts supplémentaires que le Ghana allait offrir au Bénin. Le délestage, a-t-on promis à dix millions d’âmes, ne serait plus bientôt qu’un triste et lointain souvenir. Depuis, plus rien !

Acte 3. Nous sommes le 30 septembre 2013.  Le Haut Conseil Inter Etatique de la Communauté Electrique du Bénin (CEB) tient sa 78ème réunion en session ordinaire, à l’Hôtel Millenium Popo Beach à Agoué, sous la coprésidence de Barthélémy D. Kassa et son alter ego du Togo. Conscient du contexte régional marqué par un déficit énergétique de plus en plus important, le Haut Conseil Inter Etatique prend des mesures pour la réhabilitation de l’aménagement hydroélectrique de Nangbéto et la construction de nouveaux barrages hydroélectriques notamment de celui d’Adjarala. Une fois encore, les marchands d’illusions enfourchent tambours et trompettes pour annoncer : « Bientôt 150 mégawatts pour accroître notre puissance énergétique ». L’espoir est entretenu dans le cœur de plus de dix millions d’âmes. Aujourd’hui, allez savoir où nous en sommes : désillusions !

Cerise sur le gâteau. Avant tout ceci, il y a eu Maria Gléta. Ah !, les fameuses turbines à gaz de tous les espoirs, de tous les exploits de la centrale électrique dont la construction a démarré en 2007 ! Après six longues années et plus de 45 milliards engloutis, le Parlement décide d’y voir plus clair. La séance d’explication du ministre devant les élus du peuple est prévue pour le 05 décembre 2013 et, comme par magie, la centrale électrique commence à fonctionner la veille, 04 décembre. N’empêche, la question reste au cœur des débats à l’hémicycle. Un député, l’un des rares qui fait encore correctement le travail pour lequel il a été mandaté, s’interroge et interroge : « Qu’on me dise à moi, Eric Houndété, qu’on construit une turbine à gaz et qu’on ne produise pas le chemin de canalisation du gaz. Est-ce que ça c’est possible ? C’est pour ça que j’ai posé la question de savoir les caractéristiques du projet. Est-ce qu’il y a eu appel d’offre ? (…) Etait-il possible pour nous, de nous lever un matin et dire que nous construisons une centrale ? Est-ce que cette opération a été chapotée par la Ceb ? » D’aucuns parmi ses collègues lui emboîtent le pas. Les questions fusent. Les réponses du ministre sont creuses, évasives, vaseuses. Le Parlement prend ses responsabilités et décide de mettre sur pied une commission d’enquêtes. (Ah, les commissions d’enquêtes !) Le 23 décembre, le ministre Kassa qui a été incapable d’apporter des clarifications aux préoccupations des représentants du peuple, s’offre une séance de rattrapage à travers une conférence de presse (sans contradicteur) au cours de laquelle il a le loisir de se prévaloir de ses propres turpitudes. Comme un beau diable dans le bénitier, le ministre s’est battu, arguties à l’appui, pour démontrer que, contrairement à ce que pensent certains élus de la nation, Maria Gléta n’est pas un éléphant blanc. Et pourtant…les faits sont là ! Incident mineur ou accident prémonitoire sur le site, une chose est certaine, aucune compagnie d’assurance ne veut se porter garante d’un monstre qui a tout d’une arme de destruction massive. Face à la récurrence des coupures de courant, le ministre Kassa était en début de semaine sur le site pour taper du poing sur la table devant micros et caméras. Une comédie de minable facture. Heureusement qu’avec l’acuité du délestage, il est à parier que seule une infime partie de nos dix millions d’âmes a été témoin de cette mauvaise blague relayée à profusion par la chaine de propagande nationale.

Pendant ce temps, en dépit de l’obscurité ambiante, les factures d’électricité ne connaissent pas de délestage. Alors que dix millions d’âmes attendent des solutions à leur problème d’approvisionnement en énergie électrique, on leur propose à la place, le démarrage d’un feuilleton ridicule, avec en toile de fond un scénario minable. Le tout est assorti d’un triste casting à la faveur duquel le Directeur Général de la SBEE se voit attribuer le rôle principal d’un mélodrame servi en prime time et avec bon timing pour faire diversion. Face à l’ampleur du délestage, le gouvernement n’a donc rien trouvé de mieux qu’un bouc émissaire à offrir en holocauste. C’est à mourir d’indignation !

Electrocuté le DG de la SBEE n’est ni un paravent ni une solution. C’est la SBEE elle-même qui mérite d’être court-circuitée ! Que Barthélémy Kassa ne vienne pas nous faire croire que produire de la chaleur incandescente en journée et offrir à broyer du noir toute la nuit sont du domaine de la souveraineté nationale. Au-delà de la dénationalisation de la Sbee, il faut penser à faire jouer la concurrence dans le secteur de la fourniture de l’électricité. Mais avant tout ceci, que la traque aux opérateurs économiques cesse ! Et qu’ensuite, le gouvernement arrête de se leurrer et d’embarquer le peuple dans ses histoires à dormir débout de barrage par ici, pose de première pierre par là, centrale électrique de Maria Gléta et autres illusions d’optique. Seule l’implication franche du privé peut permettre de trouver une solution à la question de l’énergie au Bénin. Pour cela, pas besoin d’engloutir des milliards ; il suffit, pour le gouvernement, de jouer sa partition, en redonnant confiance aux investisseurs. Ceci passe par l’amélioration du climat des affaires au Bénin. Un bon signal dans ce sens consisterait à voter une loi véritablement porteuse d’espoir sur le partenariat public/privé…

Un problème sans solution est un problème mal posé. La question de l’approvisionnement en énergie électrique est loin d’être un problème insoluble au Bénin. Il y a simplement que, des raisons existent de s’interroger sur la volonté du gouvernement de trouver réellement des solutions au problème. Alors, qu’on se le tienne pour dit : aucune propagande ne peut éternellement maintenir sous anesthésie dix millions d’âmes. On peut tromper une partie du peuple tout le temps ; on peut tromper tout le peuple une partie du temps ; mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps…

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