Bienvenue en « adosphère » (troisième partie)

Bienvenue en « adosphère » (troisième partie)
Photo : Garry Knight sur Flickr (CC)

Troisième volet de notre série “Bienvenue en adosphère”, consacrée à l’univers numérique des adolescents. Considéré comme un espace de liberté pour les 12-18 ans, Internet implique son lot d’inquiétudes et de responsabilités pour les parents et l’école. Cette semaine, l’Atelier des Médias navigue aux frontières du cyber-espace adolescent et s’interroge sur la façon dont les adultes les délimitent.

Après nous être intéressés aux usages - notamment conversationnels - des ados en ligne et aux jeunes producteurs de contenus, nous explorons les limites et les dangers des pratiques en ligne des adolescents. Quels sont les risques auxquels sont exposés les adolescents sur Internet ? Comment et jusqu’où le harcèlement scolaire peut-il se prolonger en ligne ? Surtout, quel est le rôle des parents vis-à-vis des cyber-activités de leurs ados ?

Sur Internet, les adolescents ont développé leurs propres codes. Cette culture Internet questionne les attitudes et les stratégies adoptées par les parents pour gérer la présence en ligne de leurs enfants. Les choix des mineurs sont influencés par le regard et l’avis des parents et du corps enseignant. Les repères qu’ils formulent sont essentiels car l’Internet est un espace de libertés certes, mais qui n’est pas exempt de dangers, surtout auprès d’une population jeune potentiellement plus vulnérable.

Monique Dagnaud, chercheuse à l’EHESS et spécialiste des adolescents en ligne, apporte son éclairage :

 “Comme vous vous exposez dans un espace semi-public, tous les phénomènes de bouc émissaire ou d’ostracisme qui existent dans les cours de récré sont amplifiés, complexifiés, recomposés dans le jeu des interactions numériques. La culture des réseaux sociaux augmente et facilite les embrouilles de la culture d’ado.”

  • Le cyber-harcèlement, prolongement du harcèlement scolaire ?

Si le harcèlement scolaire, cet “enchaînement d'agissements hostiles dont la répétition affaiblit psychologiquement l'individu” (définition Wikipédia), existe depuis toujours, l’exposition nouvelle qu’implique les réseaux a effectivement donné une dimension jusqu’alors inconnue à ce phénomène.

Lorsque nous avons cherché à entrer en contact avec un adolescent victime de cyber-harcèlement, une personne nous a contactés. Il était adolescent en 2008, et s’est présenté à nous comme harceleur, plutôt qu’harcelé. Son témoignage nous permet de comprendre comment, par envie de se moquer sans forcément vouloir blesser, par curiosité vis-à-vis d’une information privée voire de l’intime, il s’est retrouvé à harceler une personne.

C’est de cette façon que le cyber-harcèlement a pu s’immiscer dans l’environnement numérique des adolescents, pour en devenir une dérive largement médiatisée. En 2008, quand un adolescent était victime d’agissements hostiles répétés, peu de gens étaient préparés à ce type de situation. Depuis, Internet s’est inscrit dans la vie, dans la chambre, dans le quotidien des adolescents, et les jeunes ont appris à appréhender la puissance d’Internet.

Si le phénomène du cyber-harcèlement est aujourd’hui mieux pris en compte, il reste difficile d’identifier des actes de malveillance, surtout quand ceux-ci prennent place sur des réseaux garantissant l’anonymat de ses utilisateurs, comme Ask.fm.

Avec le cyber-harcèlement, d’autres comportements à risque ont émergé, comme l’usurpation d’identité (comme avec le cas Leah Palmer) ou le revenge porn, et appellent un nouveau travail de prévention et de lutte.

  • Protéger la vie privée des adolescents

Le revenge porn, qui consiste à partager des photos ou vidéos intimes sans le consentement de la personne concernée pour se venger d’une déception amoureuse, devrait bientôt être passible de deux ans d’emprisonnement et de 60 000 euros d’amende, si l’on en croit le projet de loi sur le numérique voté le 25 janvier par l’Assemblée nationale.

La loi sur le numérique prévoit également un droit à l’oubli pour les mineurs, qui permettrait “sur demande de la personne concernée [...] d'effacer dans les meilleurs délais les données à caractère personnel qui ont été collectées [...] lorsque la personne concernée était mineure au moment de la collecte”.

Outre l’élaboration d’un cadre légal des pratiques en ligne, d’autres initiatives existent dans la lutte contre le cyber-harcèlement. Ainsi, sur Twitter, le collectif FeminismVsCyberBully met la lumière sur le phénomène de cyber-harcèlement, quand France Télévisions dédie un site aux témoignages de victimes du harcèlement scolaire.

Capture d'écran depuis le site de prévention contre le harcèlement scolaire de France Télévisions

Toutefois, les parents et l’école sont en première ligne quant il s’agit de fixer les frontières de l’adosphère. Comment parler d’adosphère sans parler des parents et de contrôle parental ? Comment les parents et l’école gèrent le temps passé et les activités des adolescents en ligne ?

  • L'épineuse question du contrôle parental

Dans cette émission, nous avons voulu donner la parole à des parents. Si Nouria, la maman de Kenza, gère la présence en ligne de sa fille par l’échange et la confiance, certains parents adoptent des stratégies plus intrusives.

Thomas Hudson, père de trois filles, ne souhaite pas qu’elles soient sur les réseaux sociaux. Il s’estime responsable de leur image jusqu’à leur majorité et se montre soucieux des conséquences que peuvent avoir les traces laissées sur Internet. Il gère leur présence en ligne grâce à des couvre-feux sur les réseaux Wi-Fi de la maison et réglemente leurs activités via un proxy interne, qui filtre les contenus visibles. Pour lui, la confiance doit s’accompagner d’un contrôle humain qu’il juge plus efficace que celui, automatique, effectué par des outils tels que Safe Search.

Quelle que soit la stratégie adoptée, protéger ses enfants en ligne, les avertir des dangers potentiels et faire en sorte qu’ils aient un usage responsable des outils numériques n’est pas une chose simple.

A l’école aussi, la question se pose. Faut-il interdire l’usage des smartphones en cours ou essayer d’en tirer profit à des fins pédagogiques ?

Au collège Daniel Féry à Limeil-Brévannes, en région parisienne, deux classes de quatrième utilisent les réseaux sociaux pendant leur cours d’histoire-géographie. A travers des « défis Twitter », les enseignants s’insèrent dans l’univers de leurs élèves en ligne et partent de leurs habitudes cyber-sociales pour faire du numérique un outil pédagogique.

 

Retrouvez le premier et le deuxième épisode de notre série « Bienvenue en adosphère ».

La série Bienvenue en adosphère est réalisée en partenariat avec la session magazine de l’Institut Pratique du journalisme à Paris. 13 élèves de cette école ont travaillé avec l’Atelier des médias sur cette série. Un grand merci à Clémence Baudouin, Théo Hetsch, Bastien Lejeune et Maëlle Robert, qui ont particulièrement travaillé sur ce troisième épisode avec nous.

 

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Mathias Virilli - journaliste made in Atelier des médias

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Commentaires

  • Dans tous les cas, l'ère technologique est bien arrivé...et va falloir s'adapter, le mieux selon moi serait d'en faire profit.

  • Parfois, certains réseaux sociaux ne se soucient pas. Malheureusement, certains réseaux sociaux ne cherchent que des chiffres. Sécurité, respect ou non, peu importe. Certains sites, précisément comme Ask.fm, sont indignes de confiance. 

  • Bonjour,

    Sur un total de 30 élèves du secondaire à Blida, en Algérie, une seule fille est interdite de smartphone par ses parents. Je dois cependant préciser que c'est un établissement privé et les parents "se libèrent" quelque peu en permettant à leurs enfants de détenir des "portables" dernier cri qu'ils utilisent surtout pour papoter sur facebook. On réservera le weekend à venir pour une petite enquête.

    Salutations

    Krimo M.

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