Des distributeurs de bonbons dans le hall d’accueil, un code vestimentaire “jean et basket”, des tables de ping-pong, une hiérarchie horizontale… sur le papier (glacé?), la start-up a tout de l’employeur idéal. Pour Mathilde Ramadier, les apparences sont trompeuses. Dans son livre, “Bienvenue dans le nouveau monde”, elle revient sur 4 ans d’expériences , au sein de jeunes pousses berlinoises pour déconstruire cette nouvelle culture entrepreneuriale.

Mathilde a 23 ans lorsqu’elle pose ses valises à Berlin en 2011. Des projets de bande-dessinées en tête (elle est l’auteure de plusieurs ouvrages), elle cherche un travail d’appoint pour “faire le pont entre deux contrats d’édition” et s’intégrer à la vie locale. Les annonces auxquelles elle postule sont toutes plus alléchantes les unes que les autres : un poste de “manager”, avec une “rémunération attractive” à la clé. Ça fait rêver. Une fois embauchée, elle fait partie d’une “famille”. Les semaines sont ponctuées d’événements “d’entreprise”, d’anniversaires… Tout le monde est “friendly” (comprenez, amical), et les retards sont punis d’un moindre blâme : apporter les croissants aux collègues le lendemain matin. Ici, on est cool, et on l’affiche. Tous les codes de l’entreprise “à la papa”, gérée à la verticale, sont brisés.

Écrire pour Google

En quatre ans, Mathilde a fait le tour d’une douzaine de ces jeunes pousses berlinoises. Et elle en est revenue. La “rémunération attractive” n’a en fait rien d'extraordinaire. Au contraire. Payée au lance-pierres, elle enchaîne les petits contrats dont le plus long était un CDD de 6 mois. Avec 6 mois de période d’essai… Le “boss cool” se révèle être une personne antipathique qui ignore le nom de ses employés. Vous ne venez pas au pot du jeudi soir ? Vous serez “cornerisé” (comprenez “placardisé).

Les tâches sont, quant à elles, “robotisées”. Mathilde a l’impression d’écrire pour l’algorithme de Google. Elle remplit des tableaux entiers de mots comportant des fautes, pour anticiper celles des utilisateurs dans le moteur de recherche... Durant l’une de ses expériences, elle frôle même le “bore-out” (syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui).

Jouer sur l’affect

Cet état d’esprit amical, quasi familial, souvent infantilisant, est en fait une stratégie managériale qui vise à abolir les frontières entre vie privée et vie professionnelle. Mathilde raconte que les petits événements festifs sont organisés dans ce but : “On boit donc on oublie qu’on travaille. C’est agréable, ça ne coûte rien, on s’entend bien avec ses coworkers (collègues, ndlr), alors on peut bien faire quelques heures supplémentaires au passage…” En créant des liens entre les employés et les employeurs, il devient plus difficile pour les premiers de faire valoir leurs droits.

Changer les choses

Depuis la parution de son livre, ce sont des dizaines de témoignages de personnes ayant vécu la même expérience qu’elle, qui arrivent dans la boîte mails de Mathilde. Mais pas que. De vives critiques lui sont aussi parvenues, d’hommes notamment, proférant des propos sexistes à son encontre.

En tout cas, Mathilde pense avoir mis le doigt sur un sujet tabou. Une situation que nombreux vivaient et taisaient jusque-là ? Elle se dit qu’il faut peut-être commencer à réfléchir à des changements: “Il serait temps d’amorcer une révolution moins prétentieuse, plus consciente. En clair, cesser de représenter le futur sous les traits d’un animal fantasmagorique qui n’a jamais existé… et n’existera jamais”.

Quelques articles pour aller plus loin

Le mythe des start-ups, à l'origine https://en-contact.com/coolitude-start-up-nouvelle-mythologie-13/

On s'y emploie, la face cachée des start-ups http://www.francetvinfo.fr/replay-radio/on-s-y-emploie-de-philippe-duport/on-s-y-emploie-la-face-cachee-des-start-ups_2058325.html

Sur France Inter : "Start-ups : l'envers du décor s'appelle l'esclavage moderne" https://www.franceinter.fr/economie/sartups-l-envers-du-decor-s-appelle-esclavage-moderne

Sur Arte : 28 minutes avec Mathilde Ramadier http://www.arte.tv/fr/videos/068401-127-A/28-minutes 

Start-ups et sexisme, Cheek Magazine http://cheekmagazine.fr/societe/mathilde-ramadier-start-up-coolitude/

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Journaliste en apprentissage chez RFi, à l'Atelier des Médias et Mondoblog

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