Jour étrange.
J'étais tellement fatigué (j'écris tous les soir jusqu'à 2 ou 3 heures de matin, je suis en salle à 9h00 et je vois 4 à 5 films par jour, assiste à 3 conférences de presse...ça ce sont les petits jours) que je me suis dit, je ne vais pas au film de 9h00, même si par expérience, je sais qu'il y a beaucoup de chances pour que ce soit un film de 9h00 qui remporte l'Ours. Tellement fatigué que je ne sais plus quel est le film diffusé. Je jette un quart d'oeil ouvert sur le programme et je vois que c'est un film iranien. Signal d'alarme équivalent à ces vieux réveille-matins ( si y a pas de s, c'est pas une faute, c'est la règle...vous remarquez que je fais des fautes énormes mais que je connais quelques règles bien tordues...) qui carillonaient du temps de grand-maman: film iranien = presque la certitude d'un prix quelconque. C'est malheureux, mais je suis allé voir ce film pour cette seule raison. C'est grave aussi. Comme certains sont pré-conditionnés à applaudir les films iraniens, moi je le suis à croire que peu importe sa valeur, il aura quelque chose.

Et effectivement, il a été accueilli par de longs applaudissements au cinéma par les journalistes et par une ovation à la conférence de presse. Cela m'agace. Mais profondément. Il aura un prix, c'est sûr. Et même si c'était l'Ours d'or, sans avoir vu toute la compétition (il reste 3 jours), cela ne serait pas démérité, même si pour l'instant mon préféré et à El Premio (voir jour 2). C'est cela le pire. Ce ne serait pas démérité. Mais cette hystérie des journalistes qui, à travers lui, défendent en vrac Jafar Panahi emprisonné, la révolution verte avortée, la modernité et je ne sais quoi encore qui les dépasse totalement, ne peut qu'entacher à mes yeux la crédibilité d'un prix décerné.
Quoi qu'il en soit, Jodaeiye Nader Az Simin (Nader And Simin, A Separation) de Asgahr Farhadi est à voir. Les distributeurs ne doivent pas manquer pour ce film: je ne vous conseillerais que trop de le regarder, non pas parce qu'il est iranien, mais parce que c'est une histoire qui peut se lire sur plusieurs niveaux, individuel et sociétal et que le contexte iranien n'est absolument pas un obstacle à son universalité.

Le chef-d'oeuvre quant à lui, n'allez le voir que si vous êtes cinéphile, autrement n'y allez pas, j'insiste!, afin d'être sûr que vous n'irez pas porter plainte à la police pour traumatisme cinématographique. Le film s'appelle A Torinoi Lo (The Turin Horse), il est hongrois, il dure 146 minutes et a été réalisé par le maître Béla Tarr. C'est le film ultime: l'écroulement du monde en 6 jours. Une maison délabrée, un arbre solitaire, le vent qui hurle jour et nuit, les feuilles qui viennent d'on ne sait où volent constamment, un cheval, un père, une fille adulte, l'apparition furtive d'un visiteur et d'une charette de gitans... et rien d'autre que le même rituel, toutes les nuits, tous les jours, filmés sous des angles différents jusqu'à la fin telle un tableau figé. Totalement hypnotique, avec une musique répétitive qui se dispute au vent les silences (il n'y tellement peu de dialogue que dans une des cabines de traduction, un traducteur qui avait éteint sa lumière s'est endormi!). Un chef d'oeuvre dans un noir et blanc de gris. Travail de caméra inouï. On sort de là abasourdi, titubant sous la force de ces images qui s'attachent à nous bien après que le générique de fin se soit déroulé. Un chef-d'oeuvre.

Malik Berkati

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