Berlinale Jour 5 - Une bonne journée cinématographique

Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas râler aujourd'hui. Je sais que certains d'entre vous s'inquiètent déjà de cet état d'esprit, mais je vous rassure, tout va bien, je ne suis pas malade, c'est juste  qu'il est rare que cinématographiquement parlant une journée soit du début jusqu'à la fin aussi bonne: je la partage donc ici, sans faire de vraies critiques de film, ceci étant reservé au papier ou au site officiel.

En compétition, nous avons donc commencé avec V Subbotu (Innocent Saturday), coproduction germano-russe qui raconte le premier jour qui a suivi l'explosion du réacteur du bloc 4 de Tchernobyl. J'ai bien peur que ce film ne trouve que difficilement le chemin des salles de cinéma, et ce serait bien dommage. Loin du film catastrophe ou politique, le réalisateur prend le parti de lever le voile du silence qui entoure encore cette tragédie par le côté individuel de la catastrophe. Ceux qui me suivent ici ou sur d'autres supports savent que je ne suis pas friand des prises de vues caméra à l'épaule, encore moins des caméras à l'épaule qui semble tenues pas des gens atteint de tremblements compulsifs. Mais ici, la caméra tenue à l'épaule ou en courant est tout à fait appropriée, dans ce film intense et fébrile cela fait sens: être au plus près des personnages, leur donner corps à travers l'écran. L'accueil a été partagé, personnellement, je trouve ce film formidable: ce que je connais de Tchernobyl est politique, écologique, en gros assez abstrait. Cette approche qui a paru à certains futile, presque incongrue, est très efficace car elle ramène le spectateur face à lui-même: quelles réactions nous avons face à des situations extrêmes, que faire de la peur, quels sont nos mécanismes de survie, reste-t-on rationnel face à des situations totalement inimaginables, etc.
Un film qui à 9h00 m'a réveillé, car ouvert les yeux sur des failles et des peurs qui hantent tout un chacun.

 

A midi, en compétition toujours, Coriolanus de Ralph Fiennes, d'après la pièce de Shakespeare. D'abord une distribution de rêve: Ralph Fiennes, Vanessa Redgrave, Gerald Butler. Puis une mise en scène brillante. Mais surtout une transposition de la pièce dans le monde contemporain réalisée avec brio par Ralph Fiennes et l'auteur du scénario John Logan. Le langage est bien sûr ardu, mais cela participe au charme du film: voir des "breaking news" sur "Fidelis TV", la chaîne de la République de Rome, dans la langue du 17ème siècle est assez jubilatoire. Si ce n'était cette langue shakespearienne, un individu qui ne connaîtrait pas cette pièce pourrait facilement croire que l'histoire est inspirée par notre monde actuel, en perpétuel conflit, état d'émeute, luttes de pouvoir, vengeance, violence...

 

A 15h00, hors compétition: Les femmes du 6ème étage. Ouf, on respire un peut. On se détend. Pour les francophones, on se repose des sous-titres. On apprécie le jeu d'acteur, enfin surtout d'actrices. Et surtout - ici j'abandonne le on, car cela me concerne plus particulièrement - j'apprécie enfin un film français, ce qui ne m'arrive pas souvent, je le reconnais, pour la raison que les films français partent avec un petit malus au contraire des films québecois ou scandinaves ou polonais qui partent avec un petit bonus. Je sais, ce n'est pas juste, mais si quelqu'un d'entre vous (et eje sais qu'il y en a) pense encore que la critique cinématographique est objective, je suis heureux d'être celui qui brise cette illusion: tout comme en politique, en faits de société, en économie en sport ou en culture, le journalisme objectif n'existe pas...même dans 20 Minutes et son journal-dépêche. Film léger qui parle d'un sujet qui de nos jours est grave et dur, l'immigration et l'invisibilité de la vie misérable et de labeur qui souvent est son lot. Cette histoire pleine de tendresse, d'humour parfois un peu facile mais jamais lourd comme suivez mon regard vers le film français le plus vu dans les salles françaises, est également une sorte de fable sur le rapport de la bourgeoisie et de la classe des domestiques, sujet très prisé de tout temps par le théâtre et le cinéma.

Pour finir, oui aujourd'hui c'est une petite journée, que quatre films, j'ai un petit coup de mou, un film israélien dans la section panorama qui s'il ne sort pas sur les grands écrans de nos contrées sera certainement au moins diffusé sur les chaînes de télévision: Lo Roim Alaich (Invisible). Comme mon coup de mou s'est aggravé depuis le début de ce billet et que j'ai encore une critique à écrire avant de descendre le rideau, je vous laisse lire la critique en ligne que j'ai faite (comme le dit Missoum, qui vous salue bien au passage), elle est un peu courte, mais que mes fans se rassurent, il y aura une version papier un peu plus évoluée...j'espère!): Berlinale – Film du jour: Lo Roim Alaich (Invisible) – Panorama

 

Malik Berkati

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