Berlinale 2009-Jour 4: ARTE au festival

Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas râler! Non, je vais me contenter de mentionner 3 films produits ou co-produits par ARTE -que ceux qui reçoivent ARTE pourront donc voir, ce qui n'est pas le cas de tous les films dont je parle ici- qui m'ont plu.Kashmir: journey to freedomCe film du réalisateur israélo-étasunien Udi Aloni est remarquable pour l'angle sous lequel il présente le conflit du Cachemire, un angle que l'on a pas l'habitude de voir, le conflit étant bien souvent schématisé à travers celui que se livrent l'Inde et le Pakistan en termes de pouvoir et d'influence régionale. Dans ce documentaire, c'est la voix des Cachemiris que l'on entend...et tout à coup, on a un discours plus complexe sur la situation qui émerge. Et surtout on se rend compte que la population du Cachemire est muselée, par les uns, les autres et même que le reste du monde n'a pas trop envie de les écouter. A cet égard, Udi Aloni, comme à son habitude avec ses films documentaires ou de fiction sur Israel et son rapport à la Palestine occupée, provoque et arrive à se mettre à dos les autorités indiennes qui l'empêchent à présent de retourner au Cachemire malgré ses nombreuses demandes de visa. Car ce "voyage vers la liberté", ce n'est pas simplement un titre, c'est également le nom d'un mouvement pacifique au Cachemire qui a décidé de déposer les armes et de continuer la lutte avec des moyens légaux et non-violents: et ceci, l'Inde comme l'Occident ne veut pas l'entendre, cela n'arrange personne dans la configuration politico-militaire de la région.Udi Aloni est un réalisateur très particulier et un militant de la paix et de la justice assez atypique. Depuis 6 ans que je le suis, il ne cesse de m'étonner. La première fois que je l'ai interviewé, sur une question je suis resté 15 minutes (il parle beaucoup, beaucoup, et il a toujours quelque chose à rajouter à ce qu'il a longuement déjà dit) la bouche ouverte de stupéfaction: on parlait du conflit israélo-palestinien bien sûr et il m'a dit qu'il était pour un Etat bi-national. La première surprise passée, je lui demande si ceci est bien réalisable, réaliste et même une bonne idée. Comme il sait que comme lui je lutte pour une paix juste et durable entre Israel et la Palestine occupée, il ne comprenait pas mes réticences et est parti dans une grande diatribe sur la nécessité pour lui, en tant que juif, de vivre dans un Etat bi-national débarrassé de ses fondements -je cite- "racistes". Pour faire bref, Udi Aloni aime la polémique, le débat, la provocation, mais la force et la constance avec lesquelles il défend ses positions font que ce n'est pas de la polémique pour de la polémique, mais que ceci est porté par des convictions profondes.Missoum ne me croyait pas quand je lui parlais d'Udi Aloni. cette fois-ci, je l'ai donc obligé à venir voir le film et entendre le réalisateur parler. Il n'est revient pas encore. Petit florilège entendu à la fin de la projection:"Je ne voulais pas faire une analogie avec le conflit israélo-palestinien, mais lors de la Première à Tel Aviv, pendant les bombardements de Gaza, les gens ont dit: Vous voyez, eux ils ont choisi la non-violence, au contraire des Palestiniens. J'ai répondu, comme je le fais toujours, que l'oppression provoque la violence, l'agresseur provoque la violence, la résistance est violente mais quelle violence par rapport aux F16 d'une armée, des bombardements, de la destruction, de l'injustice quotidienne?""Le processus de colonisation répond à son propre système qui va avec la corruption du pouvoir, l'argent, les armes et le pouvoir en lui-même. C'est comme cela que des gens qui ont été opprimés ou colonisés peuvent à leur tour devenir des colonisateurs.""Partout où je vais, je condamne en premier lieu l'oppresseur, je ne justifie pas le Hamas, mais le 1er responsable, c'est celui qui a les armes. Je ne choisis pas un côté contre un autre, je suis avec celui qui résiste pour ses droits et sa liberté."Pour moi, rester juif, c'est être solidaire avec le peuple palestinien. Je ne comprends pas pourquoi l'Allemagne, et les autres pays responsables -USA, G-B, France, etc- seraient inconditionnellement solidaires avec Israel. Soyons inconditionnellement solidaires avec ceux qui n'ont pas d'armes pour résister."www.kashmirthefilm.comLa journée de la jupeIl y a eu "Entre les murs" à Cannes, il y a "La journée de la jupe" à Berlin (pas dans la section compétition). Encore une histoire qui montre la relation difficile entre les profs et les élèves dans un collège de banlieue, mais cette fois-ci dans un contexte plus dramatique: La prof, jouée par Isabelle Adjani, sans autorité sur sa classe, constamment humiliée, se retrouve après un concours de circonstance avec le révolver d'un élève dans les mains et en situation de prendre sa classe en otage, avec pour revendication à l'Etat français de décréter une journée nationale de la jupe dans les écoles de la République. Ce qui ressemble à une farce se révèle être quelque chose de très complexe, de difficile pour le spectateur qui se retrouve à avoir de l'empathie et pour la prof et pour les élèves. La force de ce film est de ne pas vouloir donner de réponse à cette inquiétante faille dans la société française mais à se poser des questions sur la complexité de ce problème. Le réalisateur a aussi eu le courage de ne pas vouloir faire du politiquement correct, ce qui j'en suis sûr provoquera des polémiques, avec pour certains l'impression que parfois c'est à la limite du racisme et pour les autres à la limite de la dénonciation d'une République sans morale, coercitive et qui laisse par pertes et profits une frange de sa population. Et c'est vrai que la République incarnée ici par la Ministre, le Proviseur et le chef d'une section du GIGN et la population -parents, autres élèves- qui suit la prise d'otage à l'extérieur sont à mon goût caricaturaux. Mais qu'importe: le sujet est dans la classe, un huis-clos théâtral qui se passe justement dans la salle de spectacle du Collège. Et là, pas de caricature, au contraire.A voir le 20 mars sur ARTE!RachelUn documentaire édifiant sur la militante pacifiste étasunienne Rachel Corrie, assassinée par l'armée isralienne en mars 2003 à l'âge de 23 ans, lors d'un engagement pacifique dans la bande de Gaza en voulant protéger une maison qui allait être détruite tout à fait illégalement, comme beaucoup de maisons étaients détruites à cette époque pour assurer la construction du mur de séparation.Très bel hommage à Rachel Corrie à travers la lecture des courriels envoyés à sa famille, les témoignages de ses amis militants et des familles palestiniennes qu'elle a aidées et côtoyées et interviews édifiantes de militaires israéliens.Film de Simone Bitton
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