Adrien Houngbédji vient de franchir le rubicond en se proclamant Président du Bénin à la suite du scrutin du 13 mars 2011. Pourtant la Cour constitutionnelle, dans une décision rendue publique le 21 mars 2011, a déclaré Boni Yayi provisoirement élu. Qu'est-ce qui peut amener une personnalité politique de son rang, qui de surcroit s'est toujours dit légaliste, à choisir cette voie sans issue?

Adrien Houngbédji a été constamment candidat aux élections présidentielles au Bénin depuis 1991, année au cours de laquelle le premier scrutin démocratique a été organisé après la Conférence nationale des forces vives de la Nation de février 1990. Son meilleur score a été le 2ème rang occupé en 2006 face à Boni Yayi après les deux mandats successifs du Président Mathieu Kérékou. Au deuxième tour du scrutin présidentiel de mars 2006, une large coalition a été formée autour de Boni Yayi qui a été largement élu avec 75% des suffrages exprimés. Adrien Houngbédji avait à l'époque reconnu sa défaite parce que dit-il "démocrate par conviction et non par opportunisme, il m’était apparu, à l’analyse de toutes les opérations pré et post électorales, que malgré les imperfections du système, le scrutin était juste et transparent et que les résultats étaient conformes au choix des électeurs". Pourquoi alors choisir aujourd'hui une auto proclamation pour un scrutin qui, malgré quelques insuffisances, a été reconnu libre et équitable par la plupart des observateurs? 
 
 Le pouvoir à tout prix
 
En réalité, l'attitude de Adrien Houngbédji pendant la campagne électorale et à la suite de la publication des premières tendances après le scrutin du 13 mars 2011 présageait déjà de son comportement après l'annonce officielle des résultats. "LEPI ou pas LEPI, Houngbédji Président" était le slogan distillé par ses partisans dans tous les meetings électoraux. Voudraient-ils dire à ce moment que quel que soit le verdit de la Cour constitutionnelle, Houngbédji sera le prochain Président de la République? Tout porte aujourd'hui à le croire. De plus, étant en possession des résultats provenant des bureaux de vote, Houngbédji s'est très tôt aperçu que Boni Yayi sera élu dès le premier tour. On comprend alors son acharnement à donner des chiffres qui le placent en tête du scrutin, à forcer un second tour et à consulter les autres candidats pour recueillir leur soutien. La tentative de faire annuler les résultats du Département du Borgou, un des fiefs du candidat Boni Yayi, va dans le même sens. Tous ses efforts se sont avérés finalement vains, puisque successivement la CENA et la Cour constitutionnelle ont reconnu la victoire de Boni Yayi dès le premier tour du scrutin. Il ne reste plus à Adrien Houngbédji, qui n'a plus aucune chance de se présenter à l'élection présidentielle du fait de la limite d'âge qui le frappe, de s'autoproclamer élu pour au moins avoir le sentiment d'avoir été Président de la République une fois dans sa vie. Dans une déclaration faite devant la presse le lundi 21 mars 2011, Adrien Houngbédji a ainsi affirmé: "J’ai gagné ces élections. J’ai été élu. Je suis le président élu. J’ai d’ores et déjà pris des initiatives, en concertation avec les responsables de l’Union fait la Nation pour qu’ensemble nous en tirions les conséquences". Sera-t-il suivi dans cette folie par la classe politique et la Société civile comme il le demande? Les prochains jours nous édifieront. Déjà, le candidat Joseph Salomon Biokou s'est démarqué en reconnaissant la victoire de Boni Yayi. Il ne peut en être autrement dans un pays considéré jusqu'ici comme le modèle de la démocratie en Afrique. Le destin d'un pays ne peut être lié à un homme.
 
Par son comportement, Adrien Houngbédji donne raison à tous ceux qui pensent qu'il est obnubilé par pouvoir à tel point qu'il est prêt à tout pour parvenir à ses fins. En agissant ainsi, il n'a pas choisi la meilleure voie et son groupe politique a intérêt à revenir à la légalité au risque de se  mettre irrémédiablement en marge de la société béninoise.
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Commentaires

  • La passion des démoncrates,

    Une présidence de la république à deux têtes pour une nation au bord du crépitement des armes relève de la passion des démoncrates.

    L’instinct viscéral du vrai que l’on connait au peuple engendre des évènements à controverse mais, suscite à terme l’avènement d’une république stable dont l’enjeu demeure le peuple aux mains nues, œuvrant pour la paix.

    Le pouvoir est au peuple.
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