Le Président Boni Yayi a placé son deuxième quinquennat sous le signe de la refondation. Se basant sur le constat que la société béninoise a perdu ses repères surtout moraux, il a proposé à son peuple un nouveau contrat basé sur le retour aux valeurs sans lesquelles nul développement n’est possible. A présent  que les béninois lui ont renouvelé leur confiance, le Président Boni Yayi a toute la latitude pour mettre en exécution ce projet de société novateur.

Déjà  le 6 avril 2006, en disant dans son discours inaugural  aux béninois : « Si vous voulez changer l’avenir, changez vous-même », le Président Boni Yayi annonçait les couleurs quant à sa détermination de provoquer une mutation qualitative au sein de la population béninoise. Cinq ans après, le constat est là : les béninois ont peu changé dans le bon sens. Au contraire, des affaires ténébreuses comme  celle relative à «  ICC service » ont fini de montrer que le mal est profond et qu’une véritable thérapie est nécessaire à tous les nouveaux pour remettre les béninois sur le chemin de la vertu. Dans son allocution du 6 avril 2011, le Président béninois faisait le constat en ces termes : « Vous convenez avec moi aujourd’hui que les crises internes qui ont secoué notre République pendant les cinq dernières années sont essentiellement dues à une perte de nos valeurs spirituelles, morales et éthiques. C’est ce qui m’amène à vous parler depuis un certain temps de la refondation de notre République sans laquelle notre nation ne pourra satisfaire ses besoins fondamentaux indispensables à sa survie et à sa croissance ». La parade trouvée par le Docteur Boni Yayi est donc la refondation déclinée dans cette profession de foi : « Dans le cadre de cette refondation, il s’agira pour nous de réaffirmer notre fermeté pour la restauration de ces mêmes valeurs. L’un des moyens d’y parvenir, c’est de réintroduire dans notre système éducatif, l’éducation à la citoyenneté et au civisme ». Il s’agit aussi « De nous engager à nouveau, de nous prendre plus au sérieux, de nous organiser et de nous astreindre à l’effort d’une discipline républicaine qui se refuse à l’arrogance et à la médiocrité ». Les vertus du travail et de la discipline sont donc placées au cœur des réformes à opérer.

Pour montrer sa bonne foi dans la volonté politique ainsi exprimée, le Docteur Boni Yayi s’est engagé  à « Poursuivre les réformes administratives et institutionnelles, y compris l’audit organisationnel et fonctionnel de la Présidence de la République, des Ministères et de toutes autres structures gestionnaires des fonds publics. Le quinquennat sera également consacré au renforcement des actions d’assainissement et l’amélioration des finances publiques. Le Gouvernement doit en outre consolider et renforcer la primauté du droit, accompagner plus efficacement l’action de la société civile et imprimer à l’Administration publique une forte dimension éthique et apolitique pour en faire un vecteur de développement ».

La cheville ouvrière de la gouvernance politique est la réforme constitutionnelle proposée aux béninois pour « Renforcer les attributs de nos institutions en vue d’équilibrer leurs pouvoirs et d’améliorer leur fonctionnement au profit de notre Peuple. Elle portera également sur un nouveau code électoral qui élimine la transhumance politique, l’instabilité institutionnelle tout en promouvant un nouveau système électoral stable et compatible avec les moyens de l’Etat ». Le système partisan actuel qui ouvre la voie à toutes les dérives sera aussi revu dans le sens du « Renforcement de l’Unité Nationale et la simplification du système politique national ainsi que le renforcement du statut de l’opposition ».

D’autres aspects des réformes concernent  « Le découpage territorial pour renforcer la décentralisation et la déconcentration en vue de faire de nos communes des pôles de développement et de création de richesses ainsi que des cités de bien-être pour chacune et pour chacun », la gouvernance économique, visant à « Bâtir une économie compétitive basée sur un véritable partenariat public-privé et débarrassée des faiblesses d’une Administration non performante. Cette Gouvernance sera fondée sur la lutte contre l’impunité et la corruption », la lutte contre l’impunité qui « s’enracine de plus en plus par notre morale sociale, par l’absence de l’engagement de la classe politique et par la faiblesse de notre justice notamment » et la prise en compte de l’aspect genre par « Une nouvelle application du principe de l’égalité entre l’homme et la femme par la mise en œuvre d’une parité absolue dans les fonctions électives pour une meilleure représentativité des femmes dans les fonctions de l’Etat ».

Il est donc clair que la refondation n’est pas qu’un simple slogan, mais une volonté exprimée d’opérer de profondes mutations au sein de la société béninoise en vue d’assoir les bases de la construction d’une nation émergente. Après la mise en place du premier gouvernement de Boni Yayi II et l’installation du nouveau parlement avec tous ses organes, les béninois s’attendent au respect des engagements à commencer par la promesse de « demander à la nouvelle Représentation Nationale dès son installation l’examen en procédure d’urgence de la loi sur l’enrichissement illicite et la lutte contre la corruption ».

Une  autre action qui prouvera la volonté de rupture avec les anciennes pratiques est l’application intégrale du répertoire des hauts emplois techniques de la fonction publique pourvus par nominations en conseil des Ministres. Elaboré par le Ministère en charge de la réforme administrative et institutionnelle, ce document fait la description de chaque poste en terme de profil, mission, fonctions, activités et les conditions à remplir en terme de connaissances, expériences et compétences pour l’occuper.  Au moment où les nouveaux ministres se préparent à former leur cabinet, le Président Boni Yayi devrait leur avoir ordonné de se fonder rigoureusement sur ces prescriptions. Si ce n’est pas le cas, il est encore temps de le leur rappeler. Dans le cas contraire, la refondation prendra un mauvais départ ; ce qui n’est pas souhaitable pour un Président qui veut gouverner par l’exemple…
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