Barcelone et sa mairie connectée

Crédit photo : Moyan Brenn / Flickr CC

J'ai récemment interviewé Manuel Sanromá, le responsable de la technologie de la ville de Barcelone entre juillet 2011 et juin 2015. Il était aux meilleures loges pour «apprendre énormément de choses sur ces animaux fascinants que sont les villes». 

C'était une interview pour le journal Le Monde du 15 juin, le jour même où la nouvelle équipe municipale - issue du mouvement des indignés et dirigée par Ada Colau - s'installait  à la mairie. Le point de départ de notre conversation est que, pour lui, les villes occupent une place centrale, et qu'elles vont jouer un rôle plus important encore dans la gestion de tout ce qui est public, de ce qui est commun, de ce qui est l'objet de la politique.

Il estime que si les problèmes de l'espèce humaine doivent se régler au niveau planétaire, tout le reste doit être abordé au niveau des villes qui peuvent agir beaucoup plus efficacement que les États. Ceci implique une redistribution du pouvoir. Il faudra leur donner beaucoup plus de latitude et ce sera le travail de toute une génération.

Je lui ai demandé ce qui fait de Barcelone une ville intelligente. Et sa réponse m'a beaucoup plu même si elle est classique: il Il n'y a pas de « ville intelligente ». Ce sont les personnes et les communautés qui sont «intelligentes».

Tout au long de son histoire, il estime que Barcelone a construit une ville à la mesure de l'homme et qu'elle utilise désormais la technologie pour donner de la puissance à cette intelligence humaine. Comme exemple, il cite la création de Vincles, une plateforme de réseaux personnels de confiance pour les personnes âgées qui vivent seules.

La technologie dans le débat politique

À un niveau plus technologique, il a mentionné la création du concept de système d'exploitation de la ville (CityOS) avec le développement de SENTILO. Il s'agit d'une plateforme ouverte qui permet à toutes les villes qui l'adoptent de partager entre elles toutes les données recueillies par des capteurs installés par leurs différents services municipaux qu'il s'agisse de la pollution sonore ou de la gestion des ordures, par exemple.

Sa principale satisfaction est d'avoir introduit la technologie dans le débat politique et d'avoir contribué à ce que les gens cessent de la voir seulement comme un outil, ou comme un service. La technologie, pour Sanromá, c'est de la culture. C'est un instrument de socialisation.

Mais je lui ai aussi demandé en quoi il avait échoué et sa réponse que je cite textuellement est assez claire : «En ce que nous n'avons pas su générer de consensus politique autour de ces questions». Détail savoureux, il m'a précisé que le terme "smart city" ne lui plaît pas du tout. C'est comme le nom de ma femme m'a-t-il dit. Elle s'appelle Piedad (piété)– et pourtant je l'adore.

Sa réponse, en deux temps, est claire : « Nous en avons besoin. Mais… elles ne doivent pas décider. C'est l'absence de stratégie et de discours des villes qui leur donne un rôle trop important.» Et il rappelle ce qu'on oublie trop souvent : dans 50 ans, Barcelone sera toujours là. Ce n'est pas nécessairement le cas de Google, Cisco, IBM, ou Microsoft.

Le web transforme les villes

Je lui ai aussi demandé, bien sûr, quel rôle il voyait pour la société civile à la participation citoyenne. Il estime que les nouveaux outils technologiques révolutionnent la participation des citoyens, que le web peut et va changer la manière de gouverner les villes.

« J'espère même  ajoute-t-il et je le cite littéralement, que ces technologies nous aideront à transformer la politique, non pas celle qu'on écrit avec le « p » de partis, mais avec le « P » majuscule de polis le terme grec pour parler de la ville. »

Manuel Sanromá fait partie des exceptions dans le phénomène dont parle de façon si convaincante Laure Bélot, auteur du livre La déconnexion des élites. Comment Internet dérange l'ordre établi. Au fond, je trouve que cela renforce ce qu'elle nous explique dans la mesure où ça nous montre tout ce que des élites connectées pourraient faire et tout ce que nous perdons quand elles ne le sont pas.

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Francis Pisani
@francispisani
Perspectives on innovation, creative cities, and smart citizens. Globe wanderer. Distributed self. Never here. Rhizomantic.

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