#BarcampTunis: un cercle de réflexion improvisé

Initié par Ziad Maalouf, Simon Decreuze (Atelier des Médias, RFI) et moi même (tout modestement :p), et rejoints ensuite par Mael Inizan et Berangère Peron (Silicon Maniacs), le BarcampTunis a eu lieu Samedi 19 février aux Berges du Lac, et a vu la participation d’une soixantaine de personnes venues échanger et partager leurs idées. Un think tank s’est constitué le temps d’un bel après-midi.

A partir du thème général du Bracamp Tunisie: La révolution... et après? , quelques sujets ont été évoqués par les participants sous forme de questions qu’on a finalement regroupés en 4 grands thèmes : 1- les réseaux sociaux et la révolution? 2- Rôle et devoirs des citoyens après révolution 3- les médias et les médias alternatifs 4- la révolution culturelle.

Pour ma part, j’ai fait partie du troisième atelier : Médias et Médias alternatifs et voici les principales idées débattues dans notre cercle de réflexion. 

Les médias alternatifs 
Partant du fait que le mot « alternatif » serait utilisé par opposition aux canaux de diffusion traditionnels (journaux/radio/tv), un média alternatif aurait pour support le web : journaux électroniques ou pure players, portails d’information, plateformes collaboratives (posterous/ tumblr), blogs et réseaux sociaux. Mais dans ce cas est-ce que tout support web est considéré comme média alternatif du moment qu’il édite du contenu ou faut-il que ce soit édité par des journalistes? 
En fait, le média alternatif aujourd’hui peut être aussi bien des citoyens lambdas qui partagent les informations qu’ils détiennent sur les plateformes existantes (via un blog, un réseau social, etc.) ou des journalistes qui travaillent en indépendants, et ici on parle d’indépendance par rapport à certains organismes qui agissent habituellement sur les médias traditionnels (groupes de pression, annonceurs). Ce qui nous ramène forcément à une question centrale : le financement des médias alternatifs.

Un média alternatif doit-il prétendre (ou pas) à la publicité pour son financement? 
Etant donné qu’en Tunisie, le seul modèle adapté et possible est le financement par la pub (contrairement à d’autres pays où on peut payer des abonnements, exemple Mediapart ), un média considéré comme « alternatif » devrait-il refuser la publicité ? Et dans ce cas comment pourrait-il survivre ? L’exemple de Nawaat qui a toujours refusé toute forme de publicité pour ne pas se pervertir et connait un succès considérable vu la qualité de son contenu aurait pu être un bon exemple mais il s’agit là d’une plateforme collaborative qui ne vise pas forcément à être bénéficiaire (on peut citer également l'exemple d'Agoravox qui survit avec des dons), ce qui n’est pas le cas des personnes qui voudraient investir sur le web. Faut-il donc faire du bénévolat pour faire de l’alternatif en Tunisie ? Pas nécessairement etTekiano en est bien l’exemple : un site de qualité qui a n’a pas failli à sa ligne éditoriale et sa liberté de ton sans que cela ne l’empêche d’avoir des bannières publicitaires. Donc, rien n’empêche d’avoir des revenus publicitaires et garder son indépendance vis-à-vis des annonceurs.

Nouvelles vocations après la révolution
La liberté de parole et d’expression retrouvée a donné naissance à de nouvelles vocations aujourd’hui. D’abord le phénomène du « journaliste citoyen », c'est-à-dire que tout le monde peut créer et partager son information via les différents moyens dont il dispose et essentiellement les réseaux sociaux sans avoir peur des ripostes, des pressions, ni devoir respecter une ligne éditoriale quelconque. On a également remarqué l’émergence des vidéo-blogueurs (qui ne dépassaient pas une dizaine auparavant) mais aussi des blogueurs (le phénomène des notes sur Facebook). Les anciens blogueurs sont devenus plus assidus et plus responsables dans les billets qu’ils postent. Évidemment, on a reproché l'indifférence (par rapports aux évènements qui se déroulaient) de certains blogueurs qui pouvaient profiter de leur notoriété sur le web pour parler de ce qui se passait en Tunisie mais qui ont préféré se taire ou parler d'autre chose, justifiant cela par le fait que leurs blog, c’est également un outil qui accompagne leur carrière professionnelle un peu à l'image de Loïc Le Moeur....
Autre fait aussi marquant qu’intéressant ; les médias qui impliquent de plus en plus leur audience : en plus de l’interaction via les commentaires (qui est propre au web et non à la révolution) on a remarqué la participation de plus en plus importantes des citoyens dans la création du contenu médiatique : témoignages, articles, tribunes, opinions, etc.

Les rumeurs ne sont pas l’apanage des médias alternatifs
On a tous remarqué la propagation de rumeurs et intox durant et après la révolution. Est-ce que les rumeurs sont le propre du web et en l’occurrence des médias alternatifs ? pas du tout, la preuve c’est que ces rumeurs et intox sont reprises par les médias traditionnels, et pas n’importe lesquels : Al Jazeera (pour l’arrestation de quelques personnes), Le Monde (les lingots d’or de Leila Trabelsi), Al Quods Al Aarabi (l’histoire du cuisiner de Leila Trabelsi) et autres, sans la moindre vérification. En fait, il s’agit là de journalistes qui cherchent le scoop et le sensationnel à tout prix sans vérifier les informations reçues faillant au passage, à leur devoir déontologique.

Médias Tunisiens : de la propagande au lynchage
Un constat unanime : les médias tunisiens ne sont toujours pas à la hauteur dans le traitement des informations. Ils ont beau essayé de faire quelques efforts mais ne s’invente pas journaliste politique du jour au lendemain et cela se ressent aussi bien dans les débats que dans les journaux. De la propagande au lynchage, les médias tunisiens semblent loin des attentes des tunisiens qui méritent de meilleurs débats constructifs, des journalistes avec un esprit critique et une analyse constructive. Leur rôle est aujourd’hui de dénoncer les irrégularités sans tomber dans les règlements de comptes et de promouvoir les acquis de cette révolution sans tomber dans la récupération. Ce qui est au jour d’aujourd’hui loin d’être le cas.

Pour en savoir plus sur ce #BarcampTunis, lire :
Tunisie : la révolution et après…?
#BarcampTunis: Brainstorming citoyen 
BarCamp à Tunis organisé par l’Atelier des Médias RFI (Interview vidéo de Ziad Maalouf)
« La révolution tunisienne… et après ? » thème du Barcamp Tunis organisé par RFI
Il a fallu une révolution pour avoir un vrai BarCamp!

 

Article initialement publié sur "Un oeil sur la planète"

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Commentaires

  • Merci ! :)
  • Bravo Sarah pour tout ce que tu fais!
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