Bénin : A l’épreuve de l’hypocrisie portuaire

A quoi jouent les acteurs portuaires en cette saison des réformes ? La question tient ses racines dans le sous-sol énigmatique de l’exhibition mal inspirée dans un secteur où la mafia n’a pas de répit et affiche sa susceptibilité. Le conservatisme ruineux et les pratiques peu catholiques sont menacés de disparition par l’usage aseptique de ces réformes annoncées ou déjà entreprises dans un milieu trop infecté. Sous l’illusion nostalgique, se produisent les initiatives anti-réformes.

Il y a comme un paradoxe qui ne cesse de rythmer l’ambiance au Port de Cotonou. Et ce paradoxe prend de dimension avec ce dénominateur commun dont se prévalent les intentions des acteurs. On peut constater avec contrariété qu’il n’y a pas un cartel anti-réformes déclaré, alors que sur le terrain le piétinement est visible. La contradiction est majeure et saute à l’œil : pas une proclamation contre les réformes, mais un blocage qui provoque l’enthousiasme. Même si, on n’en est pas dupe, l’adhésion aux réformes se fait du bout des lèvres, une vérité grossit et cherche le témoignage de l’évidence : personne au port n’a encore le courage d’enfiler le costume anti réformiste. Qu’est-ce qui empêche donc l’essor des réformes ? Apparemment, rien ne devrait débrayer le mouvement, sauf le lot atypique de gens qui s’illustrent dans la quête d’une chose et de son contraire. Etre à la fois debout et assis, vivre du chaud et du froid, être tortue et lièvre. En vérité, dans le monde portuaire si complexe et si mafieux , l’adhésion aux réformes se fait dans un flou où s’entretiennent les plus grandes hypocrisies car, chacun accepte les réformes pour autant qu’elles ne rognent pas sa notoriété et ne créent de chamboulement dans son domaine de prédilection. Dans ce labyrinthe portuaire, la règle semble établie :" Les réformes sont mauvaises ou bonnes selon qu’elles touchent ou ne touchent pas aux intérêts ". Dans les souterrains immoraux, on multiplie les foulées vicieuses pour combattre ces réformes malgré la foi professée d’un soutien sans faille.
Le refrain réformateur ressassé par les gestionnaires de parcs n’a pas empêché la levée de boucliers et les agitations anti guichet unique. Le discours enflammé contre le guichet unique livré passionnément tranche avec cette volonté mutilée de s’embarquer dans le positif. L’allergie au guichet unique, outil de modernisation, relève de l’incompréhensible. De quoi ont-ils peur, ces patrons de parcs, pourtant joyeux à l’idée des réformes et affreusement crispés à l’heure de l’action réformatrice ? On s’offre le chant du désespoir et de la panique, comme si ce guichet est une machine qui transforme l’argent en sable. La phobie peut pousser aux hallucinations les plus dingues, mais l’expérience indique la voie de la sagesse. Le guichet unique n’a pas la magie de priver les gestionnaires de parcs de leurs recettes. Il y a pire que l’élan bancal étalé par la race inconsolable de plaintifs. L’argument évoqué provoque l’hilarité et s’effrite comme un château de cartes. Si le statut de privé offre la dispense au guichet unique, tel que claironné inlassablement, je crains que de gros morceaux comme Maersk Line et Bolloré se mettent dans la danse au ballet de l’anti guichet unique aux pas de la brutale bouderie. Les gestionnaires, sonnés par l’innovation qui va sécuriser les recettes de l’Etat, doivent plutôt réinventer autres arguments moins fragiles et plus modernes pour s’éloigner des vestiges du moyen-âge. Sous l’érosion de la raison dans le réquisitoire anti guichet unique, on perçoit de loin l’arbre qui cache la forêt.

Le paradoxe n’a pas de frontière au port de Cotonou. Les acteurs y excellent au risque de se discréditer. La dénonciation du non respect de la surestarie s’accompagne curieusement d’un refus de réformes. Cruciale question en raison de l’ampleur que prend le phénomène. Les consignataires sont-ils au dessus de l’Etat béninois pour briser les normes de la surestarie et échapper au paiement des pénalités ? La pagaille au port sec d’Allada explique l’urgence des réformes. Jusqu’ici en spectateur résigné devant la pétaudière, le gouvernement a le devoir de taper du poing sur la table et de mettre sur les rails le train des réformes.

Le moment est idéal pour rompre les chaînes rouillées et le licol de la mauvaise habitude qu’on a au cou. A la croisée des chemins, le gouvernement de Yayi II ne doit pas faiblir et donner raison aux implacables préjugés.

Source : Fraternité
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