Le premier album d’Idylle Mamba est un mélange de bonheur, d’authenticité et d’émotion. Une marche vers l’espérance… en dépit des douleurs et obstacles de la vie.

 

C’est une centrafricaine fière de l’être que nous avons vu arrivée, hier. Comme ces missionnaires venus en Afrique, à l’époque précoloniale pour répandre le christianisme, sa mission était claire et précise : Enseigner le Sango, cette langue de la Centrafrique, aux peuples africains. Pas avec la Bible, le fouet ou des livres volumineux comme ces hommes en soutane. Mais par la musique et surtout sa voix, son instrument de prédilection. Son « Sango et vous » a fait l’affaire. Pas assez pour étaler tout son talent de conquérante. Il faut passer à la vitesse supérieure. Entre plateaux de médias et scènes de spectacles, Idylle Mamba a donné naissance à un bébé (musical, s’il vous plait !). Son nom est « Bêkou », (« Espoir »), une force immuable encrée en nous et pour toujours.

Cette perle musicale centrafricaine… pardon africaine, surfe sur la musique acoustique ou world, le Folk blues aux couleurs du sahel, de la salsa à forte influence capverdienne, de l’Afrobeat, du bolobo et du bikutsi « responsable ». Les chansons sont interprétées en français, en Sango et en Ewondo, une langue camerounaise. Il y a de quoi écouter d’abord par curiosité. Et adorer ensuite pour sa qualité. C’est du bon ! Ce ne sont pas les mélomanes des régions du Centre, Sud et Est du Cameroun qui diront le contraire. Comme quoi, Idylle est un peu d’ici, un peu de là-bas et finalement de partout.

Sa musique ne berce pas seulement à l’écoute. Elle éduque et sensibilise sur faits réels. C’est pourquoi, cet album, autoproduction, laisse transparaître les peines, la personnalité, la sensibilité et la sincérité de son auteure. C’est une fenêtre sur l’univers d’une femme en quête de justice vraie. Militante dans l’âme, elle va en guerre contre l’excision des filles dans « Petite fille ». Une pratique très accentuée dans les contrées musulmanes, en Somalie, au Mali, au Nord Cameroun… Elle poursuit ainsi un noble combat mené un peu plus-tôt par Tiken Jah Fakoly de la Côte-d’Ivoire et Mouniera Mintchala du Tchad. Femme avant tout, Idylle Mamba rend un hommage mérité, dans « Maman », à ces sœurs. Elles qui s’éreintent au quotidien pour notre bien-être. Celui des hommes souvent peu reconnaissants. Le cœur en larme, elle pleure, dans le titre « Elle », en voyant des innocents s’écrouler sous les balles des assaillants.  Pauvres enfants et femmes qui n’ont ni demander à naitre ni à disparaître. Cruellement. Triste ! Il faut mettre un terme à tous ces massacres, physique ou mystique, pour vivre dans un monde de paix. Mais, la route qui mène à cette finalité est encore longue, sinueuse, sombre et même boueuse comme sur la pochette de l’album. Dieu merci, nous avons encore notre « ancienne sonel » en main pour nous éclairer nos pas. Et ce milieu obscur.

Pour remercier le Cameroun de l’accueil, Idylle chante en Ewondo dans « Karne Ma », titre co-composé avec Ebodé. Elle fustige ici ces sorciers qui usent de leur pouvoir maléfique pour détruire leur semblable au lieu de les aider. Elle implore l’Amour du prochain. La solidarité aussi. L’exemple est bien visible dans « Place Ti kwa » ; en featuring avec la chanteuse Camerouno-centrafricaine Corry Denguemo. Que dire de « Gadji Koyo », « Wa Nzin », « Dok sala » et « Diyin »…? Tous des régals ! Ne pas oublier « Guéné Na Sessé » et « Sango et vous » en bonus tract.

Cet opus est un syncrétisme du « tradi-moderne », des mélodies naturelles et spontanées, des rythmes traditionnels de la Centrafrique et de l’ailleurs réalisée avec la participation des artistes-musiciens tels que : Lokua Kanza, Manon, Valnez Tala, Saladin Ferreira, Rico Kerridge, William Ombè, Bello, Abel Kossidé, Déko Kameni, Serge Epoh, Naimro Kwamei... « Bêkou », 13 titres savamment concoctés aux studios Duke’Ziki à Douala et New Time Song à Paris. Pour ce chef d’œuvre, nous te disons Idylle Mamba (en Sango bien sûr)… Singuila mingui !

Frank William BATCHOU

 

Idylle Mamba, « Bêkou », 13 titres, Production : Idylle Mamba, sortie officielle 19 mars 2013

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