La couverture par certains médias français des attentats à Charlie Hebdo et à l'HyperCasher avait été jugée irresponsable car susceptible d'entraver le travail des forces d'ordre. Depuis vendredi 13 novembre, il semble que les médias dans leur ensemble aient fait preuve de vigilance, agissant comme des relais de solidarité et d'apaisement auprès des Parisiens. 

Ne pas reproduire les erreurs de Janvier 

Trois explosions se sont produites aux abords du Stade de France, en marge d’un match de football entre la France et l’Allemagne. Une prise d’otages a eu lieu dans la salle de spectacle du Bataclan, causant au moins 80 morts. Simultanément, plusieurs fusillades ont eu lieu dans la capitale.

Ce qui paraît nouveau, c'est l'attitude des médias professionnels d'information devant ces actes de terreur inédits. Ils se sont, pour la plupart d'entre-eux, gardés de flatter la libido cognoscendi du public.  Autrement dit, le buzz pour l'audience n'était pas leur préoccupation prioritaire, comme ce fut pourtant le cas lorsqu'il s'agissait de couvrir les attentats à la rédaction de Charlie Hebdo et à l'HyperCasher.

Les chaînes d’information se sont souvenues des admonestations du CSA à leur endroit lorsqu’elles avaient couvert en direct les fusillades de janvier. Le 13 novembre de cette même année 2015, iTélé n’a pas diffusé d’images du Bataclan en direct du massacre. Ces chaînes ont fait attention à ne pas mentionner la localisation des membres des forces de l'ordre pendant que les attaques étaient entrain de se produire.

Le reportage "66 Minutes (M6) au plus près de l'horreur avec des pompiers quelques minutes après l'attaque du restaurant "La Belle Equipe", rue de Charonne à Paris à toutefois attiré le courroux du ministère de l'Intérieur, qui avait demandé à la chaîne de renoncer à cette séquence de 13 minutes. Mais, le CSA n'a pas prononcé de sanction ni même de mise en demeure à l'endroit de M6 pour la diffusion de ce direct. 

Le gendarme de l'audiovisuel n'ayant en revanche pas la main sur les  "hoax" venant exclusivement des publications sur les réseaux sociaux,le ministère de l’Intérieur a mis en place samedi matin un site où déposer des témoignages susceptibles de faire avancer l’enquête. Des données qui prendront un certain temps à être recoupées et vérifiées.

Enfin, depuis dimanche, c'est très prudemment que la presse tente d'esquisser les pistes probables des réseaux terroristes à l'origine du massacre, se gardant bien d'avoir l'exclusivité d'une liste de noms. Ce lundi 16 novembre à 18h, "Il est encore trop tôt pour établir son degré de responsabilité dans les attentats qui ont fait au moins 129 morts à Paris et Saint-Denis, vendredi 13 novembre.", prévient Le Monde en incipit d'un article consacré à Abdelhamid Abaaoud, un djihadiste belge.

Relais sociaux 

Une vigilance appuyée par les sites sociaux, puisque de vendredi à dimanche, Twitter France a eu le réflexe d'inciter les twittos au moyen de notifications à se diriger vers les sources officielles d'information (gouvernement, police nationale, pompiers et hôpitaux de Paris...), afin de canaliser les peurs et d'éviter un effet de psychose dans Paris. Facebook, pour sa part, a mis en place un envoi de message à ses adhérents géolocalisés dans la zone des attentats : « Vous allez bien ? ». La réponse des personnes concernées était alors publiée pour « rassurer » famille, amis et relations.

Le soir même des attentats, les sites des quotidiens, les TV et les radios n'ont pas hésité à relayer les initiatives populaires qui appelaient à la solidarité et à l'apaisement. Je veux parler du mot-dièse « #PorteOuverte », qui s’est répandu quasiment immédiatement auprès de dizaine de milliers de personnes après les tueries pour proposer aux passants de se réfugier dans les appartements des Parisiens. Pour éviter que la barrière de la langue et de la timidité ne s’ajoute à l’effroi, le hashtag s’est décliné en allemand, en espagnol et en anglais à l’attention des personnes non-francophones de passage à Paris et qui se seraient retrouvées dans l’impossibilité de trouver un abri pour la nuit.Snapchat a servi de relais à Twitter : le service de messagerie éphémère a permis aux personnes qui s'étaient suivies mutuellement sur Twitter de s'informer réciproquement sur leur position géographique (les personnes ne pouvant rentrer chez elles)/leurs adresses (les accueillants) sans prendre de risque. De la même façon, les appels aux dons du sang ont été et restent abondamment relayés en temps réel par les médias. 

Les médias ont-il entretenu la peur ?

"En jouant à fond la carte de l'émotion, en racontant dans les détails le carnage du Bataclan, en montrant les corps ensanglantés sur les trottoirs, les médias entretiennent la peur et renforcent le traumatisme d'un pays tout entier." dénonce pourtant  Christophe Ruaults. On peut se demander si parfois, il n'y a pas des réalités qu'il est un devoir de montrer sans accommodements. Le journaliste Daniel Psenny, journaliste au Monde, habite derrière le Bataclan et a été blessé d'une balle qui lui a traversé le bras gauche vendredi 13 novembre alors qu’il tentait de secourir des blessés qui s’étaient échappés de la salle de concert. Son récit vidéo est une information indispensable. 


De surcroît, les grands médias nationaux et régionaux ont éviter de de jouer sur les peurs populaires en ayant la décence de tenir comme évidente l'affirmation selon laquelle le terrorisme ne doit pas être con-substantiellement associé à une origine culturelle ou géographique.

La presse marquée à gauche comme celle de droite a rendu à tous les citoyens les mots de "Nation" et de "République" en se les ré-appropriant spontanément. Pour éviter les polémiques susceptibles d'alimenter le discours des extrémistes de tous bords ainsi que le catalogues de solutions toutes faites pour éradiquer le terrorisme, certains quotidiens se sont concentrés sur les faits, en se plaçant du point de vue de ceux qui ont sauvé les vies menacées  : ils ont livré le récit de l'exceptionnelle mobilisation des forces de l'ordre et du personnel de soin la nuit du vendredi 13. "Dans les hôpitaux, une mobilisation exemplaire", racontait Libération à ses lecteurs. 

En revanche, l'emploi généralisé et souvent sans précaution du terme de "guerre" par les médias français est discutable. Certes, François Hollande, le président de la République, a prononcé "Nous sommes en guerre", devant le Congrès réuni mardi à Versailles. "La guerre, comme celle que j’ai couverte au Liban, au Tchad, ou beaucoup plus récemment dans l’est de l’Ukraine, c’est vivre dans une peur quotidienne de la mort, avoir sans cesse l’impression d’être en sursis, n’être en sécurité nulle part", hiérarchise Dominique Faguet photo-journaliste à l'AFP. Le New York Times rappelle que s'il s'agit d'une guerre, ce n'est pas une guerre telle qu'on l'entend au sens du droit international, car la formation "Daech" n'est pas un État, et donc pas un ennemi de guerre au sens où le stipule la convention de Genève. 


Solidarité de la presse internationale 

Tout en se montrant prudente, la presse internationale a montré une réelle fraternité vis-à-vis de la France et des Français. Lors de son show télévisé de ce dimanche 15 novembre, le présentateur de l'émission très populaire «Last Week Tonight», offrant un regard humoristique sur l'actualité, John Oliver a évoqué d'un cri du coeur sa solidarité avec les Parisiens au lendemain des attaques :  « Si vous faites une guerre à la culture et l’art de vivre français, bah bonne chance p****, allez-y, amener votre idéologie de merde. Ils vont amener Jean-Paul Sartre, Édith Piaf, du bon vin, des cigarettes Gauloises, Camus, du camembert, des madeleines, des macarons, Marcel Proust, et leurs p**** de croquembouches.» Un humour de sympathie qui tranche avec le ton investigateur des médias américains, que l'on ressent d'habitude même dans les one-man shows. La presse d'outre-atlantique avait traité les Attentats de Charlie en observateurs. Ils en cherchaient les causes et les facteurs de manière très méthodique. En ce qui a concerné le 13 novembre, il semble que la presse américaine a couvert l'événement en Alliée. 

Cela à tel point que beaucoup d'internautes français ont relayé un beau texte, en le prenant pour un papier du New York Times alors qu'il s'agissait d'un commentaire à un article mis en ligne par le quotidien américain au sujet des attentats du 13 novembre. Le mot d'humeur expliquait pourquoi la France, avec son art de vivre qui suggère l'existence d'un paradis sur terre et non dans un au-delà sous conditions, concentre toutes les haines des extrémistes religieux zélotes. Ce trait d'amitié envers la France et de son mode de vie fait de jeux d'enfants dans les jardins, de flirts adorables et d'humour irrévérencieux n'a cessé d'être partagé en plusieurs langues sur les réseaux sociaux.

Toutefois, l'insistance de la presse sur les symboles d'une ville comme Paris, indispensable pour que continue à s'exprimer la personnalité d'une ville chargée d'Histoire, n'induit pas d'oublier d'être solidaire d'autres grandes capitales frappées de semblables actes inhumains. Jeudi 12 novembre, l’Etat islamique autoproclamé frappait Beyrouth. Le massacre n'a pas suscité la même solidarité de la part des médias internationaux avec les victimes. Ce que les terroristes avaient anticipé en ciblant Paris et ses habitants.

Dans ce contexte de lâches carnages coordonnés à échelle de l'Humanité, la devise Républicaine "Liberté, égalité, fraternité" doit comme faire partie du sens commun pour que les Lumières parviennent à avoir raison du feu. 

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
myslowmedia@tumblr.com

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Commentaires

  • L'information est et reste le moyen le plus sûre de communiquer sur des événements dans tout pays du Monde. C'est la raison pour laquelle, je voudrais féliciter la Radio France Internationale (RFI) grâce à laquelle nous sommes tous presqu'à la minute près, informé sur tout ce qui se passe dans le monde, que nous y soyons ou pas. 

  • c,est grâce aux chaines d,informations continues que, les attentats parisiens ont eu un échos dans le monde.c,est dire que les media restent de loin un puissant moyen de communication.quelques faiblesses restent a corriger.

    • non en france c'est pas de l'info c' est du téléshopping c'est de la propagation moi je suis comprimé ça passe en boucle ça rend dingue c'est comme une dépression ça dessoude l'esprit l'esprit de ma France

      • vous avez peut raison mais l,information fait partie notre quotidien.la dépression c,est ceux qui tuent.il faut prendre les media comme notre petit déjeuner

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