Il s’appelle Maatalla Ould M’Bareck. Son prénom, Maatalla, signifie en hassaniya, sa langue, « don d’Allah ». Ce jeune mauritanien qui ignore son âge et le nombre d’années passées avec ses anciens maitres est un exemple vivant de la rupture des chaines de la servitude.  Aujourd’hui, marié et père de trois enfants,  il vit à Nouakchott et  nourrit l’espoir de voir ses parents libérés un jour des fers d’un esclavage par ascendance qu’il avait lui-même réussi héroïquement à fuir il y a quelques années.

 Maatalla, ancien esclave devenu planton de SOS-Esclave

C’est en 2004 qu’il croise sur son chemin SOS-Esclaves, une des premières organisations de défense des droits de l’homme se chargeant du sort des esclaves en Mauritanie.

Aujourd’hui, il travaille au sein de cette organisation comme planton. Et il est heureux de se sentir utile autrement et de pouvoir cueillir les fruits de ses peines…

Une vie d’esclave

« Depuis  que je suis né, j’étais esclave ! » témoigne Maatalla, en hassaniya, pour décrire l’ignorance dans laquelle il a vécu durant des années. Nul droit à l’instruction pour ce jeune homme qui fut le berger et le domestique corvéable et malléable  aux côtés de ses maitres. Enfant, il devait se contenter de regarder, de prendre soin de ceux de ses maitres lorsque ceux-ci devaient se rendre à l’école.

Ni lui, ni aucun des siens n’eut le privilège de savoir écrire ou lire. L’école c’est pour les « nobles », « nous n’avions pas ce droit là, on faisait traire les animaux dont on donnait le lait aux maitres, je puisais de l’eau, je brulais le charbon… »  Confie Maatalla. Ce « don d’Allah » que les maitres ont réduit en homme dominé et opprimé n’a même pas eu le temps de connaitre l’affection parentale puisque sa mère elle-même était une propriété privée…  A  Lemghayti, dans le Nord de la Mauritanie,  il vivait séparé de ses parents, il ne voyait ces derniers que lorsqu’il  suivait le troupeau, ses maitres lui interdisait de voir  ses proches et se donnaient le privilège de le frapper pour manifester leur suprématie « J’étais un berger, un esclave qui devait obéir aux ordres de mes maitres ».      

L’esclavage, ce long tunnel obscur

Un jour des gens venus de la Mauritanie loués  par ses maitres ont tenté de persuader Maatalla O. M  que l’esclavage est une forme de commerce de l’homme dont le crédo est : « travailler sans droit ».

Une pratique dont il était périlleux de se débarrasser car les maitres avaient un droit de vie ou de mort sur leurs sujets. « Nous ne savions pas que la liberté existait ;  nous sommes nés et nous avons  grandi dans cette pratique, on ne pouvait pas fuir car certains de nos proches ont été abattus lors qu’ils ont été retrouvés par leurs maitres. » Confie encore Maatalla qui évoque des souvenirs devenus aujourd’hui, lointains pour lui.

Les chemins de la liberté

Il  ya quelques années, après une longue révolte et une fuite programmée, Matala décide de s’échapper pour gouter aux délices de la liberté. Un de ses frères l’avait fait avant lui. Ce fut sa longue marche vers la liberté : de Lemghayti à Zouérate…Cap sur Nouakchott.

Comme si cette conscience de la liberté l’avait animé depuis son enfance, Maatalla a longtemps cherché la solution pour fuir et passer incognito à travers un désert hostile. Il entendait parler de la Mauritanie mais  ne savait pas où se trouvait ce pays, son pays. C’est ainsi qu’il continua       à chercher la solution jusqu'à que son grand frère Ethmane  est parvenu à fuir, par mesure de sécurité ce dernier était nommé Said. Un départ qui l’a réconforté dans sa volonté d’obtenir sa liberté.

Ses maitres faisaient croire que Said était mort. Histoire de le dissuader dans ses éventuels projets, sans doute. Plus tard la famille de Matala va obtenir des informations attestant que Said est vivant. Une révélation qui renforça la conviction de Maatala à s’enfuir des griffes de ses maitres. Mais en attendant il fallait agir avec précaution : « j’ai continué à chercher une solution meilleure, par ce qu’il ya des esclaves qui ont fui mais malheureusement, ils ont été abattus par leurs maitres devant moi, je connais là où se trouve leurs tombes ».

 Apres des années de services loyaux, il commençait à se révolter surtout lorsque ses maitres torturaient ses parents devant lui. Face aux pratiques subies par ses proches, Maatalla raconte qu’il pouvait tolérer d’être esclave mais « humilier mes parents devant moi, sans que je ne sache rien faire, devenait insupportable à mes yeux ».

Il lui revient encore les tortures que ses parents ont subies devant lui : « quoi qu’il arrive, je n’oublierai jamais ces actions maintenant, je les ai laissés dernière moi, Dieu seul sait comment vivent mes parents.»  Soupire Maatalla.

Maatalla, acteur de sa propre vie

Maatalla aurait pu être un de ces acteurs du film «  Prison Break. » Sauf que sa vie à lui est réelle. Il l’a vécue. Il a longtemps programmé sa fuite.

Un jour, il mène son troupeau sur une voie routière, juste à coté d’une base militaire nommée la base de Lemghayti, sous le commandement de la région de Zouerate. En chemin, il  fait la connaissance d’un militaire harratine nommé Slame. Ce dernier à qui il raconta son histoire promet  de ne pas le livrer à ses maitres sans son accord. Ces derniers  voulaient naturellement le retrouver.

De Bir-Moghrein,  Maatalla a  été envoyé à  la gendarmerie de Zouerate où il sera placé sous la protection du Wali. Soupçonnant ce dernier de tentative de camouflage de cas d’esclavage, deux émissaires de SOS-Esclaves sont rentrés en contact avec Maatalla pour dénoncer sa condition servile.

Durant cette traversée, « c’était difficile pour moi car le préfet n’acceptait pas que je monte dans une voiture, j’ai été surveillé. Je  ne parlais et ne m’approchait de personne.  Même lorsque je suivais  mon troupeau, des gendarmes  me suivaient par mesure de sécurité.» rappelle Maatalla, en croisant les bras.

Comme un véritable self-made-man, Maatalla a expérimenté plusieurs métiers en route vers son autonomie : berger, journalier dans un dépôt de brique,  jardinier, domestique, vigile après ses retrouvailles avec son frère Said qui s’est marié avant de devenir chauffeur à Nouadhibou.

Quelques temps plus tard, grâce à une intervention de Yacoub Ould Salem Vall,  maire de Zouérate, deux agents  de SOS-Esclaves, Jemoua Ould Meyssara et Ethmane sont venus le chercher et lui ont remis son transport au cours d’un rendez-vous nocturne pour qu’il aille chez Boubacar Messaoud à Nouakchott. Celui-ci est le Président de l’organisation antiesclavagiste.

La saveur de la liberté

Matala l’ancien esclave, qui se rappelle toujours avec amertume sa vie antérieure, travaille depuis 2006 à SOS Esclave comme planton. Salarié, il ambitionne de construite une maison dans un terrain qu’il a acquis grâce au fruit de son travail.

Son autonomie, Maatalla rêve d’en faire bénéficier d’autres personnes encore livrées à l’esclavage sous toutes ses formes : « Cette vie est meilleure mais je ne suis pas heureux, car mes parents, mes frères et mes sœurs sont toujours privés de la liberté, en plus torturés à tout moment que les maitres sont mecontents. »

En attendant, il souhaite avoir les moyens d’apprendre pour mieux s’insérer dans la vie sociale en espérant qu’un jour ses parents seront libérés de l’esclavage comme lui.

Awa Seydou Traoré(Mauritanies1, 2012)

 

 

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Commentaires

  • On espère qu'un jour les mentalités permettront de bannir cette pratique!!!

  • En Afrique du nord, la peau blanche n'a aucune considération pour les peaux noires au su, au vu et au barbe des dirigeants qui ne font rien pour mettre fin à cette sordide histoire lointaine. Il faut regarder de l'avant pour pouvoir corriger certains erreurs et non en arrière pour solidifier cette ignominie.

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