Six mois après sa naissance, la petite soeur arabophone de Mondoblog vient de vivre sa première session de formation à Tunis. Soutenue par le fond Ebticar et CFI, l’agence de coopération médias, Arablog réunit sur une même plateforme une centaine de blogueurs issus de tout le monde arabe. Quels sont les thèmes de prédilection des blogueurs arabophones? Quels sont leurs combats? Comment vivent-ils ces périodes de mutation et de violence?

(Billet rédigé avec Ziad Maalouf et Djamel Belayachi)

Du 19 au 23 janvier, une vingtaine d'arablogueurs, venus de d’Algérie, du Maroc, d’Égypte, d’Irak, de Jordanie, du Liban, de Libye, du Soudan ou encore du Yémen, ont participé à une formation intensive au coeur de la capitale tunisienne. Ils étaient encadrés par Simon Decreuze et Ziad Maalouf pour l’Atelier des médias, Julnar Doueik et Raja Yahyawi, les deux modératrices d’Arablog, Djamel Belayachi des Observateurs de France24, la photographe Sophia Baraket, Aymen Jerbi, consultant en sécurité informatique pour DSS26, et l’équipe du webzine tunisien Inkyfada.

A l’occasion de l’émission spéciale dédiée à Arablog, nous vous faisons découvrir six de nos contributeurs et contributrices.

  • Ahlam al-Badri écrit à la fois sur Arablog et sur Libyablog, depuis Benghazi.

Dans son blog Des rêves sur la plage al-Manara, Ahlam parle de la vie quotidienne dans la Libye d'aujourd'hui et plus particulièrement dans la région de Ben Ghazi. Son dernier billet, posté le 9 janvier, s’intitule : “Les réfugiés dans les écoles, et les écoliers dans l’attente”.  Elle raconte l’histoire des familles de Benghazi qui ont trouvé refuge dans les écoles à cause du conflit, ce qui pénalise les écoliers qui sont toujours privés de cours depuis début septembre.   

“Depuis un an, la ville de Benghazi est recouverte d’un voile sombre, d’où s’échappent le sang et l’odeur des cadavres, ainsi qu’une quantité astronomique de balles. Des écoles sont devenues des refuges et d’autres sont transformées en tas de fumée, et les rêves des écoliers sont tombées dans l’obscurité.”

  • Anouar Rahmani, 23 ans, a créé son blog, Journal d’un Algérien hors du commun, à Cherchel, en Algérie.

Militant pour les droits des homosexuels depuis l’âge de 15 ans, Anouar s’intéresse aux minorités dans un pays où tout acte d’homosexualité est sévèrement réprimé par la loi (“deux mois à deux ans de prison et d’une amende de 500 à 2 000 dinars algériens”).

Il a également écrit plusieurs billets sur le droit à l’athéisme ou le droit à la caricature. Son dernier article évoque d’ailleurs la tuerie de Charlie Hebdo.

“Oui, je suis Charlie, et je suis Mohammed, parce que la caricature n’est qu’une oeuvre artistique destinée à faire rire et à amuser, et quand on lit l’histoire de Mohammed l’on se rend compte qu’il était tolérant et acceptait les avis différents du sien et les autres religions. A propos de tolérance, on raconte que le prophète avait un voisin Juif qui jetait tous les jours ses ordures à côte de sa maison. Le prophète ne faisait pas de reproches à son voisin mais se contentait de prendre ses ordures pour les mettre plus loin. Et quand, un jour, ce voisin est tombé malade, le prophète n’a pas hésité à lui rendre visite. Doit-on sérieusement penser que si le prophète avait vu ses caricatures, elles l’auraient mis en colère? Moi je dis qu’il en aurait ri.”

  • Sanaa Moubrak est médecin pédiatre et écrivain. Originaire de Aden, au Yémen, elle habite et travaille au Caire.

Dans son blog Aden - Le Caire, en marchant sur les plumes, elle renvoie tous les acteurs du conflit politique au Yémen dos à dos, un conflit ravivé depuis que les rebelles Houthi du Nord, issus de la minorité confessionnelle zaïdite, une branche du chiisme, ont pris contrôle de la capitale par la force.

“ô Yéménites, révisez vos coeurs et votre raison, et vous verrez que vous êtes une copie de ces gens malveillants qui portent en eux la rancune et combattent l’autre en pensant qu’ils font partie d’une élite choisie (...). Sachez que ce sont les gens d’exception qui changent le monde, et les gens d’exception ne naissent pas du ventre du sectarisme (...) et ne têtent pas les seins du harcèlement et de la persécution. Soyez donc exceptionnels !”

  • Haydar Indhar est journaliste à l’agence Akad News. Il tient depuis Diwanya, à 180 km au sud de Baghdad, le blog Des billets d’Irak.

Dans son pays la violence est devenue banale, les attentats sont devenus tellement fréquents que les gens maintenant n’y prêtent presque plus attention. Il a écrit un billet intitulé “L’Etat islamique m’a appris l’humanisme”, après avoir participé récemment à un rassemblement de jeunes irakiens dans la région de Shaqlawa près de Erbil dans la Kurdisan irakien.

“Pendant ce camp de 8 jours, toutes les composantes de la société irakienne étaient rassemblées.  J’ai pu fréquenter les chrétiens, les Yézidi, les Kurdes, les Turkmènes, les Kakaï, les Bahaï, les musulmans chiites, sunnites (...) Contrairement à ce que nous disent les communautaristes et les extrémistes, j’ai découvert que le sunnite a été contraint de fuir sa ville et qu’il vivait dans l’humiliation du déplacé, que le chrétien a été forcé de partir de chez lui et que des membres de sa famille ont été tués,(...) J’ai redécouvert dans ces rencontres une humanité qui avait disparu à cause des mauvaises politiques et les médias inféodés à telle ou telle partie.”

  • Thoraya Kasmi a 28 ans et habite à Kasserine, au centre-ouest de la Tunisie.

Dans un billet intitulé “Entre la révolution et ses revendications, le Tunisien récolte le terrorisme”, publié en août 2014, elle explique que l’euphorie vécue par les Tunisiens après la chute du dictateur Ben Ali, a laissé place à une certaine désillusion et laissé s’installer une forme de désorientation chez certains jeunes.

“Des bandes criminelles ont manipulé des centaines de jeunes tunisiens avec des discours débités au nom de l’islam. Ils ont envoyé ces jeunes en Syrie et en Irak, plein d’idées terroristes qui ont aujourd’hui détruit la vie de ces jeunes et de leurs familles. Les jeunes tunisiens qui étaient cités en exemple sont malheureusement devenus aujourd’hui de simples objets aux mains de ces vampires. Et aujourd’hui, ils donnent une mauvaise image de la Tunisie, l’image du meurtre, des décapitations, de la terreur.”

Son blog s’intitule Depuis le quartier des chiffonniers puisqu’il a grandi dans le quartier des chiffonniers, célèbre pour abriter les chiffonniers chrétiens coptes du Caire. Entre autres, il s’intéresse à la révolution égyptienne confisquée depuis juillet 2013 par le régime du général  Abdel Fattah Al-Sissi et à la répression systématique. Dans un billet daté du 22 novembre 2014, intitulé “Pourquoi le roman 1984 effraie le régime?”, il raconte l’arrestation au Caire d’un étudiant qui avait en sa possession le roman de George Orwell, 1984.

“C’est vraiment bête de la part de al-Sissi de penser qu’avec ses chars et ses fusils, il peut faire taire les étudiants et endormir leurs esprits à l’ère de Facebook et Twitter. La preuve, après l’arrestation de cet étudiant, le roman de George Orwell s’est répandue de manière virale sur les réseaux sociaux et le moteur de recherche Google.”

 

M'envoyer un e-mail lorsque des personnes publient un commentaire –

Melissa Barra est journaliste à L'Atelier des médias de RFI
@MelissaBarrra

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Commentaires

  • JE PENSE A MON HUMBLE AVIS D'EVITER DE PARLER POLITIQUE DANS CE CADRE SINON CELA VA TOUT CHAMBARDER CREER D'AUTRES ICONES ET EMPLACEMENTS D'ACCORD MAIS PAS ICI CAR COMME L'ON PEUT LE CONSTATER LE MONDE EST SENS DESSUS DESSOUS A CAUSE JUSTEMENT DE DE TOUS CES EVENEMENTS DE BOKO-HARAM DU PRINTEMPS ARABE ET TERRORISME ....

  • Ça se voit que Atelier des Médias a merveilleusement bien grandi: de Mondoblog, Arablog à Libyablog, et voilà une représentativité bien étoffée de la marche du monde! Plaise à Dieu que cela continue ainsi avec en ligne de mire cette valeur cardinale à faire valoir et respecter : dans tous nos actes et entreprises, donnons toujours le bon exemple pour construire un monde où il fait bon vivre dans le vrai, le juste, le bien, toutes choses utiles pour une épiphanie d'amour, paix et quiétude sociale partout. Courage à toute l'équipe, Mélissa!

    • Merci pour ces encouragements :)

  • c'est vraiment beau tout ce monde

  • je  sui   a  votre  avis  le francohpone  merci

  • JE SUIS TUNISIEN ET EN PLUS ADHERANT ATELIER DES MEDIAS DEPUIS DES ANNEES !!! et pourtant j'ai jamais réçu quoi que ce soit sur cette manifestation !!! sauf aujourdh'ui et lorsque tout a etait pratiquement bouclé ! n'empéche que je vous souhaite à tous et à  toutes ttes obédiances confondues la belle réussite !!

    • Bonjour Abdulkarim,

      Désolé pour la confusion, la formation Arablog n'était pas un évènement public.
      Arablog fonctionne comme Mondoblog, c'est un concours à l'issu duquel nous donnons accès aux blogueurs à notre plateforme pour les aider à progresser, se perfectionner. A la fin de 6 mois de pratique, nous sélectionnons les plus méritants pour leur donner une formation. C'est lors de cette formation que nous avons enregistré cette émission.

      Si vous bloguez en français les inscriptions Mondoblog ont lieues vers Juillet.
      Si vous bloguez en arabe, les inscriptions Arablog ont lieues vers Mai.

      Dans tout les cas, merci pour vos encouragements !

  • On sent qu'ils sont bien inspirés !

This reply was deleted.

Récemment sur l'atelier

Atelier des Médias - RFI via Facebook

#EnAnglais : à quoi ressemble un journal dont les lecteurs choisissent le contenu ?…

Atelier des médias via Twitter
#Rappel : Le concours @MediaMakerParis est ouvert jusqu'au 5 mai 2017 http://buff.ly/2o7HLNo 
Il y a 13 heures
Atelier des Médias - RFI via Facebook

Si vous avez une bonne idée et que vous voulez la développer avec des gens…

Atelier des médias via Twitter
Chinese people mean something very different when they send you a smiley emoji http://buff.ly/2o6z71t 
Il y a 16 heures
Plus...