Hugo Chávez au micro de Radio Nacional de Venezuela (Crédit photo : Angèle Savino)

 

Destination Vénézuéla aujourd'hui pour un Médias du Monde spécial Hugo Chávez. C’est notre correspondante sur place Angèle savino qui nous a proposé de revenir sur l’histoire médiatique de ce Président et particulièrement sur son émission hebdomadaire, dominicale et fleuve (5 h de programme en moyenne) appelée Alo Presidente.

Tout au long de sa présidence, Chávez y a donné rendez-vous au peuple. D’abord à la radio puis à la télévision, l’émission était régulièrement enregistrée sur le terrain, en public. Elle devait mettre en scène la révolution bolivarienne et donner la parole au citoyen. Ce fut vrai au début, plus contrôlé et moins interactif par la suite. Alo Presidente est un morceau d’histoire médiatique et politique du Vénézuéla et c’est un programme à l’image de ce président charismatique, adulé, admiré ou détesté au goût immodéré pour le spectacle populaire et la mise en scène personnelle. Un Président dont certaines méthodes ont été dénoncées tout au long de ses 14 ans de pouvoir par les organisations de défense de la liberté de la presse

Alo Presidente est encore programmée aujourd'hui dans une version "best of "appelée Alo Comandante. Et le successeur de Chávez, Nicolas Maduro a repris le concept des programmes populaires interactifs avec Dialogo Bolivariano.

 

Présentation du sujet par Angèle Savino

L’émission Aló Presidente a marqué le paysage audiovisuel vénézuélien pendant 13 ans. Habitués à regarder les courses de chevaux le dimanche, les Vénézuéliens ont découvert un président peu ordinaire, très à l’aise sur le petit écran. Portrait de l’ancien président du Venezuela, décédé le 5 mars dernier, avec un reportage qui décrypte une émission politique devenue un document historique.


Chanteur
, blagueur, professeur, historien, Hugo Chávez était un homme éclectique. Sa passion pour la radio remonte à son enfance, lorsqu’il écoutait les matchs de base-ball chez sa grand-mère dans les Llanos. C’est donc tout naturellement qu’il a commencé à transmettre Alo Presidente sur les ondes en recevant les appels des Vénézuéliens, avant de lancer rapidement l’émission à la télévision. Hugo Chávez apparaissait par surprise dans un quartier populaire, un champ de maïs, une fabrique de thon, sur une plage ou même sur un train.


La première fois que j’ai vu Hindu Anderi, elle animait un débat devant un public attentif, un casque sur les oreilles et un keffieh autour du cou. Femme de radio passionnée et très attachée à ses origines libanaises, elle est devenue l’ambassadrice de la cause palestinienne. Le forum de participation populaire qu’elle organise est une sorte de Allo Président radiophonique, à une différence près : Hindu est journaliste. Elle ne rend pas de comptes au pays, au contraire, elle donne le micro aux voix critiques.

 

Hindu Anderi (Crédit photo : Angèle Savino)

 

Révolutionnaire convaincue, elle reste à sa place de médiatrice : elle dénonce le coup d’Etat au Honduras dans un théâtre de la ville, écoute les critiques des militants écologistes, et se mélange aux manifestants. Mais je n’ai jamais vu Hindu aux conférences de presse d’Hugo Chávez. Son truc, c’est la rue. “Allô Président nous a permis de retrouver notre identité, la “vénézonalité”, qui compose notre territoire. Nous ne connaissions pas les peuples originaires, ni leurs droits”, raconte-t-elle, assise autour d’une table ronde radiophonique.

 

L’autocritique nécessaire

 

Je lisais régulièrement les articles de son blog Saber y Poder, mais je n’avais jamais rencontré Reinaldo Iturriza en personne. En plein salon du livre de Caracas, dédiée au président Hugo Chávez, je découvre un sociologue au profil discret, heureux de se souvenir d’une émission pédagogique qu’il regardait, sans sacrifier ses activités dominicales. « Le Président insistait beaucoup sur cette récupération des valeurs historiques, les trois racines : Bolívar, le libérateur, Simon Rodriguez le professeur de Bolívar et Ezéquiel Zamora, le leader de la guerre fédérale. C’est ce que nous sommes, c’est ce que nous avons toujours été, mais c’est l’histoire qu’on ne nous a jamais raconté ! Il était supposé que nous devions être un peuple qui avait honte de soi, de son histoire, d’être ce qu’il est. »

 

 

Reinaldo Iturriza (Crédit photo : aporrea tvi)

 

Cet homme, peu médiatique, a percé le petit écran lors d’un forum sur la "communication du 21e siècle" en novembre dernier, pour dénoncer de graves censures médiatiques.L’événement est organisé par Ernesto Villegas, nommé ministre de la communication et de l’information au lendemain de la réélection d’Hugo Chávez. Ce journaliste de la chaîne publique VTV, connu comme “celui qui a osé critiquer le président“, a pour mission de réaliser l’autocritique nécessaire des médias publics.

 

Depuis le coup d’Etat de 2002, plusieurs chaînes de télévision ont été créées, et malgré cela, les programmes commerciaux des chaînes privés continuent de battre les records d’audience. Ernesto Villegas doit non seulement améliorer les contenus, mais aussi permettre aux gens de dénoncer la corruption des “bolibourgeois”, la nouvelle bourgeoisie vénézuelienne qui s'est créée pendant les 14 ans de gouvernement d'Hugo Chávez. Il fait donc appel à Reinaldo Iturriza : le nouveau ministre des communes aura la lourde de tâche de coordonner le “gouvernement de rue”, mis en place au lendemain des élections du 14 avril.

 

"Chavez mourra"

 

Une amie vénézuélienne m’avait conseillé de lire son blog Tracción de sangre si je voulais entendre des voix critiques au sein de la gauche. Je tombe sur un article de José Roberto Duque, intitulé “Chávez mourra”, que le journaliste a écrit en 2006. Il décide de le republier au moment où le président vénézuélien annonce son cancer, en 2011.

 

“Ce que j’ai voulu dire dans cet article, c’était qu’un jour, Chávez ne serait plus avec nous, raconte José Roberto, la gorge serrée. Lorsqu’il a lancé sa campagne électorale en 1997, il ne nous a jamais dit qu’il allait faire la révolution pour nous. Mais il y a des gens qui se sont habitués au fait que la révolution, c’est seulement ce que fait le gouvernement. J’ai toujours pensé que c’était une erreur. Ce sont les peuples qui font les révolutions, y compris contre les gouvernements qui les soutiennent. C’est une relation très tendue entre la bureaucratie qui a tendance à s’ankyloser, et les peuples qui, au contraire, ont tendance à devancer l’Histoire. »

José Roberto Duque se souvient des premiers Allô Président très proche des gens, lorsque les Vénézuéliens parlaient sans filtre, ni montage. Son combat sur la toile, c’est de “faire la révolution” au quotidien. Lorsqu’il n’écrit pas, ce chroniqueur libertaire voyage au quatre coins du Venezuela, pour distribuer aux paysans des graines non modifiée génétiquement.

 

S’enrichir des différences

 

Jean Milliex n’est pas arrivé au Venezuela pour faire la révolution, mais pour assister à la Copa América en 2007, dans un pays où le base-ball est le sport roi. Pédagogue tout juste arrivé d’Inde, il s’installe dans le quartier populaire de Sarria à Caracas, où je vis aussi depuis deux ans. Après avoir été témoin de l’assassinat de notre voisin au moment des fêtes de Noël, je déménage, choquée. Jean décide de rester et d’établir des liens forts avec les jeunes du quartier, plongés dans le monde des armes. Dès qu’il sort du lycée français où il enseigne aux enfants privilégiés, il rentre à Sarria jouer au basket avec les gamins.

 

Jean Milliex (Crédit photo : Angèle Savino)

 

“A un moment donné, Hugo Chávez s’est senti obligé, à tort ou à raison, de démonter toutes les critiques que les médias d’opposition lui adressaient. Allô Président était moins direct avec les gens, c’était plus du règlement de comptes”, se souvient Jean Milliex, assis sur la place Bolivar de Chacao, un quartier bourgeois de Caracas. Lorsque je lui demande si le dialogue entre le gouvernement et l’opposition est possible, Jean Milliex est dubitatif, la polarisation reste très forte, même après la mort de Chávez.

 

Il n’a jamais vu un débat entre politiciens, mais par contre, il a été témoin de fortes polémiques à l’assemblée communautaire de son quartier. Il espère que le nouveau programme de télévision du président Nicolas Maduro “Dialogue Bolivarien”, permettra aux intellectuels peu visibles d’apporter leurs critiques. “Hugo Chávez et ses épaules tellement larges, ont pu dégonfler le mouvement social au Venezuela, estime Jean Milliex, qui rêve d’entendre les Vénézuéliens dire : "Malgré nos différences, nous sommes tous frères, construisons un pays qui fonctionne.”

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Commentaires

  • Merci pour tes compliments Serge. Chavez est entré dans l'Histoire, il fait désormais partie de l'imaginaire collectif vénézuélien, c'est une idée désormais, une idée qui peut donner des idées pour changer ce monde injuste. Chavez a lancé une révolution, ses enfants devront la consolider. Abrazos

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