Les enfants scandaient derrière lui ,le poursuivant telle une meute sauvage "Allal Mat!" "Allal Mat!"," AlLal est mort!"Et le pauvre fou du village lancait sa rage et tout ce qu il pouvait avoir entre les mains dans leurs directions.Ces derniers se dispersaient pareille à une volée d oiseaux, puis revenaient a la charge "Allal Mat !","Allal Mat!":
D´habitude calme,souriant à tout le monde qu il rencontrait dans la rue,il entrait dans une grosse colère quand les garnements hurlaient leurs chants funestes sachant qu il exécrait par dessus tout que son nom soit lié au malheur.Les badauds adultes y prenaient part au spectacle toujours répété ;les uns s´amusaient de la bataille de rue ,l un contre tous;les autres reprochaient aux gamins livrès à eux meme,de s´en prendre à un simple d esprit.
- Et toi le teigneux,laisse le donc tranquille!
- Mais foutez le donc la paix.
Tout ce monde de villageois qui s´ennuyaient a mourrir,le voyaient ,à longueur de journée ramassant les mégots rejetaient par les fumeurs.Personne n était capable de savoir ou de dire ce qu il en faisait.Lui meme ne fumait pas.
Allal en secret,vidant de poches de son pantalon,la récolte du jour,les entassait dans son réduit qui servait autrefois de petit enclos pour les chèvres, que son oncle maternel lui concéda au fond de la cour aprés avoir fait main basse sur tout ses biens entre autre un immense champ agricole jouxtant le cimetière musulman.
A la disparition de ses parents ,il se trouva a l age de dix ans ,seul héritier lègítime et l oncle maternel,un vieillard grand et sec comme l avarice s imposa comme son tuteur universel.La rumeur villageoise colporta de café en café ce holdu-up qui dépossédait le pauvre fou.
Allal ramassait les bouts de cigarettes parfois encore fumantes devant les quinquinas du village.sorte de bars fréquentaient par les européens,qui déversaient sur le trottoir leur forte haleine d anisette.Il terminait presque machinalement sa journée journalière en quète de mégots longeant la rue de France où s alignaient de part et d autre des maisonnettes espagnoles aux couleurs chaudes.Cet endroit du village,il l afectionnait par dessus tout.Les galopins ne s aventuraient pas jusque là ,sinon très vite chasses par les roumis .Il y avait aussi Marie -Jeanne qu il savait derrière les larges volets entrouverts .Parfois la jeune fille oui sa grand mère l envoyait faire des commissions chez l épicier place de la Mairie.Il en était tout heureux.
Là près de sa fenètre,dans un rituel bien a lui,il prenat un à un avec des gestes délicats les cigarettes à moitié consumées marquées des lèvres rouges de Marie-Jeanne.Il en ressentait des frissons jusqu à la crete de ses cheveux.C´etait comme s il prenait,bout à bout l entière intimité de la jeune fille.Un privilège réservé à lui seul.S il l a suivait de temps à autre ,il voulait la proteger des diables qui lancaient des pierres.Un projectile pouvait l atteindre.
Un seul mot cependant pour exprimer son admiration pour cette jolie créature aux joues roses:"tsafaha",une pomme en faisant languir et siffler öa premi`re lettre.Alors les hommes jeunes ou moins jeunes européens pu musulmans pour une fois d accord adoptèrent ce mot détourné de son sens originel et le clamaient tout haut au passage des jolies femmes qui rougissaient de plaisir.
Allal devint à son inssu le héro du village ,l homme par qui le rire arrivait à chacune de ses apparitions.Au cinéma hebodomadaire ,chaque groupe se disputait pour voir Garry Cooper ,Samson et Dalilah ou Tarzan.Alors cris,hurlements fusaient de la bouche de Allal suivis de vives acclamations pour le héro de la soirée ,le fort l´invincible .Allal dialoguait avec l écran.
Les quelques coups tordus qu il entreprenait bien malgré lui,sont restés jusqu à aujourd´hui dans la mémoire communale.
En plein couvre feu,dans l obscurité de la nuit,lui est venu a l ésprit d aller prendre à l aide d une brouette,les pommes de terre fraichement récoltées d un riche colon ,pour les stocker dans la cour de son oncle.La brouette qui gémissait,passait et repassait tout prés des soldats francais postés en sentinelle derrière le tas de sacs de sable.La famille du colon qui entendait toute la nuit ce remue ménage tremblait de peur,croyant une intrusion de rebelles.Le voisinage distinguait bien le grincement des roues sans oser fourrer le nez dehors.
Ce n est qu au petit matin,au lever du couvre feu,qu on découvrit,au grand soulagement de tous les travaux d Hercule,car il avait déplacé une telle quantité de patates qu il a fallu à une demie douzaine de bras pour restituer ce qui appartenat au colon.Et tout rentra dans l´ordre.
Un jour,il s´engoufra au hammam, à l heure où grouillaient les femmes surprises dans leurs totales relachements parce que un petit malin lui cria haut et fort que la jeune épouse a son oncle l attendait depuis une heure pour lui rapportait sa grosse valise .Il aurait fonver dans un poulailler ,cela n aurait pas eu le mème effet.Il se fera sortir a coups de ballet par la grosse matronne,gardienne des lieux et des moeurs .
Au bal du dimanche ,place de l église,le spéctacle de danses etait un peu plus loin.A l écart Allal immitait a pas saccades tour à tour chacun des colons qui dansaient avec leurs femmes au grand bonheur des indigènes qui se tordaient de rire .
Vint un certain jour de septembre.Le solei était encore haut .La chaleur semblait ne donner aucun répit au village et à ses habitants.les vendanges n étaient pas encore terminées.Les évenements s étaient peu à peu intensifiés.Les militaires francaient de gros canons prés de l oued ,bombardant la montagne d en face ,refuge de rebelles ou de fellagas que tout le monde redoutait,ignorant de quelle matière ils étaient faits,et la rumeur aidante les décrivaient comme une horde sauvage descendant de la montagne pour fracasser les tetes de tous ceux qu ils rencontraient sur leurs chemins.Jusqu à Allal qui parlait d eux en chuchotant de peur de les provoquer.Une vague organisation décréta le boycott du tabac francais.Un ordre transmis de bouche à oreille.Interdiction formelle aux algériens d acheter ,de fumer toute cigarette ou de chiquer.Par conséquent pas de Bastos,pas de Job,pas de Braz.
Quiconque parmi les algériens enfreindraient cette ordre se verrait amputait de son nez ,horrible amputation,une sorte de trou béant au milieu du visage,marqué a jamais.L organisation cherchait de cette manière à marquer son camp et mobiliser les siens.
Bien évidemment ,l ordre fut à quelques exceptions prés ,largement suivi.En secret,on se débrouillait comme on pouvait.Les gamins qui assaillaient Allal,telles des mouches voraces lui prédisaient le nez coupé et une voix nazillarde s il s aventurait à ramasser les mégots francais,imitant les personnes supposées meurtries de cette hideuse cicatrice.
Neuh....Neuh....Neuh....
Au bout de quelques jours,le tabac épuisé ,on chercha le moindre signe de la fin du boycott qui leur coutait plus qu aux européens ou a la regie francaise des tabacs que l organisation voulait frappait.
On lorgnait vers l unique kiosque ,en face de la Mairie,si d aventure un de leur semblable s en approchait .On l épiait juste pour en faire autant se ruait vers le marchand .Personne n osait de son propre chef reprendre le cours normal de la vie qui consistait tout simplement aller au kiosque de tous les rèves ,acheter le précieux tabac ou la boite ronde en aliminium, s attabler à la terrasse du café,frapper des mains que le garcon vienne apportant la tasse du café fumante .L instant parfait qui procure l immense ,l indicible bien etre et la sensation de paix retrouvée.
Si l ordre du début du boycott s était répondu le jour meme ,la fin ,par contre,tardait à venir,laissant les indigènes dans un grand désarroi.On cherchait ce qui se passait dans les autres villages ,en envoyant un messager si d aventure l ordre de reprise était enfin parvenu.Rien!Dés lors,ils se sentaient abandonnés à leurs sorts.Certains avaient eu l idée d envoyer leur progéniture essayer du coté des quinquinas si par hasard des mégots si petits soit ils tranaient par terre.Peine perdue.Ils revenaient bredouilles .Les roumis enfoncèrent le clou,ne jetèrent plus les mégots.La population indigène se voyait prise en otage .Le caid du village comme dans les moments solennels se pavanait dans son beau burnous d apparat orné de médailles de guerre,son turban doré des grands jours.Il sortait sa pipe de sa vieille gibecière cousue de fil d or ,tira longuement des boufées qu il dirigea obstensiblement vers ses corréligionnaires vaincus .Les douces volutes leur resta longtenps dans les narines ajoutant à leur confusion .Alors certains des villageois se résignerent à essayer les feuilles de héné que leurs gorge nouée ,asséchée,étranglée.Le café noir devint imbuvable .Dés la première gorgée,ils repoussèrent la tasse .La cigarette ou la pincée de chique appelait chez eux automatiquement le café noir,comme celui ci à son tour appelait l une ou l autre.Un couple uni pour le meilleur et le pire.
En fait,ces ersatz n urent aucun effet ,si ce n est de bruler leur boyau,leur poumon expulsant par toux saccadée la fumée indésirable.Meme qui d habitude ne fumaient pas ,ne chiquaient pas,éprouvèrent par un effet de contagion inconnue jusque là ,une envie irrésistible de retrouver,de gouter,de palper,de rouler entre les doigts l objet du désir.
Marie-Jeanne,ellle aussi cessa de jeter les mégots par dessus la fenetre qu elle referma.Sans doute , a t elle pensée qu elle éviterait au pauvre Allal la réprobation des siens une punition certaine.....exemplaire.
Allal renonca aux promenades dans le village ,aux quinquinas,a la fenetre de Marie-Jeanne.Il en ressentait une immense tristesse,comme la fin d un monde merveilleux.Il s enferma dans soun gourbi.Il allait sèparer ,ranger,admirer les belles prises ,les brunes par ci,les blondes par là,les bouts flitres.Il pouvait meme deviner le propriétaire de chaque mégot:
-Baléro!
-Catala!
-Gardésou!
-Gardechambète! s éxclama t il égrenant les noms avec un large sourire de satisfaction.
Ceux de Marie-Jeanne devaient avoir une place de choix dans ce rangement ,dissimulés puis soigneusement recouverts d un doux morceau de voile blanc.
Sa tete s étourdissait des relents de boucs et de chevres qui cohabitaient avec le doux parfum des tabacs.Il en était grisé jusqu à l ivresse.Au milieu de ce tas de cigarettes,il retrouva un bout aussi gros que le pouce au papier couleur caroube.Il en avait jamais vu de pareil,avant ce jour ou,un américain débarqua au village - Maricane! s émerveilla t il .Son oeil fit un tour en ce moment priviligié.Il se souvient de l avoir extrait avec mille difficultés de la foret de pieds des badauds accourus pour admirer la merveille de voitre stationnée devant le café national ou le grand gaillard au chapeau de cow boy siffla trois ou quatre bouteilles de limonade.
Au moment de repartir ,certains lui demandèrent d appuyer sur le bouton pour voir et revoir se redresser vautomatiquement le capot en accordéon de la longue voiture blanche aux sièges en cuir.Cette voiture ,il l offrait au chef de la confrerie ,non loin d ici,qui avait quelques années ,au paravent ,guerri sa femme de son rhumatisme.Allal prit le bout de cigare entre ses doigts imitant l américain.Un garcon l interrompu a ce moment là ,lui tenda une galette d orge toute chaude que la voisine a préparée.Malgré sa progéniture nombreuse qu elle devait élevée ,en confectionnant les balais en doum,feuilles de palmier nain ,pour les revendre au marché hebdomadaire,elle avait aussi mis Allal dans son compte.Il se nourrissait de cueillettes,quand vient le temps des mures blanches ou violettes ,des fruits de bois ou de buissons "l oeil de vache ",du caroube qui rappelait un vague gout de chocolat,le fruit rond du micocoulier dont le noyau servait de projecticle rtedoutable dans nos serbacanes de notre enfonce.
Lorsque son oncle lui remettait une pitence,Allal était tout ému de cette considération.
L oncle qui venat d épouser une jeunesse d a peine de dix sept ans,lui qui en avait soixante dix sept ,était sur ses gardes ,au moindre frou frou d un papillon....sait on jamais.
Il opta finalement pour une évaluation d un mur en tob, assez haut pour dissuader toute velleité ,sur lequel il fixa au ciment des morceaux de tessons aussi agressifs que tranchants.Le pauvre Allal aida volontier son oncle dans la construction du mur de séparation,montrant un zèle tout particulier,pour lui plaire ,loin de déchifrer les démons qui agittaient le veillard et l empéchait de dormir.
Pendant ce temps,au cafe Drici,place du Marché,le gramophone posé sur une chaise cannée ,distillait avec mille grincements "la chanson de Mangala ,fille des indes ".Un petit goupe de villageois se concertaient a voix basse autour de la table ronde métalique ,en sirotant un thé ,que convoitaient bruyamment les abeilles.Ils faisaient de droles de comptes, échafaudaient de plans.Tout à coup,les yeux qui paraissait etre l instigateur,le meneur, s illuminèrent,en trouvant l idée auquel il fallait penser.
- Et les gars, n avez vous pas senti cette forte odeur de tabac qui émane de sa tannière?On aurait du une fabrique à tabac.C est là qu on va les prendre,il nous comprendra,j en suis sur et celà ce n est pas interdit par l organisation.On ne court aucun risque.
Il tenait encore le cigare à la main dans l attitude d un artiste qui donne une dernière touche à son oeuvre lorsqu ils pénetrerent dan son gourbi.Il était assis en tailleur à meme le sol en terre battue,recouvert d une natte toute élimée.Ils ruèrent telles des betes sauvages,sur tous les coins et recoins,empoignèrent le prècieux tabac,éventrant le parfais rangement des mégots ,disposés les uns sur les autres tout au long des murs en tob,terre séchée.
Meme la gargoulette remplie de bouts de cigarettes n échappa pas à leur folie.
Allal ne bougea pas,comme terrassé par cette brutale intrusion des hommes qu il connaissait un à un.Il se retourna sans émettre aucun cri.Aucun son ne sortait de sa bouche.
D autres arrivèrent,se bousculant dans l étroite pièce ,fouillant les dernières caches .Ils eurent leur part de la razzia,se remplirent les poches,puis déguerpirent,laissant le pauvre fou sans voix.
Quelques instants après,il se ressaisit ,se redressa sur une main ,promena son regard sur le désastre autour de lui.Soudain,dans des mouvements frénétiques,il chercha les bouts de cigarette abandonnés dans leur hate par les intrus.Avec des gestes de fou,il s empifra plein la bouche ,puis de ses dix doigts,il les engoufra au fond du palais jusqu à l ètouffement.Ses yeux sortirent.L oeil droit ne roulait plus.
Lorsque les soeurs religieuses arrivèrent,elles ne purent que constater la mort de Allal.Son oncle se tenait dans la cour les bras ballants.Un moment,l une d elle crut déceler du sang sorti de sa bouche encombrée,une tache rouge sur un mégat.
Un air frais venu de la mer rafraichit la journée.Les deux mosquées se disputèrent le corps de Allal pour avoir le privilège d organiser ses funérailles.Un cortège impressionnant se forma le long du boulevard conduisant au cimetière.Le village tout entier s arrèta de vivre.Devant la quinquina du coin,les européens posèrent sur le comptoir leurs verres d anisette,sortirent sur le trottoir et enlevèrent leurs chapeau,,au passage du cortège funèraire.Les plus jeunes voulaient tous porter le corp ,vers sa dernière demeure !Allal Mat !!

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Commentaire de Bendjelloul le 23 mars 2009 à 17:21
Bravo! Une bonne "nouvelle" de notre terroir algérien!
Continue sur ta lancée d écrire !
Je n ai pas voulu que Allal Meurt !
Commentaire de Missoum le 23 mars 2009 à 17:42
J ai lu ta nouvelle qui est tres interessante !
Comme ton frere Bendjelloul,je n ai pas aimè la disparition de Allal !
Ce personnage me paraissait sympathique et était au delà de sa folie, le véritable saint du village !
Il réunissait autour de sa personne les musulmans et chrétiens !Ses funérailles symbolisaient un peu la cohabitation des deux communautés ,malgre les divergences politiques !

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