Une trentaine de journalistes, travaillant pour des quotidiens ivoiriens parmi lesquels des indépendants sont pris au piège dans les affrontements qui opposent les forces fidèles au président sortant Laurent Gbagbo aux forces pro-Ouattara dans les quartiers d’Abobo et du Plateau Dokui.

Depuis un peu plus d’un mois que des combats à l’arme lourde sont en cours dans cette commune, ces journalistes et leurs familles vivent un calvaire dans le silence de l’opinion et de la communauté internationale. Aucune mesure n’est prise ni par leurs organes de presse aux moyens limités encore moins par les nombreuses structures internationales de défense des droits des journalistes en leur faveur.

Et pourtant chaque jour, des communiqués et des déclarations sont produits sur la situation humanitaire des personnes déplacées sans la moindre référence aux hommes de presse. « Je regrette que rien ne soit fait pour les journalistes dans une situation aussi grave que celle que nous vivons avec nos familles depuis deux mois dans cette commune. On pourrait certes nous reprocher le fait de ne pas partir des lieux, mais le tout n’est pas de partir mais de savoir où partir et avec quels moyens l’on part dans une condition d’asphyxie financière généralisée», explique Alexandre Lebel Ilboudo, Grand-Reporter, Prix CNN du meilleur journaliste africain francophone 2010 dans la catégorie presse écrite.

Selon, Alexandre Lebel les journalistes résident au Plateau Dokui et à Abobo , zones de combats à l’arme lourde, ne sont pas principalement pris pour cibles mais le contexte de tirs aveugles des forces pro-Gbagbo met en péril la vie des civils. « Je ne demande pas un traitement spécial pour des journalistes dans un contexte où la menace de mort frappe tout civil mais je pense que si des structures de défense des médias existent c’est maintenant que l’on souhaite voir leurs actions sur le terrain. Même pour les déplacés, des points d’accueil sont organisés et un minimum leur est assuré par des organismes internationaux pourquoi l’on abandonnerait des journalistes à leur sort. Nous n’allons pas quant même quémander pour notre dignité une prise en charge mais que la mort d’aucun de nous ne servent à des décomptes macabres ou des condamnations abstraites», accuse le prix CNN.

Même critique du côté de M. Traoré, journaliste à l’Intelligent d’Abidjan qui est devenu, malgré lui, reporter de guerre depuis deux mois. « Nous n’avons pas le choix, la situation s’impose à nous. Notre survie à ce jour tient d’un miracle au regard des pluies d’obus qui pleuvent dans le périmètre d’Anador, Coco Service et derrière rails et Dokui », témoignent t-il. Pour ce dernier, il faut parvenir à obtenir la cessation des  tirs à l’arme lourde dans la zone.

En effet, la situation est d’autant plus compliquée pour les journalistes coincés dans les quartiers d’Abobo et du Plateau Dokui en ce sens que les lignes de front sont indéfinies. « Les belligérants sont très mouvants mais ce qui choque la conscience humaine ce sont les tirs à l’arme lourde sans discernement sur les habitations. Je ne m’explique pas du tout que la communauté internationale prompte à défendre la vie humaine qu’elle considère du reste comme sacrée puisse assister indifférente à un tel massacre de la population. C’est impensable parce qu’il y a rien de plus criminel que d’avoir le pouvoir de défendre des vies et de rester les mains liées », accuse le prix Cnn.

Plus chanceux que ses collègues, Nomel Essis journaliste à l’Expression a pu sortir de la zone de combat pour une localité de la banlieue d’Abidjan. « Ce n’est pas de gaieté de cœur que je suis parti de mon domicile avec ma famille. Je suis certes heureux d’être sorti de cet enfer après qu’un obus ait échoué à cent mètres de chez moi, il y a une semaine, mais je pense chaque jour à mes camarades journalistes qui sont restés sur place et pour lesquels aucune mesure n’est prise», déplore t-il.

Plusieurs  journalistes, photographes et personnel des médias de tout bord résidents dans les zones de combats à Abidjan que nous avons joints au téléphone ont aussi exprimé leur angoisse et leur indignation devant la prise d’aucune mesure en leur faveur. Abandonnés, sans argent, sans provisions, ces observateurs de la vie sociale, économique, culturel et politique broient du noir dans le silence de la communauté internationale.

Notons que plus de 200.000 personnes ont fui la seule commune d’Abobo et plus de 420 personnes sont mortes depuis la crise postélectorale en Côte d’Ivoire, selon l’Onu. Aux dernières nouvelles, selon des sources proches de l’onuci, des possibilités seraient offertes aux journalistes menacés d’être évacués vers l’intérieur  du pays mais sans aucune prise en charge. « Sans prise en charge, je ne sais pas ce que j’irai faire à l’intérieur sans argent », commente un journaliste. Où sont donc passés les organismes de protection des journalistes.

Charlène Adjovi, Informateur.net

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Commentaires

  • Merci Ahmed Bettar. L'ONUCI, la grande déception, le médecin après la mort. Nous envisageons d'autres options plus concrètes.
  • Très bon article. Merci Stéphane.
    Attitude inacceptable envers des journalistes dans l’exercice de leur profession.
    Les belligérants et « les bérets rouges de l’Onu » doivent offrir la possibilité aux journalistes de bien mener leur couverture médiatique dans les meilleures conditions de sécurité possibles.
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