Afrique. Un ordinateur dans la classe : pour quoi faire ?

Et si il y avait un ordinateur dans la classe et que les enseignants étaient formés pour s’en servir avec les élèves, qu’est-ce que cela changerait ? Et quand on n’a pas de connexion internet, un ordinateur ça sert encore à quelque chose ? Deux questions auxquelles vous répondez dans cet article. Questions à laquelle Christian depuis Yaoundé au Cameroun ajoute celle, plutôt polémique, du Tableau Blanc Interactif. Retrouvez toutes les contributions à cette discussion sur le forum de l’Atelier des MédiasOn dit qu’une image vaut parfois bien des discours...Celle que vous voyez au-dessus de cet article a été prise à Kilembwe, dans le Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo. Un témoignage iconographique en quelque sorte que nous a fait parvenir Patient avec cette seule question : « Comment peut-on apprendre l'ordinateur dans cette classe de lycée ? ». Cette question, à ce stade de l’enquête, nous nous devions de la poser. Depuis le Maroc, Abd Elfetah nous la soumet en décrivant « nos écoles (qui) sont encore à l'âge de craie »…Une jolie expression pour une vraie question : peut-on parler d’ordinateur alors que les classes en Afrique sont surchargées, les enseignants et les élèves privés de tout, les étudiants tiraillés par la faim ? La réponse ou plutôt les réponses, c’est vous qui les avez données, et on commence par celle d’Abdellatif, marocain, lui-aussi.Au Maroc, tableau noir ou programme multimédiaAbdellatif est enseignant. Passionné par les TICE(1), il a tenté sa chance lors d’un concours annuel organisé par son ministère de l’éducation nationale sur « la production de supports didactiques multimédia ». Son projet, l’apprentissage de la langue Amazighe (le berbère) avec des images, de l’animation, de la musique et « quelques techniques pédagogiques, comme les questionnaires à choix multiple, la comptine ...etc. » lui a valu d’être lauréat de l’édition 2006 du concours. Mais ce qu’il en retient surtout, c’est l’impact sur l’efficacité de son métier d’enseignant avec « plus d’autonomie pour les élèves, une meilleure évaluation de leurs progrès, une plus grande motivation de la classe via le caractère ludique des programmes ». Abd Elfetah et Abdellatif vivent dans le même pays et tandis que le premier travaille la craie à la main, l’autre conçoit des programmes multimédia. Un exemple parmi d’autres des disparités énormes constatées au sein d’un même pays parfois …et souvent d’un pays à l’autre. Mais au delà des différences, les points communs sur l’intérêt d’avoir un ordinateur dans sa classe demeurent. Le premier d’entre eux étant l’accès à une documentation actualisée, même sans connexion internet.Surtout n’envoyez pas de livres !Accéder à des contenus quand « les bibliothèques sur place sont pauvres en documents » est un des premiers atouts de l’ordinateur selon vos témoignages. Et quand on peut disposer de programmes pédagogiques qui ne datent pas de « 1980 pour un cours en vigueur en 2006 » comme Blaise l’a expérimenté avec son Professeur d’économie au Burundi, c’est encore mieux. C’est l’objectif initial d’Accessmad. Fondée pour pallier le manque de documentation scientifique accessible à Madagascar et par là-même la quasi désertion par les élèves des filières scientifiques au baccalauréat, l’association de Jacques-Marie Perrier avait pour but initial de fonder une médiathèque. « Pas de livres s’il vous plait ! » leur a demandé un directeur de lycée, anticipant la pénurie de manuels par rapport au nombre d’élèves concernés, la gestion des prêts, la fragilité du papier, la péremption des contenus… « De toutes façons, le transport couterait trop cher », selon Accessmad qui pensait tout simplement télécharger des contenus de cours via internet pour remplir sa médiathèque électronique. « Là, on a beaucoup tâtonné » avoue Jacques-Marie Perrier, « avec une connexion excessivement lente, des problèmes de coupures d’électricité… » Bref, cinq ans après, les cours de mathématiques, de physique-chimie, de sciences naturelles, de la seconde à la terminale sont accessibles « en local » (les informations sont contenues dans la mémoire des ordinateurs) dans 38 lycées publics malgaches. Des informations que l’on peut actualiser soi-même, s’il y a une connexion internet. Et les filières scientifiques remportent un tel succès auprès des élèves que les professeurs manquent pour satisfaire les besoins ! Mais si ce projet a été fondé sur l’usage de l’ordinateur, il a été monté sur place avec les enseignants qui ont été formés pour cela (voir article sur un ordinateur, avec quelle formation ?). Le tableau blanc interactif, lui, est un outil inédit même dans les salles de classe des pays riches.

Ecole primaire du quartier Biyemassi, dans la banlieue de Yaoundé. (Photo : Momeni Avis)Le tableau blanc interactif, ordinateur collectifC’est une sorte d’ordinateur collectif avec un écran où chacun peut écrire comme sur un tableau noir sauf que la machine contient la réponse à la question posée avec tous les documents possibles pour illustrer le cours. Selon Christian, ce Tableau Blanc Interactif, dont il a été souvent question notamment lors de la conférence sur la solidarité numérique en novembre dernier à Lyon, « va révolutionner l'éducation en Afrique » C’est aussi l’avis de Gabriel Cohn-Bendit. Président fondateur du Réseau Education pour Tous en Afrique, il ne tarit pas d’éloge sur cet outil, beaucoup plus intéressant qu’un ordinateur selon lui en ce qu’il est collectif et ludiqueGabriel Cohn-BenditPrésident et fondateur du réseau éducation pour tous en Afrique (Repta)« C'est un tableau interactif dans lequel on peut projeter des choses qui sont dans l'ordinateur et on peut en mettre en partant du tableau, en écrivant dessus. »
Ecouter Gabriel Cohn-Bendit


Une machine qui donne la bonne réponse à la place du professeur ? Pour Gabriel Cohn-Bendit, ce peut être le moyen d’améliorer la formation des enseignants en Afrique dont on sait qu’elle (aussi) manque de moyens. Pour Marc en revanche, si l’on n’y prend pas garde, c’est surtout prendre le risque « dans l'euphorie de l'utilisation de nouvelles technologies (…) d’ignorer certaines missions du maître, pilier de la formation de l'enfant. Car il ne s'agit pas, dit-il, d'accumuler dans la tête de nos enfants, n'importe quelles informations contenues dans les serveurs du monde entier » Témoignage conforté par la contribution de François, coordinateur de projets éducatifs au Burkina Faso et au Mali pour l’IICD ( la coopération néerlandaise) : « L'approche Tableaux Blancs Interactifs pour l'Afrique n'est en soi pas une mauvaise initiative, dit-il,mais les systèmes éducatifs en Afrique sont-ils suffisamment prêts pour réellement intégrer un outil pareil ? En dehors du problème des infrastructures et des coûts, le deuxième défi non moins fondamental est celui du changement des approches/mentalités pédagogiques. » Ces critiques sont intervenues après que nous ayons interrogé Gabriel Cohn-Bendit et mis son interview en ligne sur le site de l’Atelier des médias. Nous n’avons donc pas pu lui soumettre. Il a répondu en revanche à d’autres critiques sur cet outil qui fait couler beaucoup d’encre et passe parfois pour une « idée du Nord » comme l’affirme Blaise depuis le Burundi qui prête à notre invité « des idées ambitieuses et fausses sur l'Afrique » qui finiront « comme d’habitude dans des séminaires pour intellectuels et n’atteindront jamais leur public cible » Pourtant, répond le Repta, les contenus de ces ordinateurs d’un genre nouveau sont pour une fois des documents issus des pays africains et édités en langue locale.Gabriel Cohn-Bendit« Toutes les technologies, si elles sont bonnes je veux que les plus démunis en profitent. »
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Réponse de Blaise : « Je lui conseille de lancer le projet, le financer, le mettre en œuvre, faire le suivi-évaluation et allouer les intérêts au bénéficiaires. » Et c’est justement ce que prévoyait le Repta au moment où nous l’avons joint par téléphone. Gabriel Cohn-Bendit se préparait en effet à partir au Burkina Faso, en mission de reconnaissance, un voyage dont nous avons eu des échos incidemment …via une des membres de l’Atelier des Médias ! Marino est professeur de Français Langue Etrangère en Italie et correspond grâce à internet avec d’autres écoles dans le monde. C’est elle qui nous a raconté comment l’association Fiimba au Burkina Faso avait pu bénéficier grâce au Repta d’un accès au Tableau Blanc Interactif. Une arme précieuse pour tous ceux qui travaillent dans l'éducation, une arme dont Gabriel Cohn-Bendit prévoit que le prix va baisser.« Les coûts vont énormément baisser comme pour les téléphones portables. »
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Tableau blanc interactif, ordinateur, internet, pour les élèves, c’est aussi la possibilité de découvrir d’autres horizons, qu’ils soient africains, français ou italiens comme ceux de Marino qui voudraient ajouter dit-elle « combien cela leur apporte de se confronter par le biais d'un ordinateur et d'une langue commune (le français) et de se découvrir si proches... » Quand l’ordinateur abolit les distances, et permet aussi de suivre des cours au Québec ou en France en restant dans son pays d’origine, ce sera le prochain volet de notre enquête participative. Merci à ceux qui nous ont envoyé les photos qui illustrent cet article. N’hésitez pas à en envoyer d’autres, nous essaierons de les publier en même temps que vos témoignages
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Commentaires

  • Vraiment, la presence d'un ordinateur dans une salle de classe avec un enseignant qualifie en la matiere changera beaucoup de chose en Afrique. L'ordinateur du moins, le calculateur, aiderait l'enseignement dans tous les sens: la gestion du temps pour les cours, evolution qualitative des programmes d'enseignement, rayera la baisse de niveau et permetra aux eleves d'etre des temoins du troisieme millenaire avec tous ses atouts.
    Cependant, eleves et etudiants doivent etre des informes; ce qui les imposent de suivre les informations normalement. Ces informations ne sont plus palpables de nos jours qu'a l'Internet qui est un reseau de connexion a distance. Avoir la connexion dans un etablisssement scolaire contribuera au developpement intellectuel du pays. L'etudiant n'aura pas a se peiner pour un livre(qui est le plus souvent en un seul exemplaire dans une bibliotheque) pour resoudre son exo, puis que deja, l"internet est un serveur savant de tout et de rien qui lui permet de resoudre son exo en un temps record. La connexion Internet nous sert a relever beaucoup de defi en Afrique. Pour donner la possibilite de faire acceder les eleves a ce luxe, l'Afrique doit tourner sa politique de developpement sur l'acces gratuit au Net dans les etablissements d'enseignement et former les enseignants afin de parvenir a des bons resultats.
  • si il y avait un ordinateur dans la classe et que les enseignants étaient formés pour s’en servir avec les élèves, cela changera beaucoup des choses premièrement a savoir ce que c'est qu'une ordinateur, sa sert a quoi , quelle est son importance car en Afrique il y'a beaucoup des élèves ou encore des étudiants qui connaissent ou qui ne connaissent pas ce que c'est qu'un ordinateur et son importance alors dans ce cas cela leur permettra avoir un premier aperçu sur l'ordinateur en attendant de savoir ce que qu'n ordinateur est capable de faire.en outre est-il vrais qu'un ordinateur sans la connexion internet nous sert vraiment? bien sur que de nos jours il est un peut rare de parler de l'ordinateur sans la connexion internet mais il y'a une chose que nous devrons savoir que avant même la création de la technologie Ethernet, l'ordinateur occupait déjà une grande place dans la société car dans les administrations , les entreprises et autre, ils permet déjà de faire de traitements des données et autre d'une manière automatique et sans erreur et les applications de certain logiciel tout cela sans la connexion internet .mais après la création de la technologie Ethernet, nous nous somme rendu compte de l'importance capital d'Internet et il devrait être l'outil N°1 de recherche surtout en Afrique je le dis pourquoi car les livres coutaient trop chère , pour les étudiant(es) et les élèves l'inaccessibilité au monde extérieur et autre mais grâce a l'internet on se rend compte que le monde est chez sois et tout se fait avec un clic.
    il serait très beaux d'aménager cette classe avec des ordinateurs si possible la connexion internet mais aussi, nous devrons savoir que ces équipement ont besoin d'un environnement qui les conviennent pour qu'ils fonctionnent correctement et pour un bon bout de temps mais vue par rapport a cette image de la classe , je dirais vaux mieux de garder ces ordinateurs (s'ils en a ) et d'aménager d'abord la classe avant de les installés.
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