Afrique : indispensable téléphone portable

Le portable : utile ou futile ? C'est la question qui a été posée aux membres de l'Atelier des Médias et aux clubs Rfi pour cette nouvelle enquête participative. L'occasion de recueillir vos témoignages sur l'impact au quotidien du portable en Afrique et aussi de rendre compte des utilisations inédites qui en sont faites sur le continent.Défiant les scénarios les plus optimistes, l’Afrique comptabilisait plus de 267 millions d’abonnements au mobile fin 2007, et compte tenu du taux de progression évalué encore aujourd'hui à 40 % on a sans doute déjà largement dépassé ce chiffre. Véritable « révolution technologique du 21ème siècle » selon un internaute nigérien, le téléphone portable a des effets d’autant plus visibles qu’il est pour la plupart de ses utilisateurs le premier et souvent le seul moyen d’accès aux télécommunications. Indispensable portable ? C'est la première partie de cette enquête réalisée avec la participation des membres de l’Atelier des Médias et des clubs Rfi.

Nb : Les noms, prénoms ou lieux signalés en caractères gras de couleur renvoient à une interview audio accessible via la carte Google insérée dans l’article. Cette carte est appelée à évoluer et à s'enrichir au fur et à mesure de la progression de notre enquête. Pour entendre les sons, cliquez sur les bulles.

Dans les milieux populaires ivoiriens, en argot Nouchi, c’est le "lalé" ou le "Bigo". On l'appelle aussi "enjaillement d’oreilles" autrement dit « plaisir d’oreilles » poursuit Yoroba, membre de l’Atelier des médias résidant à Abidjan, « soit parce que la personne au bout du fil dit des mots doux, soit parce qu'écouter quelqu'un au téléphone est intéressant », conclut-il. Cela fait longtemps maintenant que le téléphone portable fait partie du paysage africain, avec ses surnoms et les nouvelles habitudes - et nuisances - que l'on trouve partout dans son sillage. En avoir un serait même une "obligation" à lire le message de Charles de Kinshasa « sinon on n’est pas dans le réseau ». Preuve s’il en était encore besoin de sa propagation fulgurante parmi les populations urbaines africaines, tous les entretiens audio enregistrés lors de cette enquête ont été réalisés grâce au cellulaire, nos témoins ne disposant d’aucun autre numéro pour les joindre. « Imaginez à la maison, nous raconte Abdoulaye de Ndjamena, nous sommes dix et sept ont un téléphone portable.» Et selon Daniel Annerose, directeur de la société sénégalaise Manobi spécialisée dans les services mobiles, « ceux qui ne l’ont pas voudraient en avoir un ».

Et ceux qui en ont un tiennent à le faire savoir. Au Burkina, c’est même la nouvelle manière de situer les gens sur l’échelle sociale. De ce point de vue, selon Sylvestre de l’association burkinabé Yam Pukri, le mobile a remplacé …la moto !Dans des pays où la téléphonie fixe est presque inexistante (« la plupart des sociétés africaines est passée directement au téléphone portable sans avoir maîtrisé le fixe. Le téléphone fixe n'est pas rentré dans la mentalité des congolais » écrit Charles de Kinshasa) le mobile continue son implacable progression. L'association GSM qui regroupe quelques 750 opérateurs à travers le monde, affirme d'ailleurs vouloir investir 50 milliards de dollars supplémentaires en Afrique subsaharienne pour "couvrir 90% de la population d'ici les cinq prochaines années." Autre signal de la concurrence entre les acteurs économiques sur cette zone, le rachat de 70% de Ghana Telecom par le géant britannique Vodafone en juillet dernier pour la somme de 900 millions de dollars ! Marché en formidable expansion, le secteur du mobile a en outre un impact beaucoup plus fort en Afrique qu'ailleurs, selon Vanessa Gray du département des statistiques de l’Union Internationale des Télécommunications.Bien sûr, le phénomène est très variable d’une région à l’autre. Comme pour l’internet ce sont les extrémités sud et nord du continent qui sont en tête pour le nombre d’abonnements avec respectivement 85 et 53% des personnes effectivement munies d’un téléphone contre un peu plus de 25% pour l’Afrique subsaharienne. Entre un pays et un autre les écarts ne sont pas moins saisissants : moins de 2% d'abonnements en Ethiopie contre près de 90% au Gabon...Un retard dans certains pays que les opérateurs et les constructeurs de terminaux téléphoniques se font fort de combler. A titre d’exemple, l’arrivée de la marque Orange il y a quelques semaines au Niger a attiré plus de 170 000 nouveaux clients « et il y a encore beaucoup de clients non équipés » selon le directeur de la zone Afrique de l’ouest de l’opérateur, Jean-Michel GarrouteitCliquez sur la carte pour accéder à d'autres interviewsMais si les chiffres sont frappants, il faut toutefois les manier avec une certaine précaution. Il n’est en effet pas rare selon Abdoulaye, président du club Rfi de Ndjamena « de rencontrer un passant avec deux, trois ou quatre appareils téléphoniques portables en main. La raison en est que chacun voudrait détenir un numéro de chaque opérateur de la téléphonie mobile au Tchad » et payer ainsi moins cher les appels surtaxés entre deux opérateurs différents (ce que l’on appelle les tarifs d’interconnexion). « Du fait, les appareils à « doubles Sim » sont aujourd’hui prisés sur le marché tchadien. » Et pas seulement sur le marché tchadien puisque c’est Jean de Douala qui finit de nous décrire ce dispositif de portable multicarte «une trouvaille des fabricants de téléphones portables (…) permettant à l'utilisateur d'avoir, au lieu de deux téléphones, qui parfois encombrent, un seul dans lequel sont insérées les cartes Sim de deux opérateurs de mobile. »

Un seul client derrière plusieurs abonnements induit donc une modération dans les chiffres. L’UIT en est consciente mais Vanessa Gray met en regard une autre pratique assez répandue dans les pays africains : le partage du même téléphone.Et vous ? Partagez-vous votre téléphone ? Nous avons posé la question sur le forum de la discussion. « Non, nous a répondu Gratien, puisque « tous mes proches adultes en ont » à Kinshasa. Même chose pour Yoroba d’Abidjan qui « l’utilise seul ».

En fait, ce partage du même téléphone semble plutôt concerner les campagnes où l’accès au mobile est plus problématique qu’en ville. « Par exemple ici au Niger des villageois se regroupent pour payer un téléphone cellulaire avec puce et font une utilisation commune, (…) comme on faisait avec une ligne fixe » écrit Abani Ali Hamza.

( voir à ce sujet le commentaire de Kassoum - c'est le premier à lire en dessous de l'article - qui explique que le partage se fait aussi en ville, notamment chez les jeunes)

Les villages : dernière frontière des opérateurs mobiles

Si les villes africaines résonnent de plus en plus des conversations bruyantes des abonnés au téléphone portable ( à Abidjan, selon Yoroba, « la mauvaise qualité du réseau (…) fait que les personnes sont obligées de crier pour se faire entendre ») les campagnes africaines en revanche sont encore très calmes. En 2007 selon l’UIT, 7% des foyers africains disposent effectivement d’un téléphone mobile en zone rurale. Et si les endroits où l’on peut capter le signal sont de plus en plus étendus, 40% de la population n’est pas encore couverte par un réseau de téléphonie mobile soit plus de 300 millions de personnes. Difficulté supplémentaire, ceux qui ont un téléphone doivent trouver un moyen de recharger sa batterie. Tandis que les citadins comme Abdoulaye de Ndjamena ont à leur disposition des « cabines spécialement mises en place pour la charge électrique à 250 CFA », Sylvestre qui coordonne l’association Yam Pukri dédiée au développement des Technologies de l’information et de la Communication au Burkina Faso raconte qu’« il n’est pas rare de faire des kilomètres et des kilomètres pour avoir un point où il y a du courant électrique pour recharger son téléphone portable ».

Seul enseignant de son village près de Tétouan au Maroc à plus de 1200 mètres d’altitude, Mohamed recharge donc son téléphone à l’aide d’un panneau solaire, même si, selon lui, avec le temps « cela dégrade la qualité du téléphone. »

Or si le téléphone portable se vend de moins en moins cher, y compris au marché noir comme à Dakar, où nous avons joint Basile, il reste un objet de luxe pour beaucoup en Afrique. Depuis Douala, Jean rappelle que « pendant que les nantis changent de portables comme de chaussettes, il y en a qui ne peuvent pas toujours s'offrir même pas ce que nous appelons au Cameroun un "parpaing", autrement dit un grotesque téléphone bon marché. Ce fossé entre riches et pauvres est un élément à considérer

Ajuster les tarifs, c'est tout l'enjeu des efforts considérables que font opérateurs mobiles et constructeurs de téléphone en Afrique. Facturation à la seconde, possibilité de "recharger la carte d'un ami ou d'un parent à distance", téléphone "carte bancaire", services "rappel" gratuit pour être joint quand on n'a plus d'unité sur sa carte : de nouveaux services apparaissent en permanence. Et dans leurs fondations ( car tous les opérateurs et les entreprises qui travaillent dans le secteur mobile ont une Fondation) des projets sont lancés qui servent en fait de tests pour trouver d'autres usages du mobile adaptés au niveau de vie des populations. Des populations prêtes à investir beaucoup, parfois dix fois plus que les utilisateurs européens par exemple pour avoir accès aux portables. Ce sera le sujet de notre deuxième épisode sur le mobile en Afrique : "Echange temps de communication contre céréales", toujours en collaboration avec les membres de l'Atelier des Médias.

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Commentaires

  • Je rajoute ici le commentaire d'un interanute non inscrit sur l'Atelier et qui nous ajoint via le lien "réagir à l'article" sur le site de Rfi :
    "Le continent africain a la plus forte augmentation de mobiles dans le monde". Est-ce un exploit quand on sait aussi que l'Afrique est le continent le plus misérable du monde? En quoi un tel record est-il salutaire sur un continent où les gens n'arrivent même pas à se nourrir ni se soigner? En quoi le fait de posséder un, deux, trois voire même quatre portables est-il un signe de prestige social? Je pense plutot que la population africaine reste encore terriblement ignorante et dépourvue de rationnalité. cela me rend triste au contraire. Et encore les multinationnales étrangères de tirer profit de la crédulité légendaire des Africains qui ne veulent que toujours paraître au lieu d'être. La grande majorité se jure d'avoir un mobil pour l'extraordinaire ou miraculeuse sensation de voir cette petite boite mettre en liaison deux personnes éloignées. Aujourd'hui, dans les villages et campements éloignés, les jeunes veulent absolument avoir le génial portable malgré l'absence de réseau. Et malgré la pauvreté qui sévit dans ces campagnes, ils sont accrochés à leur rêve fou d'avoir ce portable. Après s'être procuré un après mille privations, il faut parcourir des km pour se faire recharger la batterie à 200 ou 250 FCFA dans la ville ou le village électrifié le plus proche.
    Le portable est certes important quand il sert comme outil de travail ou de communication importante dans une situation donnée. Mais pas comme la plus part des gens l'utilise en Afrique.
    En Afrique, l'expension du portable a engendré des phénomènes d'insécurité. En effet, il n'est pas rare de voir des bandits attaqués des gens pour leur arracher le précieux trésor, parce qu'ils n'ont pas les moyens de s'en offrir un. Le pauvre peuple est subjugué par les publicités intempestibles qui jouent logiquement sur sa conscience. Cela ne signifie nullement développement mais plutot pauvreté et misère.

    BROU Yao Raymond
    en République de Côte d'Ivoire
  • Bonjour et merci de votre commentaire,
    Je vais essayer d'intégrer vos remarques sur le partage dans le papier,
    Cordialement
    anne laure marie
  • Ce que je voudrai surtout dire c'est que le téléphone portable en Afrique n'est pas que pour la communications il y a aussi ceux avec les quels on écoute la musique, les vidéos, la radio et même la télévision il servent aussi de calculatrices de torches et plein d'autre chose.Et à quoi sa sert d'avoir un téléphone avec tous ces option si on peu ne pas communiquer avec ,il faut donc une carte sim.Pour revenir sur ce qui a été dit plus haut sur l'utilisation du téléphone portable par plusieurs personne, ce n'est pas qu' en milieu rurale que l'on constate cela, en ville aussi c'est un phénomène répandu: entre potes on se prête le téléphone parce qu'il faut être gentil et avoir l'esprit du partage.En milieu scolaire c'est très répandu .élève on n' a pas généralement de sources de revenu on ai donc obligé d'être solidaire avec le téléphone pour les sms et les pti coup de fils entre amis;le téléphone en Afrique c'est pour tous le monde.concernant les sim j'ai je vais juste vous dire que j'ai un pote qui possède a lui seul plus de 12 sim de 4 pays différents. a voude voir j'ai autre chose a dire mais je suis au cyber.
    merci
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