Surabondance de matériels informatiques au nord, à la durée de vie de plus en plus courte, besoin criant d’ordinateurs au sud, qui fait exploser le marché d’occasion et balbutiement de part et d’autre sur la question du recyclage : le décor de notre 4ème enquête participative est en place. Avec les questions que vous avez posées et auxquelles il faut maintenant essayer de répondre.Cherche mode d'emploi pour jeter vieil ordinateur.....Premier constat, étonnant, en provenance de France : il n’est pas si simple, loin de là, de jeter « proprement » ou de donner son ordinateur à une association sans risquer qu’elle-même se retrouve avec un déchet sur les bras. Le témoignage de Marie, qui habite Clamart « charmante petite ville dans la proche banlieue de Paris » est de ce point de vue très éclairant. « J’ai deux ordinateurs complets (unités centrales plus écrans) qui ne fonctionnent plus, selon moi,et dont je veux me débarrasser » dit-elle. " Quelle est la meilleure solution ? Recyclage ou don du matériel à une association qui sera en mesure de le réparer et de le réutiliser ?" Or, malgré toute la bonne volonté de Marie, et son assiduité à se renseigner sur les dernières législations en vigueur en Europe, - « une norme européenne oblige, depuis 2005, les ménage à recycler leurs déchets numériques au lieu de les jeter à la poubelle » -, il s’avère bien compliqué de se débarrasser de ces vieilles machines dont Marie ne sait pas si elles peuvent encore servir ou pas « Je me suis donc ensuite adressée à ma ville, qui, selon la norme européenne, est censée mettre en place une collecte des déchets numériques, et se charger de leur remise en marche pour envoyer le matériel à des associations qui en ont besoin, ou de le recycler. Mais une telle initiative n'est absolument pas mise en place à Clamart, et la plupart du temps les gens jettent leurs vieux "ordis" sur le trottoir avec les encombrants, sans faire de tri. La seule solution pour moi est donc de trouver une association qui s'occupe de remettre en état les vieux ordinateurs pour les réutiliser. Mais je ne suis même pas en mesure de leur garantir que mon matériel est encore valide »."Tout" envoyer en Afrique ou trier avant....encore une question délicateSi Marie continue de chercher des solutions pour ses ordinateurs, Didier, lui, est sur un autre registre. Bien conscient du besoin en informatique des pays africains, exprimé, entre autres, dans notre forum par Stéphane, il récupère auprès de son entreprise, Rfi, des ordinateurs qui peuvent encore servir . Mais, contrairement à Damala, dont vous pouvez retrouver l'interview ici, il ne les teste pas, car au Bénin, des « ingénieurs » se chargeront de les remettre dans le circuit d’une manière ou d’une autre.EcoutezUne méthode approuvée par certains des participants à la discussion, comme Abani Ali Hamza qui, depuis Zinder au Niger, pense que "l'Afrique doit plutôt profiter de cette aubaine que constituent les articles d'occasion en provenance d'Europe ou d'autres pays mieux nantis ", Mara, d'Abidjan, en Côte d'Ivoire qui rappelle que "99% des cyber cafés sont équipés de ces ordinateurs de "seconde main" et ( que) de nombreux Ivoiriens ne touchent à l'ordinateur pour la première fois que dans des cybers.." ou encore Stéphane , pour qui " force est de constater que ces ordinateurs nous aident énormément! ». Mais l'envoi de matériel informatique non testé pose de sérieux problèmes dans des pays où, Didier l'admet lui-même, certains responsables d'associations sont obligés de louer des espaces pour en faire des déchetteries informatiques "sauvages" . Ce qui fait dire à Chantal , vice-présidente de l'association Al Amal de Zagora au sud du Maroc que « beaucoup de matériel et de machines sont acheminés, c'est vrai, mais sur 10 et bien 7 ne marchent pas et deviennent des déchets de plus. »Pour traiter ces déchets, rien ou presque n’est prévu dans les pays, à l’exception notable du Burkina Faso où les Ateliers du Bocage recyclent effectivement les ordinateurs inutilisables. Initiative assez exceptionnelle pour que Philippe nous la signale dès le début de notre enquête, expliquant que l'association "recycle le matériel en générant des emplois sur place et re-expédie le matériel non traitable en France (en attendant mieux)" . Membre de l'atelier des médias et des Ateliers du Bocage, Sanou a posté sur sa page une série de photos sur le sujet. Mais pour une association de recyclage, combien d’ordinateurs jetés à la décharge sans précaution ? L’organisation Enda Ecopole a entamé un recensement des déchets électroniques dans les décharges de Dakar et confirme leur présence de plus en plus alarmante.EcoutezQue faire avant d’en arriver à la situation du Ghana où certaines décharges comme celle "d’Agbogbloshie market" sont exclusivement destinées à ces déchets ? Nyaba Ouedraogo est photographe, il a travaillé sur la décharge d’Agbogbloshie où les conditions de « recyclage » sont effrayantes.EcoutezA qui profite "le crime" ?A ce stade de notre enquête, la question qui se pose est bien de savoir à qui profite « le crime » ? A « certaines compagnies occidentales qui voient en cela un moyen plus avantageux c'est-à-dire moins couteux. Car les envoyer à la casse surplace reviendrait plus cher » ? comme le pense Abdramane ? "A des revendeurs sur place qui revendent plus cher du matériel parfois récupéré gratuitement ou presque ? comme le pense Karim ? ("Quand aujourd'hui, un même objet qui coûte 10 euros, vaut en Afrique 80 euros seulement par le fait qu'une mauvaise politique fiscale de porte est instaurée sous prétexte de renflouer les caisse de l'Etat !" ) A certains notables bien placés qui profitent de leur position pour s’équiper à moindre frais comme en témoigne Emmanuel , qui prend en exemple "le cas du Cameroun et de l'université de Douala, lorsqu'en 2004 les ordinateurs portables de seconde main arrivaient au campus pour les étudiants (et que) les doyens dudit établissement les prenaient pour revendre !")Une chose est sûre : il y a de plus en plus d'importation d'ordinateurs vétustes à Abidjan", nous raconte Sikiri. " Vers 14 h heure locale, aujourd'hui j'ai aperçu plus d'une centaine de ces vieux "ordis" à vendre à 250.000 CFA l'unité à débattre . Il nous « laisse le soin d'apprécier ... »Les axes de recherche pour la suiteAu point où nous en sommes, quelles questions restent posées ? Stéphane demande « pourquoi, déjà, les douanes européennes laissent passer ces ordinateurs ? » "De l'autre côté", Saturnin atteste de l’absence vérification aux frontières . "Outre les appareils de vérification, la douane en Afrique est poreuse, mal organisée avec un désordre absolu. Les pays du nord profitent de ses faiblesses pour nous envoyer les déchets. en conclut-il. Enfin Emmanuel aborde la question essentielle de l’information des populations sur les dangers de ces déchets. Mais comment s'informer sinon par internet qui nécessite l'utilisation d'un...ordinateur pas trop cher ? Ou avec les ordinateurs écologiques que nous signale Lisa "à bas prix, plus accessibles et qui peuvent fonctionner dans des conditions plus précaires tel que le E2Autant d’axes à emprunter pour poursuivre ensemble cette enquête. Et pour vous y aider , retrouvez sur le site de le site de l'atelier des Médias une liste de liens et de documents à consulter. Ainsi que les interviews de tous nos interlocuteurs ( Amadou Diallo, Enda Ecopole ; Damala, responsable d'association ; Didier, président de Cultures sud, Nyaba Ouedraogo, photographe burkinabé) dans leur intégralité.Un powerpoint est également disponible ici avec la liste des programmes et des projets en cours et le point sur les axes déjà empruntés lors de ces premières semaines d'enquête.Pour ma part, je prends trois semaines de congés probablement assez loin de toute connexion informatique
Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Articles mis en avant

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted blog posts
4 févr.
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv.
Plus...