Afrique : Cocody, futur cyber campus ?

Suite de notre enquête, "Afrique : y-a-t-il un ordinateur dans la classe ?". Cette semaine, gros plan sur le projet d’informatisation de l’Université de Cocody, quartier d’Abidjan en Côte d’Ivoire, une des plus grandes universités d’Afrique Noire.Dans cet article, nous ne synthétiserons pas les contributions des uns et des autres sur la place de l’ordinateur dans les universités comme nous en avions l’intention initialement. Le courrier d’Antoine Tako en provenance d’Abidjan nous a donné une autre idée : faire un gros plan sur le projet dont il nous parle, l’informatisation de l’un des plus grands campus de toute l’Afrique francophone, l’université de Cocody à Abidjan. Projet soutenu par l’Université de Nantes où nous sommes allés rencontrer les « partenaires informatiques » français de cette opération, significative à plus d'un titre.Vingt heures douze le 26 février 2009 sur le forum de l’Atelier des Médias. En tant que « membre de l'administration de l'université de Cocody », Antoine Tako, veut faire part aux membres du forum de « l'expérience intéressante à laquelle il participe ». Pour mieux situer son intervention, il commence par quelques chiffres. Cocody, c'est « 60 000 étudiants. 1500 enseignants, 500 personnels administratifs et techniques, un campus principal de 200 hectares ». Or selon Mr Tako, cette ville miniature qu’est l'université d'Abidjan est en train d’être informatisée, grâce à l’intervention conjuguée de l’ambassade de Corée, "qui a mis 700 000 US dollars dans l’opération", du gouvernement ivoirien qui a participé à la mise en place des premières infrastructures à hauteur de 200 millions de CFA en 2008 et de l’université de Nantes. Un projet qui semble en ordre de marche donc. De quoi susciter notre curiosité et vouloir en savoir davantage.Un abonnement très lourd à Côte d'Ivoire TélécomEt d’abord, pourquoi ne pas profiter du Campus Numérique Francophone ? Cette structure mise en place par l’Agence Universitaire de la Francophonie est en effet souvent citée dans vos interventions comme une solution pour accéder à internet dans les facultés en Afrique. De Lomé, par exemple, Benjamin explique que le CNF « met à disposition des outils pour pouvoir faire des formations à distance, octroie souvent des bourses pour la FOAD (formation ouverte à distance ndlr) et installe « des espaces réservés aux enseignants pour mettre leur cours en ligne (même si) peu d’entre eux sont intéressés ». Alors ? N’y avait-il pas à Abidjan un campus numérique francophone ? Joint par téléphone, Antoine Tako explique que si. Mais en l’absence de réseau informatique digne de ce nom, l’AUF paie un abonnement « très lourd » à Côte d’Ivoire Télécom, pour un résultat insuffisant .Une vingtaine d’ordinateurs en tout pour des effectifs pléthoriques. Et le Directeur de l'Innovation par les Technologies de la Communication et de l'Information dans l'enseignement à l’AUF le confirme : le prix d'accès à la bande passante reste un obstacle majeur à l'informatisation des établissements
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L’informatisation de Cocody, mirage ou véritable espoir pour les étudiants ?Retour à Cocody dont Antoine Tako nous dit que le schéma directeur établi pour l’informatisation du campus prévoit la « mise en place d’une salle serveurs avec 12 serveurs virtualisés, la construction d’une salle informatique au profit des étudiants au 1er étage de la bibliothèque centrale avec 152 ordinateurs connectés à internet l’installation d’une boucle locale radio reposant sur 12 antennes chargées de distribuer la connexion aux différents secteurs de l'université en attendant que les finances octroyés par l'état ivoirien ( en 2008 et en 2009) permettent de réaliser un réseau en fibre optique ». Il nous envoie des photos pour appuyer ses dires dont celle que vous pouvez voir au début de cet article où l’on voit la salle informatique toute neuve le jour de son inauguration par les autorités coréennes qui l’ont financée…Alors, l’informatisation de Cocody, mirage ou véritable espoir pour les étudiants ? Pour en savoir plus nous sommes allés voir Michel Allemand, directeur des systèmes d’information de l’université de Nantes, et Yann Dupont, du service réseau et système du même département. Tous deux se sont rendus sur place à Cocody. Dans quel objectif ? Michel Allemand raconte sa première mission :
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Le matériel ? Entre Toulon et AbidjanBien sûr, pour les travaux de génie civil, c’est le gouvernement ivoirien via son ministère des finances qui intervient. Prévue fin 2008, la mise en place de la fibre optique qui devrait permettre une partie des échanges de données sur le campus a pris du retard sur le calendrier. A ce jour, le matériel est entre Toulon et Abidjan…Faut-il s’inquiéter pour autant de la faisabilité du projet dans son ensemble ? Oui et non. Non, parce que le projet est bien avancé et que les trois ingrédients nécessaires à sa réalisation semblent présents : une volonté politique qui implique le gouvernement, un "sponsor" en l'occurence la République de Corée, et une collaboration de longue date ( les deux établissements travaillent ensemble depuis ..1974) avec l'université de Nantes en France qui permet transfert de compétence.(1) C'est ainsi que les données produites à Abidjan sont sauvegardées en "miroir" à Nantes, pour que les coupures de courant n'empêchent pas les étudiants de continuer à surfer sur le site de l'université. Une réponse à la fracture électrique dont il a souvent été question dans cette enquête. Explications de Yann Dupont, du service réseaux et systèmes et de Michel Allemand, le directeur des systèmes d'information de l'université de Nantes .
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(Crédit photo : Camille Millerand / Afrique in Visu)Des frais d'inscription qui passeraient de 6 000 à 100 000 cfa par anEn même temps, même initié localement, le projet reste fragile. En Côte d'Ivoire comme ailleurs, la crise financière mondiale rend les investissements publics plus aléatoires et les 400 millions de CFA promis par le gouvernement ivoirien pour 2009 ne sont pas encore sur la table. Autre problème, structurel celui-là, quand la Corée cessera ses dons, il faudra bien trouver des ressources propres à l’université.Comment ? En augmentant les frais d’inscription,dit Antoine Tako. Des frais qui devraient selon lui passer de 6000 à 100 000 francs CFA par an pour assurer la pérennité du projet …. Mais cela ne va-t-il pas exclure beaucoup d'étudiants ? " C'est compter sans la solidarité familiale ", explique Mr Tako, qui pense en outre que " l'informatisation du campus permettra à certains de se former à distance, sans venir à la fac ". Mais cette formation à distance, dont vous êtes nombreux à vanter les mérites sur le forum (celle "qui permet aux Africains de se former sans quitter leur pays d'origine" comme le fait remarquer Soukouya ) coûte-t-elle moins cher que la formation " en présentielle" pour reprendre le jargon des spécialistes ? Cela dépend de quel type de formation on parle, nous répond Jacques Wallet, professeur à l'université de Rouen et spécialiste des TICE.
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Autre difficulté : la maintenance et, aussi,la surveillance d'un matériel neuf qui suscite forcément les convoitises... Enfin, l'accès. Comment Mr Tako compte-t-il gérer la possibilité de surfer depuis cette magnifique salle informatique dont les responsables de Nantes disent ne pas avoir l'équivalent chez eux ? En récompensant les meilleurs élèves par des heures d'internet comme cela se fait dans certains lycées du Burkina Faso ? " Pour le moment, nous n'avons pas ouvert. On ne s'adresse encore qu'aux clubs étudiants. Dans quelques jours, nous mettrons en place un système de rotation..géré par informatique. Quant à la "fuite"des enseignants, autre phénomèné redouté d'une institution où les technologies de l'information font l'objet de formation : comment éviter qu'ils ne soient débauchés par le privé une fois formés aux arcanes de l'informatique ? " En augmentant les salaires, comme ils l'ont fait au Sénégal ", répond Mr Tako. Ce qui pose à nouveau l'éternelle question des moyens...Que retenir alors de ce plan rapproché sur Cocody ? « Que l'ordinateur en classe est une nécessité absolue ! » comme le clame Joël depuis Lubumbashi, dans le sud du Congo Kinshasa où il fait ses études de médecine ? Que les TIC sont « indispensables » quand on est étudiante comme Claudine à l'école supérieure de gestion de Douala au Cameroun ? Avec les réserves précédemment évoquées, on peut rejoindre Yann Dupont et répondre que oui, "car l’internet, dit-il, c’est tout simplement fondamental pour réussir ses études et exister sur le plan international". " Et puis, la collaboration avec l'université de Cocody ne va pas que dans un sens ", renchérit Michel Allemand " pour nous, tant sur l'aspect technique (car ils ont une meilleure connaissance de la transmission de données par les réseaux hertziens et leur matériel est plus robuste) que sur certains contenus ( la virologie ou la parasitologie), les échanges sont à double-sens."Selon Antoine Tako, « ce projet a une suite puisque la république de Corée est en ce moment même en train d'implanter, pour un montant de 1 500 000 $US un système informatique au ministère de l'éducation nationale » Toujours d'après lui, d’ici trois ans, ce sont « 900 heures de cours qui pourraient être mises en ligne » par l’université de Cocody". A Cocody, l’informatisation de l’une des plus grandes universités africaines est-elle en marche ? En marche oui, mais la route est encore longue ..Manifestement, ceux qui sont lancés dans cette opération le savent.(1) Un appui logistique est en outre assuré par la Force Licorne pour le transport du matériel.Merci à Antoine Tako pour les photos qu’il nous a envoyées et merci à nouveau à l'association Afrique in Visu pour une nouvelle utilisation du travail réalisé par le photographe Camille Millerand sur le campus de Cocody. Et continuez d’envoyer des images sur le thème des TIC à l’école en Afrique, nous essaierons de les utiliser dans une tentative de "synthèse iconographique" de notre discussion : Afrique Y-a-t-il un ordinateur à l’école ?Pour enrichir le débat, retrouvez ici les reportages de Marie-Pierre Olphand de la rédaction Afrique de Rfi sur le Campus Numérique de Tunis, reportages effectués en juin dernier à l'occasion d'un symposium organisé conjointement par le gouvernement tunisien, l'Organisation Internationale de la Francophonie et l'Agence Universitaire de la Francophonie :
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Commentaires

  • Djo est-ce que c'est vrai même? Ils tiennent de beaux propos après c'est pour bouffer l'argent là et faire la moitié des travaux, on les connait ici; ou bien?En tout cas moi je l'espère de tout ùon coeur d'ailleurs, mais je ne serai pas surpris si on ne fait que la moitié du projet.
    Bonne chance à mes camarades étudiants du campus de Cocody
  • c'est vraiment trés interéssant de la part de cocody et je pense que c'est une belle occasion pour les jeunes africains de prendre conscience de l'utilité des ordinateurs en classe.chez nous au Burundi le chaimin est encore long meme l'Université n'en dispose pas.Esperons que les choses vont changer.
  • Quel bonheur que de voir un pays africain noir s'y appliquer enfin pour l'avenir de cette jeunesse si souvent abandonnée ou oubliée et laissée à son triste sort, lot quotidien des afro noirs! Plaise à Dieu qu'enfin d'autres pays de la région d'Afriquiya puissent copier le bon exemple pour booster la recherche et les NTIC dans le leurs :May it be true for TOGO one day too ! Why not? Goodbye!....
  • je suis étudiant à Cocody. et franchement le projet est à soutenir. Seulement il faudra en maîtriser tous les paramêtre et éviter de commetre les mêmes erreurs que commise ailleurs.

    courage et bonne chance dance ce projet.
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