“En bus, en taxi-brousse, en taxi-moto, en bateau, en train, en avion et même à vélo.” C’est ainsi que Sébastien Martineau parcourt les 10 000 kilomètres qui séparent Dakar au Sénégal du Cap en Afrique du Sud, dans le cadre de son projet Afrique: Aller (pas) simple. Depuis le 20 octobre 2013, et ce pendant trois mois, ce journaliste de la radio allemande Deutsche Welle s’est lancé dans un périple pour faire un état des lieux de l’Afrique des transports. Qu’implique l'absence ou la présence de moyens de transport pour les populations ? Quelles sont les conséquences quand une ligne de train comme le Dakar-Bamako ne fonctionne plus? Comment se fait le commerce sur le fleuve Niger, après le début de la guerre au Nord-Mali? Comment se porte le port d'Abidjan deux ans après la crise post-électorale en Côte d'Ivoire? Et comment voyage-t-on dans un pays aussi grand que la République Démocratique du Congo? Autant de questions auxquelles Sébastien Martineau tente de répondre à travers ses reportages.

 


Depuis 3 ans, Sébastien Martineau travaille à la rédaction Afrique francophone de la radio allemande
Deutsche Welle. Il se consacre notamment à la production d’un magazine hebdomadaire sur l’économie et le développement en Afrique. Pour lui, la question des infrastructures des transports est centrale dans le développement de l’Afrique. “Par exemple, si les coûts de transport baissent de 10%, l’économie augmentera de 25%. Ça m'intéressait de voir à quel point les médias européens sont “catastrophistes”.”

L’idée est donc de partir en terre africaine pendant trois mois pour constater le fonctionnement des transports sur le continent. Au menu, Sénégal, Mali, Côte d'Ivoire et Ghana... puis Cameroun, Gabon, Congo-Brazza et RDC. Et enfin Zambie, Namibie et Afrique du Sud. Il a prévu de prendre une seule fois l’avion en RDC car le pays est très vaste et manque de routes. Il souhaitait également rallier le Ghana au Cameroun sur un navire porte conteneur mais pour des raisons de sécurité, il n’a pas eu l’autorisation. La piraterie est encore très présente dans le Golfe de Guinée.

 

Sébastien Martineau à Condrobo, Bouaké (Crédit photo: Sébastien Martineau)

 

En Afrique, on se déplace majoritairement par la route

Au Sénégal, au Mali, et en Côte d’Ivoire, Sébastien a pu constater que les rares voies ferroviaires ne sont pas adaptées au transport de marchandises.“Il y a des gares qui datent pour la plupart de l’époque coloniale et qui ne sont pas entretenues, sauf exception.” La route reste donc l’axe principal pour le commerce comme pour les déplacements des individus. Les gens bougent en voiture, en bus, à moto. Et la conséquence directe de ces nombreux déplacements est l'endommagement des axes. “Il y a des fonds levés pour améliorer les routes mais avec les conditions climatiques et la surexploitation, elles se détériorent très vite.”

Le train

L’un des premiers reportages de Sébastien Martineau était consacré à la liaison ferroviaire entre le Mali et le Sénégal. Où en est le train entre Dakar et Bamako ?

“Il y a dix ans, c’était la privatisation du rail au Mali et au Sénégal. Une privatisation contestée, mais qui survenait à un moment où les deux pays n’arrivaient plus, de toute façon, à maintenir le réseau en bon état. Où en est aujourd’hui le train entre Dakar et Bamako ?”


“Cette voie est malade.”
La liaison entre les capitales du Sénégal et du Mali ne fonctionne plus pour les voyageurs. Voilà quatre ans que l’express Dakar-Bamako ne circule plus et que les rails ne sont plus en état. A Dakar, Sébastien a découvert une gare délabrée où les trains sont stockés à 1 km. Le seul train à transporter des voyageurs est celui que l’on nomme le petit train bleu, qui fait des aller-retour toute la journée entre Dakar et Rufisque. “Une fois par jour, un autre train va jusqu’à Thiès, à 70 km de la capitale. Pour aller dans le reste du pays, il faut prendre la route.” A Kayes au Mali, trois fois par semaine un train de voyageurs rejoint Bamako. Mais la plupart des habitants préfèrent prendre le car. “Un moyen de transport un peu plus cher (10 000 francs CFA contre 7 000 pour le train) mais plus rapide.” Le train met plus de 15 heures pour rallier la capitale à cause du manque d’entretien des voies. Sébastien constate que dans ces deux pays, le train n’endosse pas le rôle économique qu’il pourrait jouer. “La plupart des déplacements de marchandises se fait par la route, une infrastructure qui apparaît insuffisante pour le bon développent économique.”

Selon lui, les États ne sont pas en mesure d’investir seuls dans de nouvelles infrastructures. Pratiquement tous les rails ont été privatisés et c’est aujourd’hui un véritable défi que de relancer l’Afrique des transports.

 

 Le petite train bleu à Dakar (Crédit photo : Sébastien Martineau)

Le bus

S’il n’a pas beaucoup pris le train, Sébastien a expérimenté le voyage en bus. Lorsque nous l’avons rencontré à Abidjan lors du forum Innov Africa, il se trouvait au tiers de son voyage. Il avait traversé deux frontières, entre le Sénégal et le Mali puis vers la Côte d’Ivoire. Jusqu’ici, il a remarqué une certaine qualité des compagnies de bus malienne et ivoirienne. Mais selon lui, les différents points de contrôle ralentissent énormément les trajets. “Il s’agit de policiers, de militaires, d’hommes en uniforme dont on ne sait pas toujours ce qu’ils représentent.” Le journaliste a pu observer le racket routinier de ces officiers. Les passagers du bus doivent payer une certaine somme (environ 1000 francs CFA, c’est-à-dire 1,5 euros) pour continuer leur trajet, raconte-t-il. “Soit parce qu’ils ont de la marchandise, soit parce qu’ils sont étrangers même si la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) promeut la libre circulation.” 

 

A Abidjan, Sébastien a rencontré Zoro Bi Nagoné, économiste des transports et secrétaire général de l’Union africaine des transports publics. Pour celui-ci, le problème majeur des grandes villes africaines reste les embouteillages aux heures de pointe qui handicapent la ville. “En Côte d’Ivoire, cela est du à l’insuffisance et à la qualité des infrastructures, explique-t-il. Les grands aménagements à Abidjan datent de 1994.” Par ailleurs, la capitale compte entre 250 000 à 300 000 véhicules, selon l’ingénieur.

On trouve deux autres moyens de transport : la compagnie de bus publique (SOTRA) et les taxis, qui doivent eux aussi se frayer un chemin dans la circulation. Donc une des solutions envisagées serait de créer des couloirs de bus réservés ou de développer un système de bus à haut niveau de service (circulation en site propre). Un moyen de transport de masse à un coût d’investissement confortable pour une ville africaine.

 

 


Les outils numériques du reporter

Tout au long de son périple, Sébastien Martineau tourne des reportages audio et alimente son blog, Afrique: Aller (pas) simple, en français et en anglais. “C’est un moyen d’avoir un fil rouge et c’est une forme qui se prête bien au voyage.”

 

S’il a réussi à financer son voyage, c’est grâce à la plateforme de crowdfounding KissKissBankBank. Une soixantaine de personnes se sont mobilisées autour de son projet, lui permettant de récolter 3 100 euros. La journaliste confie que s’il a choisi ce type de financement, c’est pour ne pas dépenser toutes ses économies personnelles et parce qu’il y voyait un moyen de promouvoir le projet.   

 

Quand il n’est pas dans les transports, le reporter se sert de différents réseaux sociaux pour diffuser ses productions. Sur Facebook, il a ouvert une page dédiée à son périple sur laquelle il partage ses articles ainsi que sur son profil Twitter. Il utilise également Soundcloud, une plateforme audio, pour héberger ses reportages.

“Je profite du voyage pour me former. Je m’essaye notamment au diaporama sonore. C’est simple de produire et de diffuser à distance même si la connexion internet plante souvent. Je n’ai pas non plus le confort d’être dans un studio et dois donc m’adapter au terrain.”

En terme de matériel, il voyage léger. Seuls un ordinateur portable avec logiciel de montage, un enregistreur sonore et un appareil photo réflexe constituent son kit du reporter.

 

Pour finir, si la question des infrastructures des transports est centrale en Afrique pour Sébastien Martineau, celle de la concurrence est tout aussi importante. “Par exemple, quand les conteneurs de marchandises arrivent sur le marché de Dakar, d’Abidjan ou de Douala, il n’y a pas assez de camions pour les transporter.”

Affaire à suivre sur Afrique: Aller (pas) simple.

 

 

La carte du parcours de Sébastien Martineau

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Articles mis en avant

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted blog posts
4 févr.
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv.
Plus...