C'est l'histoire d'un média afghan, Radio Surobi, créé par la légion étrangère française il y a près de 4 ans. Une radio communautaire à destination de la population du district isolé de Surobi. L'un des principaux protagonistes de cette aventure, Raphaël Krafft, vient de lui consacrer un très joli livre Captain Teacher, une radio communautaire en Afghanistan aux éditions Buchet Chastel. Il est notre invité cette semaine.

Raphaël Krafft est bien connu des auditeurs de RFI puisqu'il collabore depuis longtemps avec les magazines de l'antenne en tant que reporter. Il est, par ailleurs, fréquemment invité pour parler de ses projets journalistiques de long cours. Il y a un an, il était notamment venu raconter“la campagne à vélo” au micro de l'Atelier des médias. Un projet web et vidéo pour lequel il avait parcouru la France à bicyclette à la veille de l’élection présidentielle de 2012. Il y a trois ans, nous l'avions déjà reçu pour parler de Radio Surobi. Il venait de rentrer de sa première mission en Afghanistan. Un pays où il est retourné quelques mois plus tard, toujours pour venir en appui à ce média local.

De ces deux voyages et de cette aventure hors normes, Raphaël a tiré un livre passionnant. Il y raconte sa découverte de l'armée et, plus précisément, de la légion étrangère : ses coutumes, son esprit de corps, ses personnages. Le point de vue de Raphaël est rare. Il n'est ni un observateur indépendant (il s'est engagé dans l'armée pour accomplir cette mission), ni un journaliste embarqué (embeded) pour quelques jours, il est resté plusieurs mois aux côtés de la légion. Il donne à voir le quotidien d'un régiment : son jargon, ses croyances, ses traditions, ses divisions, son regard sur les autres corps de  l'armée... Il plonge aussi dans la réalité de la guerre d'Afghanistan vue du point de vue des soldats français dans une zone difficile. On découvre aussi les subtilités du terrain afghan où les relations entre pro et anti intervention de l'Otan sont poreuses, floues, subtiles. 

La naissance d'une radio de proximité

Raphaël décrit dans le détail la naissance d'une radio locale, la formation de ses équipes, la constitution de sa grille de programmes, l'écriture de sa charte. On y re-découvre la puissance du média radio dans les zones reculées ayant peu accès à l'information et à l'éducation. Six mois après son lancement, Radio Surobi avait reçu plus de 16000 lettres d'auditeurs et répondait à plus de 200 appels quotidiens lors de ses émissions de dédicace.

Le livre montre également les tiraillements de l'institution militaire face à l'univers des médias. D'un côté, elle a la tentation de contrôler strictement les propos diffusés sur la radio, envisagée comme un instrument de propagande. De l'autre, elle est de plus en plus consciente qu'en termes de "soft power" rien n'est plus efficace qu'un média à la ligne éditoriale libre et indépendante. Tout au long de son existence (aujourd'hui encore menacée), radio Surobi a oscillé entre ces deux conceptions d'un organe d'information né sous l'impulsion d'un belligérant. Durant la période où il a pu la superviser, Raphael raconte le combat qu'il a dû mener contre certains services de l'armée qui trouvaient Radio Surobi trop indépendante. Un combat pour lequel ses principaux alliés étaient le Colonel Durieux du 2e Régiment Etranger d'Infanterie et le Capitaine Negroni. 

 Radio Surobi (DR)

Le livre est aussi une galerie de personnages attachants. Le Capitaine Negroni et sa rudesse bienveillante à l'encontre du "bleu" qu'est le capitaine Krafft. Aziz, le directeur et fondateur de l'école de filles de Surobi, qui découvre l'univers de la radio et y fait preuve d'un talent exceptionnel. 

Raphaël Krafft nous donne enfin à voir l'Afghanistan d'aujourd'hui. Un pays où la poésie est un art vivant et vénéré. Où les insurgés sont appelés "frères tristes", une appellation qui intrigue le capitaine Krafft et l'encourage à faire produire, par Aziz, un documentaire sur le sujet diffusé sur France Culture.

 

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Ziad Maalouf est journaliste, producteur de l'Atelier des médias RFI

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Commentaires

  • j'aime mais j'aimerai faire partir de vos observateurs je suis Togolais comment faire alors?je vous remercie!

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