André Silver Konan nous a informés de ce qu'il avait pu échapper, le 8 mars dernier, à une tentative d'enlèvement. 

Nous vous livrons ci-dessous l'intégralité du courriel qu'il a adressé au CIPJ et à RSF.  

Toutefois à la demande, notre confrère, pour la sécurité des familles et amies qui lui ont porté assistance, tous les lieux  qu’il a empruntés dans sa fuite ont été remplacés par des lettres de l’alphabet.

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Information

Le mardi 8 mars 2011, alors que je suis sorti, tôt le matin (6h environ) pour me faire coiffer, en vue de me rendre dans la résidence d’un ami, chez qui je comptais trouver refuge, un jeune, visiblement un milicien, reconnaissable à son crâne rasé, son tee-shirt noir et son jean délavé, ainsi qu’à son argot et à son ton autoritaire, m’accoste, dans une commune chic d’Abidjan (lieu à ne pas dévoiler pour raison de sécurité de la famille et surtout de mes aies chez qui je suis entré) et me dit fermement de le suivre. Il est rejoint dans les secondes qui suivent par un autre jeune qui présente les mêmes allures que lui. Ce dernier me moleste, m’arrache mon téléphone portable et me demande d’obtempérer aux instructions du premier. Bientôt, ils sont trois autour de moi.

Je ne vois ni armes à feu ni armes blanches avec eux, cependant je devine aisément que les petits sacs à dos qu’ils portent peuvent bien contenir des armes. Je comprends, ayant à plusieurs reprises fait des reportages et des enquêtes sur les mouvements de miliciens et de la Fesci (Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire) que le groupe compte opérer discrètement. La rue est presque vide et ils font mine de sympathiser avec moi quand un automobiliste passe.

Nous marchons sur quelques mètres quand une jeune fille que je connais, qui revient d’une boutique où elle a vraisemblablement acheté une bouteille d’eau minérale, me crie que sa grande sœur, une connaissance à moi, a accouché. Je lui propose automatiquement d’aller voir le bébé. La maison est à quelques mètres de moi et j’y entre sans demander la permission. Le groupe de miliciens, pris de court, attend dehors sans broncher.

J’entre, dit rapidement bonjour à la mère et lui dis que je reviens faire un cadeau au bébé. La maison a une autre sortie, sur une voie derrière. Je sors sur cette voie et je détale.

J’appelle ma compagne, lui apprends que je viens d’échapper à un kidnapping et qu’elle doit quitter la maison sans tarder. Je vais au lieu de rendez-vous avec mon ami et je le trouve, en avance sur l’heure de rendez-vous. Je lui apprends l’évènement et nous nous rendons à un quartier A de la ville d’Abidjan où il réside. Je compte revenir prendre des effets personnels une fois que je me serais assuré que je ne cours aucun danger à la maison.

De fait, mon véhicule n’a pas de batterie, puisque le mécanicien avait enlevé la batterie en vue de la charger (la batterie était déchargée du fait que je n’utilisais plus mon véhicule depuis des jours) et il n’est plus revenu à son garage depuis les affrontements violents d’Abobo, raison pour laquelle, je ne me déplace pas avec mon véhicule.

Une autre raison est qu’un gendarme de la brigade de recherche m’avait averti, plusieurs jours auparavant d’éviter de rester seul ou de conduire seul, parce que je serais pisté par des tueurs

A un quartier B de la ville d’Abidjan, nous sommes arrivés dans un quartier où se trouve un « maquis » très prisé dans ce quartier. Mon ami loge non loin de là. A ma descente de voiture, un homme, assis dans un bistrot en train de manger du « placali » (un met ivoirien) avec d’autres hommes a crié : « Silver Konan, que fais-tu dans mon quartier de si bonne heure ? ».

Je lui dis bonjour et lui répond que je suis juste venu dire bonjour à un ami. L’homme en question, dont j’ignore le nom, est (sinon était, je l’ai connu comme tel) l’un des éléments de la milice des jeunes du grand centre de Watchard Kédjébo (un leader de la galaxie patriote). Il était dans la police municipale de Bouaké quand j’étais étudiant à l’université de Bouaké.

A mon passage, je l’entends dire au groupe : « Vous ne le connaissez pas ? C’est Silver Konan, ceux qui font le journal Réveil ».

Une fois à l’intérieur de la maison de mon ami, je lui demande avec qui l’homme en question se trouve. Il répond que ce sont des jeunes du quartier et qu’il n’y a pas de problème. Cependant, il ajoute que l’un d’entre eux est l’un des responsables de la Fesci de la cité universitaire située non loin de là.

Je tombe des nues. Je ne savais pas qu’il habitait près d’une cité universitaire. Je lui dis que je ne peux pas rester dans son quartier parce que je connais les méthodes de la Fesci. Il m’assure qu’il n’y a aucun problème et que ce sont des jeunes du quartier. Je rétorque que je préfère partir de là. Il me fait savoir qu’il a un frère enseignant à une ville X qui réside dans une villa qui pourrait m’accueillir pour un temps. J’adhère à l’idée et il appelle son frère. Ce dernier n’y voit aucun inconvénient. Je me rends à cette ville X. Là bas, mon hôte m’apprend, visiblement gêné que des gens de la Fesci soient allés frapper à la porte de son frère. En son absence, me dit-t-il, son épouse leur a appris que je n’étais pas là, mais que je m’étais rendu à cette ville X. Toujours gêné, il ajoute : « J’espère que je n’aurai pas d’embrouilles ici ».

Le message est clair, je comprends mon hôte et je prends donc rapidement une décision. Je lui rétorque donc qu’en réalité, je suis de passage à une ville Y pour une ville Z situé non loin de la frontière ivoirienne, à la frontière ivoirienne.

C’est ainsi que je me retrouve hors du pays.

Dans la clandestinité.

 

André Silver Konan

Grand Reporter

http://ivoriancommiteeforprotectionofjo.blogspot.com/2011/03/affaire-andre-silver-konan-echappe-une.html

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