Bienvenue en « adosphère » (première partie)

Photo : S.Schmitz sur Flickr CC

Découvrez le premier épisode d'une série d'émissions consacrée à la communauté des adolescents en ligne. Nous explorons la relation qu'entretiennent les 12-18 ans avec ce qui est, pour eux, le premier des médias : l'Internet. Un média dominé par les réseaux sociaux, les messageries instantanées et les jeux en réseau.

« Adosphère ». Nous avons imaginé ce néologisme pour décrire les réalités, les usages et les logiques des adolescents en ligne. Ces derniers sont désormais de grands consommateurs de médias, de films, de musiques, de jeux et d'images sur Internet. Ils ont développé des codes de langage bien à eux, avec lesquels ils conversent sans cesse, utilisant des applications et des outils dont souvent nous ignorons tout. Comment les ados se sont appropriés les nouveaux médias ? Comment en ont-ils transformé les usages ? En somme, comment fonctionne l' « adosphère » ?

Ce premier épisode s'intéresse, plus particulièrement, à la dimension conversationnelle de leurs usages et à la place de l'image dans leurs échanges.

«On peut dire qu’il y a une façon d’utiliser les réseaux sociaux, une façon de pratiquer et d’accéder à ces contenus culturels, qui est propre aux adolescents. (...) Il y a une façon d’être dans cet univers, aussi bien dans la consommation culturelle que dans la communication en instantané, qui correspond à une culture du partage émotionnel. Il y a aussi une dimension moins connue : la pratique d’Internet, c’est aussi une manière de meubler le temps, la vacuité. » - Monique Dagnaux, chercheuse à l’EHESS, spécialiste des cyber-cultures jeunes.

Pour analyser ces nouvelles pratiques et ces nouveaux usages d’Internet, nous avons donné la parole aux principaux intéressés, les adolescents eux-mêmes. Vous entendrez dans ce reportage les voix de Paul, Joseph, Mathilde et Yacine, 15 ans tous les quatre, et celle de Lola, 13 ans.

Ces derniers nous expliquent, tout d’abord, que les premiers médias des 13-18 ans sont les réseaux sociaux. « L’adosphère, ça se définit beaucoup par ça » confirme Paul. Snapchat, Twitter, WhatsApp, Skype, Tumblr, Instagram et, dans une moindre mesure, Facebook, constituent les principaux outils de communication des jeunes. Paul souligne aussi qu’à l’inverse des adultes, qui ont investi massivement Facebook, les ados ont délaissé le réseau social historique. « C’est drôle d’être un peu sans les parents, ça donne un côté plus indépendant et plus responsable. »

Dialogue virtuel versus « IRL* »

Snapchat, l’application d’envoi d’images éphémères, est l’outil le moins connu des plus grands et, de loin, le plus populaire chez les ados. « On envoie tellement de photos que, si tout s’enregistrait, ce serait une catastrophe », souligne Mathilde, qui affiche un score de plus de 6000 snaps* sur son smartphone. Pour nombre d’adolescents, Snapchat a remplacé les SMS et MMS. « C’est plus rapide et beaucoup plus rigolo. (...) Je ne me rends pas compte du temps que je passe sur Snapchat chaque jour. »

Instagram, réseau mobile de partage d’images retouchées, est également un lieu virtuel de rendez-vous. Lola, 13 ans, s’y rend pour publier des photos d’elle et de ses proches, de manière privée. C’est-à-dire qu’elles sont uniquement accessibles à son cercle de connaissances. A l’inverse, elle “suit”, elle s’abonne au flux d’images de personnes qu’elle ne connaît pas, qui sont souvent des stars ou des personnalités publiques comme la star française de YouTube, EnjoyPhoenix.

Joseph, 15 ans, n’éteint jamais son smartphone. Non pas pour avoir des conversations téléphoniques, mais pour dialoguer via les réseaux sociaux. « Il y a toujours ce souci d’être dans les “délires” du groupe (d’amis) et de ne rien louper. Quand je loupe un truc, ça me déçoit un peu », avoue-t-il. Mais, si quasiment tous les adolescents sont présents sur les réseaux sociaux et les messageries instantanées, les usages différent selon les personnalités. Paul, lui, n’est « pas très actif ». Pour lui, rares sont les moments qui méritent de « faire un Snap* ».

Si la virtualité remplace une grande partie de la “vraie vie” des jeunes (IRL*), c’est parce qu’ils trouvent, dans les applications et sur Internet, des sociabilité et des convivialités qui ignorent la distance physique. Comme l’ont été longtemps les forum en ligne, « les réseaux sociaux sont un moyen de montrer quelque chose à plusieurs personnes, d’un seul coup, et plus aisément que dans la vraie vie. (...) On peut parler de beaucoup plus de choses sur les réseaux que dans la vraie vie », reconnaît Paul. Raconter son quotidien (« raconter sa life ») apparaît aussi comme bien plus acceptable, aux yeux des ados, sur Internet que dans la cour de récréation.

Une communauté de « gamers* »

Les jeunes ne sont pas connectés sur leurs portables ou leurs ordinateurs uniquement pour communiquer, mais aussi pour consommer et partager de la musique, des films, des séries et, surtout, des parties de jeux vidéos. Une bonne partie des « gamers* », comme Yacine, 15 ans, se retrouvent sur Steam, une plateforme de jeux en réseau, développée par l’entreprise américaine. Yacine se réunit sur ce site pour jouer en réseau avec d’autres jeunes à Counter Strike (CS), jeu jeu de tir à la première personne, massivement multijoueur, le plus connu de Steam. « On peut vraiment dire que c’est un réseau social, affirme Yacine, c’est un peu comme le Facebook des “gamers” ».

Photo: Artubr sur Flickr CC

*Petit lexique “adologique” :

IRL : sigles de “In Real Life”, en français “Dans la vraie vie”

Liker : indiquer sur Facebook que l’on aime un contenu

Gamer : “joueur” en anglais, un terme qui englobe tous les férus de jeux vidéos

Story : message (image ou vidéo) public sur Snapchat, visible 24 heures

Screener : faire une capture d’écran avec son smartphone

Snaper, faire un snap : envoyer une image sur Snapchat. L'envoi et la réception de "snaps" sont comptabilisés et donnent lieu à un score.

Un dossier : un ensemble de photos et de vidéos d’une personne, qui circule sur les réseaux sociaux et qui est considéré comme embarrassant pour cette personne.

Ma Femme, Ma vie : des expressions, récurrentes dans les commentaires, qui sont des marques d’affection entre adolescentes sur les réseaux sociaux

 

Cette série a été produite avec le concours des étudiants de la session « Magazine radio » de l'Institut Pratique du Journalisme : Clémence Baudouin, Martin Cardoret, Aliette De Laleu, Dorian Debals, Albin Duvert, Thomas Girardeau, Martin Guez, Théo Hetsch, Antoine Jeuffin, Bastien Lejeune, Maëlle Robert, Florent Royer et Edith Lasry-Segura.

Découvrez la deuxième partie de « Bienvenue en adosphère »

 

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Melissa Barra est journaliste à L'Atelier des médias de RFI
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