A quoi slert Slate.fr ?

C'était le buzz de ces derniers mois, le truc de ouf qui se préparait en silence. Un nom mystérieux et claquant (Slate), une origine américaine (summum de la qualité vue d'ici), des poids lourds aux commandes (Colombani et Attali), un ancien de 20Minutes à la manoeuvre (Hufnagel). Et puis boum, Slate est tombé sur nos écrans cette semaine. Et là pour moi, grosse déception je dois l'avouer. Car qu'est-ce qu'apporte Slate de plus qu'un autre journal en ligne? Quelle est sa promesse et sa prise de position sur le marché?Observons ses composantes :- le design? Je le trouve trop froid, trop métallique; une maquette pas très uniforme en fait; seul bon point avec le visuel, la photo de haut de page et de bonne taille, bien vu;- les blogs? Trois plumes, même lourdes, c'est léger pour lancer et imposer un ton. En revanche, prenons la 1ère note de J. Attali sur son blog : 8800 signes de long et 3 hyperliens. Limite pour une écriture blogueuse alerte, ça sent la tribune libre de journal papier rentrée aux forceps dans les canons du web...- les chroniques? A t-on expliqué à JM Colombani et à d'autres, suivez mon regard, qu'une chronique, sur le web, ça s'appelle... un blog? ou un édito à la rigueur. Mais pourquoi distinguer chroniqueurs et blogueurs ? Question d'ego et de susceptibilité? Y aurait-il des « Grand Chroniqueurs » avec lettres majuscules, puis des petits blogueurs juste là pour remplir les pages et générer du clic... Je me le demande.- le ton? Quand on lit les ambitions affichées... A côté Le Monde, Libération, Les Echos et au moins 50 autres journaux réunis devraient se mettre à terre en implorant pardon! J'exagère le trait, mais les premiers titres de Slate.fr, qu'on lit en face, manquent alors comme d'un petit quelque chose...C'est d'autant plus surprenant que la version US du site est elle tout à fait dans le ton exigeant, original et audacieux promis en France. A t-on perdu quelques atomes de zèle et d'élan dans la transposition du projet? Ou tient-on compte d'un marché publicitaire pas brillant?Je prend quelques exemples dans la titraille :- "Sarkozy doit rompre avec le Sarkozysme" : ah? la vache, c'est osé. Pendant ce temps, sur la version US, Obama se fait moquer sur son "positivisme" permanent et son plan d'aide à la facture qui fera mal...- « La chronique inaugurale de François Hollande » : diable pour lancer le futur blog que tiendra l'ex premier secrétaire du PS, on eut pu rêver plus sexy... Tout comme le casting, tout respect pour la personne mis à part. Je ne sais pas, un peu d'imagination : avec tout le ramdam que connaît ce parti actuellement, un blog du "socialiste masqué" racontant le parti de l'intérieur, aurait pu avoir pas mal d'attractivité...- « Santé et médecine ne sont pas synonymes" : même un magazine professionnel médical ferait plus punchy comme titraille...- le sous titre "Comment aider son enfant à apprendre à lire.", qu'on dirait venu tout droit d'une émission matinale de France 5...- Meryl Streep: «On me propose des rôles de femmes de pouvoir». Fort bien, elle a de la chance. J'aurai été plus intéressé de savoir comment l'actrice reste dans la course après ses multiples lifting, comme elle vit la crise actuelle d'Hollywood... Dieu sait que le thème était porteur de sujets et accroches un brin plus audacieux.Etc, etcJe suis volontairement exigeant, mais je me mets juste au niveau de l'exigence de cette équipe. Et des moyens levés : "3 et 3,5 millions d'euros pour trois ans" nous apprend Renaud Revel sur son blog. Alors, exigeant mais curieux, je souhaite aussi à Slate.fr et ses pilotes de passer ce tour de chauffe. Sont-ils partis trop vite, histoire de rattraper la crise en cours? Le ton va t-il s'améliorer et l'ADN du projet s'ouvrir? C'est tout ce qu'on leur souhaite, sincèrement. Car je reprends le pitch de Philippe Couve, envoyé sur Facebook : "Il s'agit d'un site d'information qui annonce qu'il va privilégier les analyses et développer une politique éditoriale de "grandes signatures" pour proposer des éditoriaux de qualité". C'est une façon de voir. La réaction est sans doute logique, après la phase de "blog à tout va" et de religion aveugle de l'UGC (contenu généré par l'utilisateur) dont on revient un peu. Attention cela dit à ne pas refaire ce qui a en partie tué la presse classique : le journal fait par des élites pour des élites avec un ton d'élite. La promesse d'ouverture du web 2.0 et du social media, l'attente urgente de modification de l'ADN journalistique, méritent un peu mieux que cela.Pour prolonger :- à voir quelques vidéos du WebLab suite à un débat du SMC sur les modèles économiques de la presse en ligne;
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Commentaires

  • Bonjour Laurent,
    Du point de vue journalistique, je ne peux que saluer et souhaiter longue vie à Slate.fr, dont je connais certaines des signatures et les compétences journalistiques éprouvées.
    Mais -tu le sais vu que Le WebLab travaille sur ce point-, la viabilité passe par l'adoption d'un modèle économique pérenne, hors rien ne garantit aujourd'hui le modèle de presse gratuite vivant sur la pub, car :
    - nous n'avons vécu que les premières vagues du Perfect Storm, tsunami financier, qui serait à mon avis un bon champ d'investigation pour la presse à long terme
    - nous avons affaire aujourd'hui à une pléthore d'offres de presse, qui ne se distinguent pas forcément au premier regard
    - je ne peux m'empêcher de sortir ma calculette -pour paraphraser Emmanuel Parody lors de la dernière session du Social Media Club sur les "nouveaux" modèles économiques de la presse- quand j'entends les chiffres d'exploitation : si l'on prend tes chiffres (3.250 millions d'euros, je coupe la poire en 2), un CPM à 4 euros et 3 impressions publicitaires par page et une visibilité sur 3 ans, cela en fait des millions de pages vues à atteindre.

    Le problème n'est pas au niveau de la somme débloquée pour le financement du projet. Ceux qui gèrent des comptes d'exploitation savent que le coût de réalisation d'un produit de qualité est très lourd. En fait, à côté des objectifs, je trouve les investissements plutôt modestes. Non, le soucis réside plutôt dans l'impossibilité actuelle pour les titres de presse d'atteindre une rentabilité, du fait du primat des agences et annonceurs, de l'existence d'une foultitude de sites qui bradent leur CPM, de la difficulté actuelle d'avoir des partenariats payants, d'un manque de réinvention de modèles économiques, bref d'un climat économique qui empêche tout titre / site éditorial de pouvoir atteindre son point mort.

    Sur ce sujet, lire aussi Eric Dupin.

    Note : Pour ceux qui évoluent hors du domaine journalistique, je modère mon propos : le but d'un investisseur de presse n'est pas le remboursement sur investissement sur 3 ans, mais l'atteinte rapide d'un point mort et le début des bénéfices. La conjoncture actuelle me paraît difficile. Je souhaite néanmoins longue vie à Slate.fr.
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