Tony_Hsieh_in_2009 via Wikimedia Commons/CC

Lors de mon dernier voyage, je me suis arrêté à Las Vegas. Une ville que l’on imagine pas intelligente. Et pourtant, toutes les villes - et le défi de les rendre plus vivables et moins dispendieuses - sont sans doute la prochaine « frontière », un terme familier aux conquérants de l’Ouest américain.


Aucun individu ne l’illustre mieux que Tony Hsieh, fondateur de Zappos – la première boîte à réussir à vendre sérieusement des chaussures online –. Il a tout simplement décidé de transformer le centre de Las Vegas en modèle de cité intelligente, innovante et durable.
Plutôt que l’éloignement choisi par Google, Twitter, Apple ou Facebook, Zappos a décidé de s’installer en pleine ville.
« Nous préférons que nos employés s’y promènent », m’a expliqué Kim Shaefer, une des responsables. Avant de préciser : « Les interactions accroissent la créativité et les innovations de l’entreprise en même temps qu’ils bénéficient à la communauté locale. »
Cela ne suffit pas pour faire une ville intelligente mais c’est un point de départ. Las Vegas ayant déversé ses banlieues autour de centres commerciaux dispersés, le centre ville était en pleine décrépitude. Immeubles pourris, chômage et crimes le décrivaient mieux que les lumière scintillantes des casinos dont on nous parle d’habitude. « Nous voulons changer ça et misons sur l’entrepreneuriat pour diversifier l’économie », m’a expliqué Schaefer. « Mieux vaut un petit restaurant qu’un mont de piété ».

Pour inviter les gens à s’amuser et à rester, ils créent des festivals, des pièces de théâtre et ont même monté un « parc de conteneurs » plein de cafés, de boutiques et d’activités musicales. Et, dans le même temps, ils transforment de vieux casinos en espaces de coworking ou en centres communautaires.
Le
Dowtown Project - tel est le nom du projet d’ensemble - établit des partenariats avec les petits commerçants et les aide à trouver des crédits.

  • 68 startups ont démarré ici ou se sont installés depuis le lancement, en janvier 2012.

  • 35 petits commerces et près de 600 emplois ont été crées.

Mais une ville, ça n’est pas que des commerçants, même aux Etats-Unis. Le transport a donné lieu à une initiative spectaculaire, le Project 100. Il permet le partage de bicyclettes, de véhicules avec chauffeur et de 100 Tesla, ces voitures de demain créées par Elon Musk et mises à la disposition du public sur le modèle ZipCar ou AutoLib. Une école privée qui accorde une grande place aux neurosciences et à l’entreprenariat a été créée. « On y apprend différemment » dès le jardin d’enfants.

Comment tout cela est-il financé ?

Hsieh, qui a vendu Zappos pour plus de 900 millions de dollars à Amazon, a mis 350 millions de ses propres sous dans le projet: 50 vont aux petits commerces, 50 au fond pour les startups, 50 à l’éducation et 200 à l’achat de terrains et d’immeubles.

La revue Wired a consacré un long article au projet en janvier dernier et se demande comment un individu peut se lancer dans la revitalisation d’une ville, une affaire complexe et sérieuse. Il s’agirait donc selon elle d’un « gros pari ».

Je ne suis pas sûr. Hsieh a tout pour réussir… mais pas nécessairement là ou on l’attend. Il joue cartes sur table, mais celles qu’il montre ne sont pas forcément celles qui comptent le plus. Avec une partie de son argent, il donne vie à une nouvelle communauté innovante faite de startups qui échouent dans 90% des cas. Avec le reste, il rachète terrains et immeubles du centre ville qui ne valent encore pas grand chose. Une valeur plus sûre, à long terme.


En conclusion, et même si ça peut surprendre certains de nos lecteurs, je trouve que nous ne pouvons que lui souhaiter bonne chance. Il montre en effet qu’on peut être riche et prendre des risques avec une partie importante de sa fortune. Et, surtout, il a compris que les projets innovants partent de communautés innovantes. Son mérite est de contribuer à la créer en pariant sur la diversité, la passion d’entreprendre et une bonne dose de fun. Je suis convaincu qu’on peut y arriver avec moins d’argent, et que c’est le bon point de départ.


Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

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