Les employés de la grande radio du nord du Nigeria s'inquiètent de sa probable disparition du fait d'un management hasardeux et de l'abandon des autorités publiques.

Radio Kano se meurt. Un exemple de plus, s'il en faut, qui illustre l'idée que les médias en Afrique n'ont pas forcément les mêmes défis que ceux des autres régions du monde. Et les journalistes en service dans cette station de radio crée en 1946, à l'époque de la colonisation britannique, l'éprouvent au quotidien.

Ils accusent les responsables de la radio gouvernementale d'être en train d'en creuser la tombe jour après jour. Les problèmes de cette station ont ouvertement surgi au lendemain de la période du Ramadan 2016 lorsque la ligne électrique de la station a été suspendue pour factures impayées. Un black-out pendant cette période faste pour les annonces publicitaires que la direction de l'entreprise a tenté de rattraper en activant le groupe électrogène prioritairement destinés à pallier les innombrables délestages que connaît le Nigeria.

Mais c'est bien connu, un malheur ne vient jamais seul. Le générateur a lui aussi lâché poussant les équipes de production – journalistes y compris – à se déporter vers le centre de diffusion situé dans une petite ville située à une vingtaine de kilomètres de Kano.Une migration quotidienne qui n'est pas facilitée par l'absence de véhicule dédiée à la navette. 

Déjà, les journalistes lui ont trouvé une nouvelle dévise : pas un jour sans problème. Cette situation est parfaitement incompréhensible, a regretté le Syndicat nigérian des Journalistes (NUJ). Début septembre, son président a interpellé le gouvernement local à revitaliser « rapidement » cette radio qui constitue la principale source d'information institutionnelle et de développement de l'État fédéré.

La crainte de voir Radio Kano disparaître est d'autant plus fondée que l'imprimerie qui lui était ajointe a déjà mis la clé sous la porte, du fait également d'une absence de politique de relance après l'arrivée de la concurrence née de la libéralisation. Aussi le NUJ a-t-il demandé aux autorités de débloquer l'enveloppe prévue dans le budget 2016 pour la relance de l'entreprise de presse.

La situation que connaît cette station historique dans le paysage audiovisuel nigérian est l'illustration parfaite des difficultés auxquels sont confrontés bien de médias contrôlés par les États ou des organismes officiels en Afrique. Alors que les efforts - ne serait ce que de réflexion - sont bien souvent centrés sur le soutien aux initiatives dites indépendantes et à l'innovation même si elle est déconnectée du quotidien.

Même si les médias publics ne sont pas encore arrivés à ces extrêmités dans un pays comme le Cameroun, il n'y a qu'à se rendre dans la salle de rédaction de la Cameroon Radio Television ou du quotidien Cameroon Tribune pour se rendre compte que les investissements dont ces structures ont besoin pour supporter l'innovation, se réinventer et parfois tout simplement exister n'ont jamais été faits ou bien arrivent trop tard.

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