"99", le média lyonnais gratuit et participatif

Instigateur de ce projet de média pure-player entièrement gratuit dénommé "99", Jérôme Plan est un journaliste français et travaille en télévision depuis 10 ans. "France 3", "Euronews", ainsi que des boîtes de productions parisiennes sont les médias - traditionnels - pour lesquels il pige. Lancé depuis le 14 octobre 2015, le média à but non-lucratif propose aux internautes des documentaires en six langues, pour l'instant, ils sont au nombre de deux. Le média basé à Lyon surfe sur une pratique qui a le vent en poupe depuis plusieurs années : le financement participatif. Entretien.

Comment vous est venue l'idée de créer "99" ?

J'avais l'idée il y a deux-trois ans de créer un site qui pourrait diffuser des documentaires, mais je ne savais pas trop comment m'y prendre, c'était juste rester au stade d'idée. Et puis, en travaillant, à l'occasion pour Euronews, qui est une chaîne d'informations multilingues en 14 langues, j'ai découvert que le multilingue ce n'était pas si compliqué que cela. Ce n'est pas de la tarte, mais cela peut se faire. C'est un super moyen de toucher une très très large audience. C'est ainsi que m'est venue l'idée. Avec des amis et collègues européens qui travaillent à Euronews, soit de manière permanente ou en intermittence, on s'est dit : "bah allons-y, lançons-nous et faisons un média en six langues." Nous avons, donc, un média intégralement en français, en anglais, en espagnol, en italien, en allemand et en portugais. Tous les textes, films et publications sur les réseaux sociaux sont en six langues. N'importe quel citoyen du monde qui parle l'une de ces langues peut aller sur le site et sans avoir à déchiffrer l'anglais ou une autre langue, il pourra être à son aise dans sa propre langue.

Pourquoi avoir opté pour un tel nom ?

"99" parce que l'on s'intéresse à 99 % des humains et des sujets. On essaie de s'intéresser aux sujets qui sont invisibles et qui ne passent pas forcément souvent à la télévision. "99", c'est aussi un clin d’œil au financement participatif puisque l'on espère faire des campagnes de financement où l'on souhaite atteindre 99 % du budget escompté. "99", c'est aussi une référence au mouvement des "99 %" dont on a parlé, il y a quelques années et qui existe encore aujourd'hui. Voilà, c'est un nom qui parle à tout le monde, dans toutes les langues, nous ne voulions pas un nom en anglais ou en français, mais plus quelque chose d'universel. Tout simplement.

Et le 1 % restant, que représente-t-il ?

Il fait référence à ce qui est diffusé à la télévision ou au cinéma en matière de documentaire. Le système de production des reportages, c'est un véritable entonnoir. Ce qui est difficile pour les réalisateurs, c'est de parvenir à concrétiser leur(s) projet(s), de les faire passer du synopsis au vrai film qui passe à la télévision. Il y a des choix éditoriaux, chaque chaîne a ses spécificités et c'est vrai qu'il y a beaucoup de belles histoires, mais malheureusement elles restent au stade des synopsis, de projet en papier. Il y a énormément de porteurs de projets depuis quatre-cinq ans qui se disent "bon bah voilà, j'ai pas réussi à faire mon film par la voie classique, mais je vais faire des financements participatifs". Lorsque le réalisateur parvient à financer son film par ce biais-là, son film n'est toujours pas diffusé. Du coup, il le met sur Internet, sur son blog et va le diffuser sur les réseaux sociaux, le proposer à des festivals, mais il y aura toujours ce manque de visibilité. C'est là que l'équipe de "99" intervient auprès des réalisateurs de films qui rentrent dans nos critères. Nous leur proposons d'adapter leur film en six langues pour le rendre diffusable sur notre plateforme. Le film sera massivement vu sur la toile, beaucoup plus qu'il ne l'était avant. À la fin du processus, le réalisateur se retrouve avec six versions de son film et peut, par la même occasion, le proposer à un plus grand nombre de festivals et cela lui coûte 0 euro. Dans quelques mois, nous ferons du financement participatif de projets, c'est-à-dire qu'un réalisateur qui vient nous voir avec un projet, au lieu qu'il se lance seul dans un financement participatif, nous ferons avec lui, une vraie campagne en six langues. On aura plus de chance de boucler le budget nécessaire et une fois la somme requise récoltée, le film sera diffusable sur "99".

À but non-lucratif, gratuit et sans annonceurs, « 99 » repose-t-il complètement sur du bénévolat de l'équipe ?

Nous ne sommes pas encore à 100 % dans notre projet, nous venons de le débuter. En tant qu'initiateur du projet, j'y passe beaucoup de temps, mais je travaille toujours. Les cinq autres membres de l'équipe sont soient des journalistes en CDI à Euronews soient des pigistes pour Euronews et d'autres médias également. C'est quelque chose que nous faisons sur notre temps libre, en bénévolat, ce qui nous prend pas mal de temps et d'énergie. Nous croyons en ce projet et surtout nous allons nous mettre à la recherche de partenaires publics et privés pour avoir des sources de revenus. Ce que nous voulons, c'est que les films soient gratuits, circulent autant que possible sur le net sans publicités ni bannières. Nous souhaitons être un outil pour les réalisateurs qui sont en quête de visibilité, je pense qu'il y a une vraie demande et pour cela nous leur proposons gratuitement nos services de professionnels puisque c'est de la traduction et de l'adaptation. Ce n'est pas une traduction qui est faite n'importe comment. Ce ne sera pas du même niveau qu'un studio spécialisé dans le sous-titrage à Paris ou ailleurs, mais nous faisons du mieux que l'on peut. Je crois sincèrement qu'il y a une demande du public pour voir des reportages et des documentaires de qualité. En France, tout n'est pas parfait, mais nous avons la chance d'avoir l’État qui aide à la création, toutes les régions ont des programmes d'accompagnement d'aide aux projets audiovisuels, des chaînes de télévision ont des cases pour la diffusion de grands reportages et des documentaires. Par contre, dans d'autres pays il n'y a presque plus rien, en Italie, en Espagne et au Portugal, par exemple, il y a pas grand-chose pour ces deux formats. Au Brésil, non plus.

Parier sur le financement participatif n'est-ce pas trop risqué pour un média qui vient de naître ?

Non, je ne crois pas. Nous ne sommes pas des premiers à faire cela. Si nous parvenons à constituer une grande grande communauté, la plus large possible dans le monde avec des gens qui parlent l'une de nos six langues, on augmente considérablement nos chances de réussir nos campagnes de financement. Un projet, aujourd'hui, qui est mis sur une plateforme comme Ulule, il est financé avec 70 donateurs en moyenne, je crois à peu près, qui vont donner des sommes allant de 50 à 100 euros en moyenne. L'idée, c'est d'avoir un public plus large pour faire en sorte qu'on ne soit pas 70 à donner 50 euros, mais qu'on soit 100 à donner 5 ou 10 euros.

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Commentaires

  • Je  peux collaborer avec vous.

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  • une interview bien faite;a l,heure actuelle, les patrons demandent a ce que les personnes soient qualifiées.le métier de journaliste devient difficile.une véritable question d,avenir pour les jeunes.

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