J'arrive en courant pour la projection de 9h00 du 1er film en compétition de la journée, et pour une fois que je suis un peu juste bien sûr, il se passe quelque chose devant le Berlinal Palast. Je vois 5 personnes avec de grandes pancartes qui protestent contre le film qui va passer. Je prends rapidement deux photos, leur demande s'ils seront là après la projection ("oui, bien sûr") et me précipite dans le Palais.Le film: Feuerherz (Heart of Fire) est un film allemand, tourné par un italien au Kenya en tigrinya, la langue officielle de l'Erythrée. Film très faible, plat, dont personne n'aurait probablement parlé, si ce n'est pour dire qu'on aurait pu dormir un peu plus longtemps ce matin-là ou aller voir un film des sections parallèles.Le sujet: 1981, conflit entre deux armées de libération de l"Erythrée et les enfants-soldats enrolés dans ces factions. Le scénario, basé sur une autobiographie très controversé d'une chanteuse érythréen qui vit en Allemagne -Senait Mehari et qui prétend avoir été dans une école d'un camp de combattant et avoir été enfant soldat. Dans le film donc, une petite fille -Awet- qui se trouve dans un orphelinat catholique à Asmara est un beau jour récupérée par son père qui finit par l'envoyer avec sa soeur aînée dans un camp militaire de la faction avec laquelle il a combattu. Commencent pour elles l'apprentissage de la vie dans le maquis, du maniement des armes, le combat, le sang, la mort...La controverse: mais quel est donc le sujet qui fâche, puisque le sort des enfants soldats est quelque chose qui touche tout le monde. Et bien c'est le fait que des Erythréens en Allemagne qui disent ^etre des témoins de cette période, qui disent avoir été à l'école avec Senait Mehari, disent également qu'elle affabule totalement dans son livre, qu'elle n'a jamais été enfant soldat et que de toute facon, il n'y a jamais eu d'enfants soldats en Erythrée.Bien emb^etant tout cela: il n'y a pas beacoup de spécialistes de l'Erythrée parmis les journalistes...mis à part un journaliste érythréen...qui justement a combattu dans ces plus jeunes années. Après la séance je vais donc voir un des manifestants.Avez-vous vu le film? "non, mais comme il est basé sur le livre, je sais qu'il propage des mensonges".Mais est-ce qu'il y a eu des enfants soldats en Erythrée? " Non. Enfin, si on prend la définition abstraite qu'on est enfant jusqu'à 18 ans, oui il y a eu des combattants -tous volontaires- mais entre 16-18 ans et très peu. "Oui mais Senait Mehari dit le contraire: " on était à l'école avec elle, nous étions dans la même école, ce que maintenant elle nie. Mais ces écoles dans les camps étaient justement faites pour empêcher les enfants de devenir des soldats. Mon père était un combattant et pour me protéger, il m'a mis dans une de ces écoles. On a jamais porté d'armes, on ne nous en a jamais mis dans les mains. Mon frère à 13 ans a voulu s'enroler, mais ils l'ont renvoyé en lui disant de revenir dans 3-4 ans. Il y avait assez de soldats adultes pour combattre! Nous avons réuni des preuves et les avons mis sur Internet pour dénoncer la propagande faite par cette femme."Salle de conférence de presse: Madame Mehari n'est pas présente (mais elle foulera le tapis rouge à la séance officielle de la Première), par contre un expert pour épauler l'équipe et le réalisateur. Notre collègue érythréen bouillone de rage, exprime son point de vue (et celui des manifestants dehors) et demande au réalisateur de justifier l'assertion de son film et l'expert rwww.tsebah.com pond qu'il y a des preuves d'enfants soldats en Erythrée et qu'elles sont réunie sur un site Internet. Cependant, le réalisateur, lui, ne s'avance pas trop et explique que le scénario est certes basé sur le livre, mais que ceci est très libre. Il en vient à dire que c'est vrai que l'on ne peut pas comparer les enfants soldats de l'Ouganda ou Sierra Leone et ceux d' Erythrée. Mais cela reste un fait: il y a eu des enfants soldats, car quand on a moins de 18 ans, on est un enfant.Résultat: c'est site internet de preuves contre site internet de preuve, c'est définition de l'enfant contre définition de l'enfant, c'est témoignage contre témoignage, mais c'est surtout une belle occasion ratée pour parler d'un sujet grave et tout à fait réel sur la majorité des continents de notre belle planète.MaB, Berlinsite manifestants: www.tsebah.comsite équipe du film et son expert: www.feuerherz-info.deFeuerherz, de Luigi Falorni, avec Letekidan Micael, Solomie Micael, Seble Tilahun, Daniel Seyo, Allemagne/Autriche, 2008.PS. c'est la première fois que cela me saute aux yeux, et pourtant la thématique des enfants soldats est quelque chose que je suis de près, celle contemporaine -avec les atrocités commises sur ces enfants et celles qu'ils commètent eux-m^eme, mais je n'avais jamais considéré mon père dans sa lutte de libération contre le colonisateur francais comme un enfant soldat. Et pourtant, il est allé se battre volontairement et il avait moins de 18 ans. Comme quoi, si on veut aborder un sujet qui pose un problème contemporain avec les yeux du monde d"aujourd'hui, il semble plus judicieux de s'en emparer à travers un exemple de notre temps...et ce n'est vraiment pas cela qui manque!

Photos: MaB
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