Berlinale 2008 - Jour 2 : There will be blood!

Le festival de Berlin à cette particularité de présenter un programme plus riche (dans le sens une palette plus large) que beaucoup d'autres festivals. Il a aussi ceci de très intéressant, c'est qu'il est ouvert largement au public, ce qui nous (ceux qui ont à voir d'une manière ou d'une autre avec la branche cinématographique) de ne pas tomber dans le quant à soi, de palper l'atmosphère du public (même si le public berlinois est par nature plus averti et exigeant que bon nombre de publics en Europe), de découvrir d'autres angles de perception que ceux que l'on (toujours ceux qui ont à voir...) produit par réflexe, facilité ou habitude.

La Berlinale commence vraiment aujourd'hui, et dans les trois sections majeures du festival, je retiens trois films qui ne laissent personne indifférent:

Compétition officielle: There will be blood, de Paul Thomas Anderson avec Daniel Day-Lewis. 158 minutes de l'épopée d'un chercheur d'or de la fin du 19ème siècle qui découvre un jour de l'or noir grâce auquel il va faire fortune. Le titre est une promesse au spectateur, mais ce qui frappe à la fin du film,.c'est qu'en ce dèbut de 21ème siècle, l'histoire n'est pas finie: pétrole et religion font toujours bon ménage...et du sang, il y en a toujours. Ce n'est pas une promesse, c'est la réalité.

Section Panorama (section où des films pouvant être sélectionnés dans la compétition officielle, mais ne l'ayant pas été sont présentés): Lemon Tree, du réalisateur israélien Eran Riklis avec Hiam Abbas, Rona Lipaz-Michael, Doron Tavory, Ali Suliman. Superbe film, qui montre et démontre sur la base d'une histoire simple le confinement de l'absurde du conflit israélo-palestinien. Je réserve ma critique pour un journal, mais dès que celle-ci sera publiée, je la mettrai sur le blog. Ce que je peux déjà dire ici et que je ne dirai pas dans l'article: je n'exprime que très peu et très rarement des émotions au cinéma (je ne ris presque jamais à gorge déployée, je souris plutôt, je ne sursaute quasiment jamais non plus, et si parfois je suis ému ou atteint par un film, je le travaille plus tard) et je ne me rappelle pas avoir jamais lâché ceci en salle: des larmes. Elles ont coulés simplement, naturellement lorsque dans une scène fabuleuse, une veuve palestinienne essaie de repousser de ses seules mains des soldats qui viennent lui voler ses citrons pour le ministre israélien de la défense qui fait une garden party en face de sa plantation de citronniers. Rien de très violent, ni chez les soldats israéliens ni chez la femme palestinienne. Juste la violence insoutenable de l'injustice, de l'oppression, de la colonisation.

Section Forum (section du jeune cinéma international, que ce soit au niveau des réalisateurs - âge ou avant-garde, ou des pays émergents dans l'industrie cinématographique): Regarde-moi d'Audrey Estrougo. Elle a 24 ans, elle a vécu dans une banlieu quand elle était jeune mais elle venait de Paris, et elle a voulu montrer un regard neuf sur la banlieu, les relations entre garcons et filles et leur difficultés au quotidien. L'originalité du film: dans la première partie l'on voit l'histoire du point de vue des garcons, puis la perspective change et nous avons une sorte de version des filles. Sans tabous, elle montre la violence des filles entre elles, la division organique entre les filles et les garcons, la racisme entre blancs et noirs, ceci sur fond de hip-hop (Akhenaton a fait une chanson pour le film). Outre le film en lui-même, ce qui est intéressant, c'est sa réception en France: il a été présenté en septembre dernier et n'a eu que peu d'écho. D'après Audrey Estrougo, dans un pays aussi conservateur, dans un climat politique et social tel qu'il est, il n'est pas possible de montrer ce genre de films en France. Les gens ne sont pas prêts à accepter, ne serait-ce que de voir, cette vision des choses. Ce qui ne l'empêchera pas de continuer sur cette voie, promet-elle.

MaB, Berlin

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