Berlinale 2008 - Jour 6: la rage au coeur!

Standard Operating Procedure - c'est le titre du nouveau documentaire d'Errol Morris, 1er documentaire à être présenté en compétition officielle en 58 ans de Berlinale, mais c'est également la qualification par l'armée étasunienne des actes perpétrés sur des prisonniers interrogés par l'intelligence militaire et qui ne sont pas considérés comme des crimes, mais comme des procédures opératoires standards. Exemple: l'image où l'on voit un prisonnier nu, menotté les bras en arrière sur les montant d'un lit avec un slip sur la tête est une SOP. La photo où les soldats forcent les prisonniers à s'abuser eux-même sexuellement est un crime.A partir des clichés de la prison d'Abou Ghraib pris par des soldat-e-s étasunien-e-s, Errol Morris tente de décripter ses images, d'en définir le contexte, d'étudier ce qui est dans le champs et ce qui est hors cadre. Il interwieve les soldat-e-s qui les ont pris, la générale de brigade qui était en charge de la prison, le spécialiste de l'armée qui a qulaifié les images face à la justice de crime ou de SOP. Le sujet n'est pas de faire avouer les soldats ou de les accuser, mais d'analyser des images et l'impact qu'elles peuvent avoir et d'essayer de recomposer une réalité qui n'est pas celle de la version officielle, à savoir que l'armée étasunienne a eu à faire dans cette prison à une poignée d'éléments qui ont agit de leur propre chef et entaché l'armée étasunienne. Ce qui apparait clairement dans cette reconstitution de la réalité à travers tous ces fragments (images, témoignages), c'est que des lampistes ont payé pour un crime planifié, systématisé et couvert par les plus hautes sphères étasuniennes. Les images des crimes de torture et d'humiliation (même si certains d'entre eux sont qualifiés de SOP, il n'en reste pas moins des crimes) ont permis de savoir qu'il se passait des choses horribles dans cette prison, mais certainement dans d'autres prisons où l'intelligence militaire sévit. Et ces choses horribles se révèlent être, outre ce qui est connu, des meurtres quotidiens sous la torture, des enlèvements de masse dans des maisons ou villages, des enlèvements d'enfants mis en prison à Abou Ghraib pour faire pression sur les parents dèjà emprisonnés et soupconnés par les militaires. Le réalisateur dit ne pas vouloir accabler ces soldats qui ont été mis en position, encouragés à faire ce qu'ils ont fait, qui faisaient partie de la machine à "casser systématiquement" les prisonniers. Et c'est vrai qu'en sortant de la projection, on est en colère, dégoûté, voire un peu enragé (pour les nerveux comme moi...il m'a bien fallu 1 heure pour me calmer), car on sait que cela continue, que cela ne sera jamais puni et l'on se demande ce qu'il peut bien se passer à Gantanamo! Mais au contraire du réalisateur, on ne peut pas considérer ces soldats-lampistes comme de simples lampistes (quand je dis on, je m'avance un peu, disons, moi je...). Ils étaient jeunes.OK. Ils étaient sous pression et ordres. OK. Ils ne sortent de milieux pauvres et se sont engagés pour pouvoir étudier ou par patriotisme apres le 11 sep. 2001.OK. Très bien, mais est-ce que tout ceci les exemptent de savoir ce qui est un crime de ce qui ne l'est pas? L'inénarrable Lynndie England ne comprend toujours pas bien ce qui lui arrive, "après tout, on ne les a pas tués!" Ben non, elle ne les a pas tués, elle les a juste préparé à être tués par ses collègues de l'intelligenceet police militaire, et pour ceux qui s'en sont sorti elle a juste détruit leur vie. Un autre, bonne tête joufflue qui pense avoir été puni parce que il est sympa, parce qu'il veut toujours rendre service et quand on lui demande de prendre des photos, ben même s'il trouve ca un peu bizarre, il les prend:"I am just a nice guy!" Et son plus grand souci à présent, c'est d'avoir trainé dans la boue son nom de famille qui avant son départ en Irak était associé aux faits d'armes et médailles d'honneur de son père et grand-père au Vietnam.C'est absolument écoeurant et obscène cette représentation de la "banalité du mal" si bien décrite par Hannah Arendt dans "Eichmann à Jérusalem, Rapport sur la banalité du mal", au service d'une démocratie qui entend prodiguer ses valeurs au reste du monde.MaB, BerlinStandard Operating Procedure, d'Errol Morris, Etats-Unis, 2008
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