A la veille du lancement de la cinquième édition du festival Assalamalekoum, la rédaction de Mauritanies1 revient sur les points forts et les limites de cette manifestation désormais bien connue du public local. Esquisse de bilan avec Monza, fondateur du festival.

Promouvoir la culture du Hip Hop, tel est le credo d’Assamalekoum Festival lancé il y a 4 ans à Nouakchott par le rappeur et acteur culturel Liman Kane alias Monza. Le bilan du festival qui jouit d’une « certaine notoriété » au niveau régional et international est considéré par beaucoup comme « assez positif ».

Durant cette cinquième traversée culturelle, le public devrait cette année rencontrer des artistes locaux et internationaux comme Medine, Malikah, Simon, Adiouza, Canabasse, Pape Thiopett, Castro, Berey Koy  et vibrer au rythme de concerts, de Battle de danse, de projections, et d’expositions entre autres. Cette cinquième édition est notamment co-organisée par la Communauté Urbaine de Nouakchott, par la Région Ile de France et par l’IFM (Institut Français de Mauritanie) qui accueille de nombreux évènements.

Le festival a-t-il gardé toute son énergie ? Qu’en est-il de l’évolution de cette manifestation ? 

Le parcours est jugé « positif » selon Monza, Mister X et Bios Diallo. Ces derniers insistent sur « la maturité » de cette initiative culturelle dont ils ont suivi l’évolution. De 10 000 participants en 2008 année de son lancement, la grand-messe du hip hop a enregistré en 2011 20 000 visiteurs selon son promoteur. Un rendez-vous musical qui fait travailler plus de 300 personnes dans les différents lieux de la manifestation.

De 80 000 euros au départ, le budget du festival avoisine aujourd’hui les 180 000 euros à travers une programmation de 56 artistes internationaux.

Ce festival qui se veut « une tribune de production, de diffusion et de promotion des talents rap » a assuré durant sa traversée la formation d’une cinquantaine de jeunes, celle d’une trentaine de stagiaires en spectacle et deux en régie général, s’est amélioré au fil des différentes éditions en améliorant son dispositif technique, de réalisation et de formation.

Dans un contexte d’absence d’industrie du hip hop, mettre en place un tel festival est perçu par le slameur  Mister X comme « une initiative vaillante », en partant de peu de moyens pour faire connaitre les rappeurs pour que « ces  derniers osent exprimer leur talent artistique ».

Le rap mauritanien face au défi de l’union

De son coté, Bios Diallo, conseiller en communication au ministère de la Culture s’interroge sur la façon de rendre plus présent sur scène les artistes mauritaniens. Monza aurait bien voulu que les rappeurs mauritaniens se structurent entre eux, mais au lieu de cela « ils se mangent entre eux  plutôt que de faire des choses ensemble » lance t-il pour inciter la troupe à l’union.

Même si Assalamalekoum Festival demeure un rendez vous incontournable pour les mélomanes, le promoteur se désole que le ministère de la Culture n’arrive pas à accompagner «les actions valables jusqu'à présent » tout en rappelant que son objectif n’est pas de «cracher sur le système » mais d’interpeller ce ministère de tutelle à une réelle promotion du hip hop.

D’autre part, Mister X estimant l’initiative « appréciable » estime qu’une décentralisation de l’événement s’impose à l’issue de ce parcours. Des initiatives telles que « Assalamelekoum Tour » (lancé 2009 pour promouvoir le  renforcement des compétences des artistes locaux) et le dispositif Assalamalekoum Découverte (initié en 2011) sont deux exemples de réussite du Festival. Des initiatives qui connaissent encore quelques couacs d’organisation et souffrent parfois du manque d’implication des rappeurs locaux.

Quel avenir pour Assalamalekoum Festival sans Monza ?

Une question qui s’est invitée au cœur du débat, durant ces années d’Assalamalekoum Festival, des polémiques qui ont souvent eu lieu sur la faible présence des rappeurs locaux durant le festival, où certains acteurs du milieu ont laissé éclater  leur colère en affirmant que les participants étrangers étaient plus favorisés que ceux du pays.

Un débat récurent auquel Monza répond : « Les rappeurs mauritaniens n’ont jamais compris que ce festival est leur festival. Je ne vais pas sacrifier ma carrière d’artiste pour le rap mauritanien, il arrivera un moment où ce sera à eux de faire Assalamalekoum, parce qu’à un moment donné,  je vais vivre ma vie d’artiste et le rap mauritanien se débrouillera », conclut–il sur un air de mise au point.

Peut-être que les lauréats d’Assalamalekoum Découverte sauront relever le défi de la relève, l’avenir nous le dira !

Awa Seydou Traoré

 (Mauritanies1)

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