#4M2013 : Penser "l'après" dans les médias

Enregistrement de l'Atelier des médias à Montpellier #4M2013 (Crédit photo: Pierrick De Morel)

 

Article rédigé par Raphaelle Constant et Pierrick De Morel.

 

Le web a soufflé, en ce début d’année 2013, ses 20 bougies. Après la révolution des médias en ligne, il est l’heure de décrypter les enjeux des médias à l’ère numérique. “Internet est-il un média crédible ?”, “Quelle place pour les blogueurs et journalistes citoyens dans les rédactions ?”, “Comment une rébellion peut-elle informer ?” ou encore “Comment produire une info innovante ?” Voilà quelques thèmes des conférences auxquelles ont participé, du 12 au 14 juin 2013, 150 professionnels venus de près de 40 pays, lors du forum 4M “Journalisme et médias sociaux” (Média, Méditerranée, Montpellier et Mutation).

 

Cette semaine, l'Atelier des médias est à Montpellier pour une émission spéciale. Nous profitons de l'organisation du Forum 4M par Canal France International (CFI) pour rencontrer des acteurs du web, journalistes et blogueurs, venus du monde entier. Les forums 4M réunissent depuis deux ans des acteurs des médias pour s'interroger sur le journalisme face aux enjeux numériques. Ce programme a pour vocation de favoriser le partage d'expériences et d'innovations afin d'accompagner le développement de ces rédactions du sud dans la révolution des médias sociaux.

 

Pour cette émission spéciale, l’Atelier des médias a reçu quatre acteurs des médias aujourd’hui: Malek Khadhraoui, co-fondateur de Nawaat, le célèbre média tunisien participatif, Pierre Haski, cofondateur du pure player français Rue89, Pierre Gotson, coordinateur du groupe haïtien Médialternatif, un groupe mis en place en 2001 fondé par trois journalistes qui intègre le participatif dans sa logique d’informer, et le Mondoblogueur centrafricain Johnny, alias Blogueur Centro.

 

Leur point commun ? Tous ont eu à gérer l’après d’un événement important. Après la révolution tunisienne pour Malek Radahoui, après le rachat de Rue89 par l'Obs pour Pierre Haski, après le séisme d'Haïti pour Pierre Gotson, et après le coup d'Etat à Bangui pour Johnny.

 

Conférence : Les outils et pratiques du journalisme participatif  ? (Crédit photo: Hamed Zbeda)

 

La révolution numérique, et après ?

 

L’après pour Malek Khadraoui, cela a d’abord été le moment de la professionnalisation. Lancé en 2004, soit sous la censure de Ben Ali, Nawaat a connu un boom après la révolution, obligé de faire face à une grande demande d’information de la part des citoyens. “On s'est retrouvé obligé de quitter notre rôle d'amateurs non spécialisés, de prendre les choses plus au sérieux et de développer des outils plus professionnels. Nous avons effectué cette transition en intégrant dans notre rédaction des journalistes de métier.” 

 

Pierre Haski, cofondateur de Rue 89, un pure player français qui a fait des lecteurs des sources majeures d’information, est de cet avis : « Avec Rue 89 et Nawaat, nous avons emprunté des chemins inverses : Rue89 est parti du journalisme professionnel pour aller vers l'univers citoyen et non professionnel. Nawaat a fait le chemin inverse, partir d'un engagement citoyen et militant pour aller vers une professionalisation. »


Aujourd'hui, l'appel à la contribution d'une audience non professionnelle, qui apparaissait comme une hérésie au moment du lancement de Rue89 début 2007, est devenu la norme : « Il n'y a plus un seul site internet dans l'univers français qui ne fasse pas de participatif, à des degrés divers. », constate Pierre Haski qui explique : « On est dans une période de bouleversements permanents dans laquelle il faut tout le temps se remettre en question et ne pas s'endormir sur ses lauriers. C'est le côté enthousiasmant. »


Le côté moins réjouissant, c'est la question du modèle économique, difficile à traiter. Pierre Haski en sait quelque chose : pour survivre, Rue 89 a dû être racheté par Le Nouvel Observateur, en 2011. « Sept ans après son lancement, Rue89 n'a toujours pas trouvé son modèle économique. » La question du modèle économique a d'ailleurs été évoqué lors de ces rencontres 4M avec une conférence d'Emmanuel Hogg, directeur de l'AFP. Selon lui, “nous sommes dans un secteur économique où le consommateur n’a jamais payé le prix réel de l’information. Il est temps de remettre de la valeur économique dans le monde de l’information.”

Conférence : Internet est-il un média crédible ? (Crédit photo: Hamed Zbeda)


Les réseaux sociaux, un point de départ dans la collecte d’informations


La directrice de la prospective de l'école de journalisme de Sciences Po, Alice Antheaume, a lancé le forum en modérant la première conférence sur la question des usages de l’audience. Comment vérifier des informations provenant des réseaux sociaux avant la publication ? Pour répondre, sont présentes les rédactions du Sénégal (Le Soleil), d’Egypte (Al Masry Al Youm) et d’Haïti (Groupe Media Alternatifs). Bouba Saw confie que la rédaction du Soleil a mis en place trois niveaux de vérification de l’information des usagers. Pierre Gotson d’Haïti en a deux et avoue préférer être en retard que corriger une information erronée. Pour lui, “Internet en soi n’est pas un média, c’est un autre territoire de la société”.


En Egypte, les médias sociaux sont devenus très populaires depuis la révolution. Le journal Al Masry Al Youm a aujourd’hui une équipe dédiée aux nouveaux médias. Ehab El Zelaky dit envoyer systématiquement un journaliste sur le terrain pour vérifier l’information reçue des internautes. Tous s’accordent à dire que si les réseaux sociaux sont un point de départ, le travail journalistique de vérification et de mise en forme reste indispensable.

Conférence : Comment ouvrir sa rédaction au public ? (Crédit photo: Hamed Zbeda)


"Celui qui apporte l’information n’est pas le journaliste. C’est le citoyen”


Depuis le printemps arabe, les journalistes citoyens ont modifié le rapport à l’information dans les pays du sud. Cette question a été abordée lors d’un débat modéré par Pierre Haski et qui portait sur la question de l’ouverture des rédactions au public. Pour Abderrahmane Semmar, rédacteur en chef du site d’informations algérien Ness News, “celui qui apporte l’information ce n’est pas le journaliste mais le citoyen.” Mardiyah Chamim, directrice de l’Institut indonésien Tempo, déplore un déclin de la presse écrite traditionnelle dans son pays. “Aujourd’hui, en Indonésie, on mange, on prie et on tweete.” Le réseau de microblogging Twitter sert à attirer les blogueurs et les jeunes vers l’information car ils ne lisent pas de formats longs.

De son côté, la Libye a profité de la révolution de 2012 pour former des jeunes journalistes et les inclure dans le débat démocratique. Ziad Maalouf, qui participait également à ce débat, a expliqué que « le média doit apprendre à écouter son public. Il faut mettre le citoyen journaliste au cœur de la rédaction. Néanmoins, le participatif est à la fois un danger et une chance. »


Et Philippe Couve, journaliste indépendant et consultant, de conclure : « Je ne comprends pas la crispation des journalistes envers les blogueurs. Les blogueurs ne veulent ni voler le travail, ni la place des journalistes. »

 

 

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