"La trahison d'Einstein", pièce d’ Éric - Emmanuel Schmitt, au théâtre Rive Gauche, est une œuvre bouleversante qu'il faut voir absolument.

Jean - Claude Dreyfus, capable d'incarner le duc d'Orléans dans «L'Anglaise et le Duc » et le boucher sanguinaire dans «Delicatessen» nous surprend encore dans le rôle d'un vagabond ayant reçu la visite d'un agent du FBI. Son personnage n'a pas peur de tendre la main à un soi-disant communiste d'après les américains, d'un soi-disant criminel juif d'après les nazis, et d'un soi-disant traître d'après le même Einstein. De qui s’agit-il cet ami ? Personne d'autre qu' Albert Einstein, le génie aux cheveux en bataille.

Jean - Claude Dreyfus sous la mise en scène de Jeunet, Rohmer et Steve Suissa

Au théâtre Rive Gauche, jusqu'au 22 juin 2014, on a l'occasion de prendre plaisir du gros talent d'un acteur unique: Jean - Claude Dreyfus. Il a volé la vedette en 1990 quand Jean - Pierre Jeunet lui offrit le rôle d'un boucher cynique et anthropophage pour son film « Delicatessen ». Après vingt ans, Dreyfus continue à attirer l'attention de son public fidèle qui l'adore.

Son prestige le fit travailler sous les ordres d’ Éric Rohmer en 2001 comme le cousin de Louis XVI. Cette fois - ci Dreyfus monte sur scène pour incarner un vagabond qui s'entendra avec un "homme ressemblant à Einstein". Certainement le clochard a tort. Ce n'est pas une question de ressemblance car c'est Einstein lui- même qui lui parle. 

Il y a un écart entre ces deux personnages devenus complices. En étant une célébrité, Einstein continue à s'habiller négligemment. Ce n'est pas à cause qu'il soit dépourvu d'argent. La raison est rien d'autre qu'il se moque de ce genre de protocole. Toutefois malgré la simplicité en apparence d'Einstein, il y a quelque chose le hantant. Qu'est - ce que c'est ? Il se sent responsable des bombardements d' Hiroshima et Nagasaki au Japon. Après tout, il poussa le président américain Roosevelt d'inventer autant que possible la bombe atomique avant les nazis. Il regrettera d'avoir signé cette pétition.

Francis Huster comme Einstein

L'acteur Francis Huster assume le rôle d' Einstein avec de l'intensité. Le cinéma et le théâtre ont du mal à aborder un sujet si ambitieux et risqué tel que la souffrance d' un héros qui s'est toujours culpabilisé.

Pourtant Huster n' a pas été seul dans ce projet - ci. La collaboration ne pourrait pas avoir été plus sublime. Ce sont Éric- Emmanuel Schmitt, l'auteur du scénario, et Steve Suissa, le metteur en scène, qui ont contribué à humaniser un génie sur lequel tout le monde attribue une bonté sans bornes.

Einstein décédera en 1955. Cela prendra un terme aux cauchemars qui hantèrent  le grand mathématicien. Il ne pouvait pas s'empêcher de se culpabiliser: comme s'il eût appuyé sur la touche de la machinerie qui largua les bombes atomiques sur 260000 personnes.

La mise en scène de Suissa est portée avec de la fureur de telle sorte que l'on puisse sentir la chaleur de 2000 degrés du 6 août 1945, la naissance d'un champignon toxique qui se dressera et brûlera des milliers de vies humaines en quelques secondes. Ce qui commence comme un éclair s’étendra comme une boule enflammée sortant d'un volcan ou du noyau du soleil, comme si l'on était enfermés dans une usine meurtrière de fours crématoires. Ainsi on est témoins de la folie américaine pour gagner une guerre qui pouvait s’élargir jusqu'en 1946. Durant l'heure et demie de la pièce de théâtre le public boit de l'eau, ils sont assoiffés, tandis que l'on écoute les cris déchirants des survivants d' Hiroshima  buvant de l'eau radioactive venant de la pluie noire. Hiroshima brûlé, Hiroshima brisé, Hiroshima martyrisé. 

Une pièce d’Éric - Emmanuel Schmitt

Cette fois-ci on est en face de la même équipe d'un autre succès théâtral « Le journal d'Anne Frank », composée par Huster, Suissa et Schmitt avec qui on voyage à travers la vie d'une jeune fille étant juive et ayant voulu devenir une actrice d' Hollywood en aboutissant sur l'histoire d'un physicien, voire juif aussi, ayant trouvé et jouit de la réputation et la reconnaissance des États - Unis.

Schmitt, écrivain prolifique ayant écrit aussi la pièce « Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran », a voulu que l'on pût sentir l’ambiguïté d'un homme glorifié jusqu'au bout. Nous sommes tous victimes des autres et la désespérance nous impose à nous adhérer à des choses épouvantables que l'on aurait refusé naguère. Pour autant après cette épreuve, Einstein refusera d'être nommé président d’Israël en 1952. Le souvenir d' Hiroshima continuait à être un mur peint en rouge dont la couleur était encore fraîche. 

La trahison et l'humanisme d'Einstein

 

Dreyfus comme un ours dans la forêt déploie toute sa force. Sa présence scénique envahit la scène derrière un personnage qui aurait pu être éclipsé par l'Einstein d' Huster. Mais il réussit à briller, pas forcément à cause de qu'il pût nous faire peur (le boucher de « Delicatessen »), ou nous faire pitié (« L'Anglaise et le Duc »). C'est le côté cynique la nouvelle stratégie de son personnage pour que le public succombe à genoux.

Il est en quelque sorte le Sancho de « Don Quichotte » en face d'un Einstein étant un rêveur tourmenté et coincé par un monde qui l'obligea à se mettre du côté des Alliés. Einstein méprisa les forces armées d'autant plus que le destin de ses siens le poussa à s'impliquer à la victoire de celles de l'Amérique puisque l'Axe de l'Allemagne, de l'Italie et du Japon était encore plus mortifère que le camp des Alliés avant le bombardement d'Hiroshima. 

Le vagabond de Dreyfus sans la sagesse et l'antinationalisme d'Einstein, est une bête sauvage, exquise dans sa simplicité, incapable d'inventer une bombe atomique, astucieux de savoir se débrouiller en face d'un agent du FBI et établir une conversation avec un génie. Il fait étalage d'être accoutumé à survivre en se servant de tout ce qu'il y a autour de lui sans profiter des autres et sans chercher sa destruction. Einstein aurait pu être plus humaniste; mais le clochard de Dreyfus devient l' humanité pure sans tomber dans le piège de mépriser ou ne pas mépriser la guerre. Ceux qui méprisent la guerre se trouveront dans le dilemme de penser que la paix naît précisément de la guerre.

On aimerait citer trois œuvres qui peuvent bien clore ce thème - ci:  « Adolf » d' Osamu Tezuka, "Hiroshima" de Keiji Nakazawa et « Maus » d' Art Spiegelman. Tel que cette pièce ces œuvres nous font aussi réfléchir à une vérité écrasante: en 1945 vraisemblablement personne n'a gagné cet affrontement entre superpuissances malgré la propagande triomphaliste de l'Amérique. Einstein sut cela depuis début. 

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