2013 a été marquée par un vent de protestation émanant des entrepreneurs. Quels sont les profils et les griefs de ces chefs d’entreprises inquiets pour la survie de leurs activités, et, plus globalement, pour la compétitivité du pays ?

La colère fiscale gronde

 

La vague de soulèvements des entrepreneurs a connu une visibilité importante dès la fin 2012 avec le désormais célèbre mouvement des Pigeons. Ce collectif, dont Jean-David Chamboredon, qui dirige le fonds Isai, est à l’origine, s’est révolté contre le projet de loi de finances qui envisageait alors de taxer à plus de 60% les plus-values réalisées sur les cessions d’entreprises. « Une loi de finances anti start-up », déplorait alors Jean-David Chamboredon, qui pointait du doigt les risques d’une telle mesure : elle signerait la fin des investissements, et une grosse entrave à l’entrepreneuriat en général. « Cela signifie condamner à mort l’économie et la croissance de notre pays », martelait-il.

 

Cette menace sur la compétitivité a été entendue par le gouvernement, qui a fait machine arrière : les mesures annoncées au printemps 2013 à l’issue des Assises de l’entrepreneuriat ont pris en compte les revendications des Pigeons. Jusqu’à ce que deux amendements déposés en octobre par Christian Eckert réveillent la grogne : ils remettent en cause certains abattements finalement obtenus et annulent le sursis d'impôt accordé à l'entrepreneur qui réinvestit dans une nouvelle entreprise. Cédric Labeau, co-fondateur d’InSoAct et « business angel », le déplore : « la France a besoin d’entrepreneurs et d’investisseurs, et il est dommage que la création d’entreprise et l’innovation fassent encore l’objet de discussions très politiques ».

 

C’est aussi une question fiscale qui cristallise la colère des Tondus, autre mouvement s’opposant à la lourdeur et aux augmentations des charges patronales, qui, selon eux, étouffent leurs activités, et donc leurs capacités d’investissement et d’embauche. Le collectif, qui a appelé à stopper le paiement des charges, revendique à ce jour 400 000 entreprises dans son sillage. Didier Fillon-Ducret, entrepreneur à Nevers, formule le message que revêt cette action symbolique : « il y a une vraie crise en France, les petits chefs d’entreprises sont en train de mourir, on les laisse et c’est insupportable ».

Les très médiatisés – et désormais également très diversifiés – Bonnets rouges sont aussi, à l’origine, un collectif de chefs d’entreprises refusant l’écotaxe, impôt supplémentaire venant mettre en péril leurs activités… et leurs emplois. Et là encore, le mouvement se revendique comme la voix des « petits » : « on fait partie de la petite économie, on est nombreux mais pas unis et on a l’impression qu’on est complètement ignorés par les parisiens qui ne voient que le CAC40 », explique un assureur du Finistère.

 

Pour la sauvegarde de l’entrepreneuriat des plus petits

 

C’est d’ailleurs un dénominateur commun de l’ensemble de ces soulèvements : les TPE et PME se sentent lésées par la fiscalité et le droit des entreprises. Car la menace n’est pas que fiscale : en témoigne cet appel lancé par des chefs d’entreprise et parlementaires de l’Hérault pour la protection et la croissance des PME face aux grands groupes. Jean-Michel Germa, le fondateur de la Compagnie du Vent, est à l’origine de cette idée. Sa société a en effet souffert de son rapprochement avec GDF-Suez, qui, une fois actionnaire majoritaire, a pris des décisions contraires aux intérêts propres de sa filiale. Réalisant que ces pratiques étaient monnaie courante, et préjudiciables aux PME qui représentent pourtant un vrai potentiel de dynamisme et de croissance dans le pays, il s’est engagé pour faire changer la législation.

 

La tribune publiée par le collectif soutenant le projet détaille les enjeux : « Alors que les entreprises de taille intermédiaire (ETI) pourraient constituer de véritables moteurs pour l’économie française, tant en termes de créations d’emplois, que d’innovations et de compétitivité, force est de constater que notre pays souffre d’une grave carence juridique en la matière, du fait d’un processus d’absorption massif de PME par de grands groupes, motivés par la crainte que ces dernières ne grandissent et ne finissent par leur faire concurrence » (1). La proposition de Jean-Michel Germa consiste à s’inspirer du droit allemand pour introduire une mesure obligeant les groupes à dédommager les entreprises qu’ils contrôlent en cas de décision portant atteinte à leurs intérêts propres, sur le modèle de ce qui existe également en matière de protection des sociétés cotées.

 

C’est aussi l’inquiétude pour la survie des plus petites entreprises qui a fait naître le mouvement des Poussins. Celui-ci s’oppose au projet de loi Pinel, qui, selon eux, met en danger l’existence du statut d’auto-entrepreneur en limitant sa durée dans le temps ainsi que les seuils de chiffre d’affaires. « Si 5% du million d’auto-entrepreneurs devait disparaître, cela représenterait le plus grand plan social de France ! », alerte Adrien Sergent, le porte-parole du mouvement. Le rapport Grandguillaume (2) publié en fin d’année va d’ailleurs dans le sens de ces revendications, en proposant un statut unique pour toutes les entreprises individuelles, préservant le régime fiscal et social simplifié des auto-entrepreneurs. Et il porte un titre résumant bien les préoccupations de ces derniers : « Entreprises et entrepreneurs individuels : passer du parcours du combattant au parcours de croissance »…

 

Derrière ces soulèvements, les entrepreneurs expriment leur mécontentement face à un système qui met en danger les plus petits d’entre eux. Et en conséquence, la compétitivité et les emplois liés – plus de 80% des emplois créés en France sont le fait des TPE-PME. Finalement, il s’agit tant d’une inquiétude que d’une incompréhension : ils s’estiment lourdement bridés, alors qu’ils seraient à même de relancer la croissance.  

 

(1) Tribune complète : http://www.lopinion.fr/21-juin-2013/proteger-favoriser-croissance-pme-francaises-1303

(2) http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/134000864/

     

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