Atelier des medias

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Dans la première émission de l'Atelier des médias, j'ai tutoyé Francis Pisani dans le cadre de sa chronique.

Je l'ai tutoyé parce que c'est ainsi que nous nous parlons lorsque nous ne sommes pas à l'antenne. Ecoutez ici.



Ce "tu" m'a valu quelques remarques et notamment (de manière indirecte) de la part de Loïc Hervouet, le médiateur de RFI (qui se fait le porte-parole des auditeurs via les messages qui lui sont adressés).

Loïc indique que ce tutoiement est perçu comme un signe de conivence qui est perçu comme une forme d'exclusion par certains d'entre vous. Le tutoiement donnerait le sentiment que l'on assiste à une discussion privée.

J'ai demandé à Loïc Hervouet de venir nous en parler dans la prochaine émission.

Mais, toi qu'en penses-tu vous, qu'en pensez-vous?

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Malik Berkati Commentaire par Malik Berkati le 30 Octobre 2007 à 11 48
Je peux te tutoyer? ;-)
Je rigole, mais en fait depuis que je suis sur cet atelier, je n'arrive pas à me décider pour le tutoiement ou le vouvoiement bien que nous soyons sur une plateforme de communication où le tutoiement va pour beaucoup de soi, voire est la règle (pour éviter le problème, j'adopte parfois des formules lourdes mais indirectes, réglant ainsi mon problème).
Dans les médias, la règle semble être plutôt inverse...enfin, c'est ce que je croyais, jusqu'à ce que je fasse l'expérience du monde médiatique germanophone où le tutoiement est beaucoup plus courant et accepté.
Personnellement, je préfère tout de même le vouvoiement, qui effectivement donne une impression de distance entre les personnes et ne donne pas l'impression à celui qui lit, écoute ou regarde une interview ou un débat qu'il assiste à une discussion entre copains, même si bien sûr, le tutoiement a le mérite d'être plus transparent et surtout naturel.
Simon DECREUZE Commentaire par Simon DECREUZE le 31 Octobre 2007 à 11 05
Vous citez l'Allemagne monsieur , mais que dire de l'Angleterre...
Il est vrai que le "Tu" français est assez familier , le "vous" n'est-il lui meme pas un peu hypocrite dans certains cas ?
Benoît Marchal Commentaire par Benoît Marchal le 31 Octobre 2007 à 22 12
Dès lors où cela corresponds à la pratique hors antenne, je trouve que c'est préférable.
C'est pas de la radio mais dans mes interviews, je tutoie presque tous mes interlocuteurs parce que je les tutoie hors micro et, dès le départ, j'ai pris le parti-pris d'éviter ce que je perçois comme une forme d'hypocrisie.
Et les retours de mes auditeurs (en direct et spontané, je n'ai pas de médiateur) sont très positif sur ce point : "on a l'impression d'être assis tous ensemble autour d'une table, c'est convivial." Mais bon, c'est un petit milieu la photo et tout le monde se tutoie.
Malik Berkati Commentaire par Malik Berkati le 1 Novembre 2007 à 9 00
@ Simon
Tout à fait Simon, le cas échéant c'est plus transparent de tutoyer quelqu'un que l'on tutoies dans la vie, j'en conviens.
Je précise que ce n'est pas moi qui me suis plaint du tutoiement de Francis Pisani (lol), cela passe plutôt bien dans le cadre d'ADM et je ne l'aurais pas remarqué plus que cela si Philippe n'avait pas fait le billet.
Je répondais juste d'une manière générale sur la question: je suis moi-même confronté au problème en tant que rédac en chef d'une publication bilingue, avec des interviews écrites où en français nos interlocuteurs sont vouvoyés et dans la version allemande plutôt tutoyés.
HERVOUET Loïc Commentaire par HERVOUET Loïc le 3 Novembre 2007 à 10 24
Après l'émission, voici de façon plus cursive l'essentiel de mon argumentation pour le vouvoiement à l'antenne:

Par fonction et par nature, le médiateur donne rarement un avis sans y avoir un peu réfléchi. On pardonnera donc le raisonnement, en trois parties comme à Sciences Po (dont je ne sors pas, ce qui m’évite et m’a évité bien des tutoiements), mais qui tente de rassembler tous les éléments argumentaires énoncés et entendus. Bien entendu, la question ne se pose qu’à l’antenne : dans les couloirs, le courrier et sur les blogs privés, on fait ce qu’on veut…

1. les 3 inconvénients du tutoiement

- cette « complicité » affichée exclut le public qui « n’en est pas » : pas de problème dans un chat entre blogueurs, mais difficulté pour intégrer les autres (milliers, millions d’) auditeurs dans une émission.

- cette complicité rompt l’égalité de traitement entre les différents participants à la même émission : y a-t-il les amis, et … les autres ?

- la porte est ouverte à bien des ambiguïtés et à des hypothèses de l’auditeur. En prétendant lever certaines ambiguïtés par le tutoiement, on en crée d’autres.

On a pu entendre sur RFI, dans la même émission, celui qui menait le débat vouvoyer les universitaires (tous Blancs), et tutoyer les artistes, tous Africains. Imaginez les réactions réelles du public sur le racisme supposé d’un animateur … africain qui avait tout simplement tutoyé ses amis. Danger, corde raide.

2. les 6 mauvaises raisons réelles ou supposées pour tutoyer

Quand il entend « tu » à l’antenne, l’auditeur peut imaginer bien des raisons dans la tête du journaliste :

- vouloir être, dans les médias ou dans son média, original, révolutionnaire (à peu de frais), vouloir choquer et détoner, faire du « djeunisme », faire prétendument « moderne », affirmer son journalisme « junky »

- vouloir montrer qu’on est à tu et à toi avec tel expert, telle vedette, tel « puissant »

- vouloir laisser croire que « ici, c’est comme entre potes, comme sur le net, convivial et tu et tout » … alors que c’est … sur l’antenne de RFI, qui a d’autres contraintes et surtout un autre public beaucoup plus large

- vouloir laisser entendre qu’on n’est pas comme les autres journalistes, sous-entendu réactionnaires, cul-pincés et complices des pouvoirs : bonjour la confraternité et la modestie…

- le faire parce que ça se fait ou ça commence à se faire ailleurs : bonjour le suivisme… Et si ça se fait en Angleterre, c’est grâce au « you ». Le « tu » généralisé est aussi une forme perverse d’anglicisme

- la lutte contre l’hypocrisie ou pour la transparence : c’est l’argument le plus sérieux, mais tutoyer à l’antenne parce qu’on se tutoie dans la vie, c’est trop ou pas assez. La vraie transparence serait de dire nos liens avec les invités, les risques de complicité réelle ou supposée, les éventuels conflits d’intérêt…

Et je ne permets pas qu’on traite ma maman d’hypocrite : elle était institutrice, a donc été la mienne, et elle m’a appris à dire « maîtresse, vous… » quand j’étais au CM2, et « maman, tu… » quand j’étais à la maison. Un peu de rigueur vis-à-vis des autres ne nuit pas. :-)


3. les 3 avantages du vouvoiement (à l’antenne, dans une émission d’information)

- tout intervenant devient une source, parmi d’autres, on la traite comme telle, sans familiarité excessive

- on installe une distance entre interviewer et interviewé (Hubert Beuve-Mery, fondateur du Monde : « Le journalisme, c’est la distance… »), une distance qui a, entre autres mérites, celui de rappeler qu’on est là pour bosser, sérieusement, et pas dans la fantaisie d’un café du commerce entre potes. C’est une manifestation de professionnalisme, de respect.

- on répond aussi, tout simplement, au vœu très très majoritaire des auditeurs. Ce n’est pas la plus mauvaise des raisons, lorsqu’on se veut … interactif.
LH/02.11.2007

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