Conscient des enjeux actuels qui secouent les rédactions de France et les équipes de production des médias dits classiques (écrit, télé, radio), voici ma modeste contribution à l'édifice. Car qu'ai-je constaté en 15 ans de carrière? Qu'à travers mes rencontres, mes propres expériences, mes recherches, il y a toujours ce même fil conducteur : la presse dans son ensemble vit une crise du changement. Où se mêlent pression du marché, mutations technologiques, choc générationnel, emballement médiatique, etc. Avec la nécessité de tirer quand même de ces cahots quelques enseignements pour rebâtir.Je commence ce qui sera une série par le dénominateur commun : le journaliste. Comment peut-il évoluer? Que doit-il faire, ne pas faire? Ce qui suit ne sont ni des leçons, ni des vérités absolues; juste des conseils de bon sens, tirés de pratiques quotidiennes.1- écrire ses sujets en multimédia : rien de pire que des formats prétextes (écrire pour Google). Un audiocast, un vidéocast (le podcasting), un blog de rédaction, etc. cela s'écrit journalistiquement; ce ne sont pas des gadgets. Donc les écrire selon des chartes, principes, styles... pouvant être définis et améliorés dans le temps.2- accepter l'effet boomerang : révolution! le journaliste en ligne moderne peut (hé oui) et même doit accepter que ses lecteurs commentent, corrigent, prolongent ses productions. C'est l'effet "boomerang", bien connu en PQR : ce que l'on écrit produit un effet et une réaction, positive ou négative. Un site web 2.0 se doit de savoir gérer cela et de le susciter : sinon il mourra.3- cultiver son réflexe terrain : un journaliste couvrant pendant 2 jours un salon, ou parti une semaine en reportage à l'étranger doit jouer le jeu de la presse en ligne réactive et du web 2.0 participatif : soit bloguer à distance, envoyer ses textes par internet, savoir prendre un son/lemonter/le publier en autonomie. Inutile de tout faire en même temps cela dit, au risque de... tout mal faire. Des choix tactiques s'imposent donc.4- gérer les participations : poser les outils, les espaces de communication sur un site (commentaires, sondages, etc) ne suffit pas. Il faut en promouvoir l'existence mais aussi gérer le contenu, soit modérer les interventions, répondre aux participants, les relier entre eux, etc. Le journaliste/modérateur n'est pas un vain mot.5- participer vous-mêmes : vous voulez qu'on commente vos note de blog? allez déjà commenter celles des autres (confrères, experts, anonymes...), surfer sur des sites sur vos secteurs et hors de vos secteurs, pour vos loisirs.6- s'équiper a minima : la panoplie matérielle du journaliste web 2.0 est somme toute simple. La base c'est l'ordinateur portable, si possible léger. S'y ajoutent un enregistreur numérique audio, une caméra vidéo numérique (ou un photophone évolué). Une carte de connectivité 3G peut s'avérer utile pour la mobilité. Se cacher derrière le constat du "ma boîte m'équipe pas" est un peu court. Rappel : les journalistes profitent pour "frais professionnels" d'une défiscalisation de 7500 euros par an. Elle est sensée couvrir ce genre d'investissement pas du tout superflus.7- reposer son kit logiciel : les outils sont légions sur le web. Encore faut-il poser des jalons et des standards. Sur une panoplie simple et logique : par exemple un webmail, un agrégateur de flux RSS, un logiciel de retouche image en ligne, un accès FTP. Idéal : partager vos découvertes. Mieux : faites les valider et généraliser par les directions techniques et informatiques.8- informez-vous, formez-vous 2.0 : un lecteur ou agrégateur RSS; écouter des audiocasts; voire des vidéo en ligne... Tous ces supports apportent une nouvelle dimension à l'information. Autant en profiter pour mieux travailler. Netvibes est aujourd'hui devenu un incontournable : ne pas le maîtriser est un erreur. Si cela vous est trop pénible individuellement, bonne nouvelle : voilà de quoi inspirer vos demandes de formation!9- échangez : avec vos collègues, confrères, concurrents, avec des experts, spécialistes, etc. Le web 2.0 est une école d'ouverture sur le monde. Sachez la vivre au quotidien pour enrichir votre propre réflexion et vos autres centres d'intérêt, hors job.10- surtout, détendez-vous : le contenu web 2.0 n'est pas seulement un contenu de plus à produire, une charge, un boulet; il formalise l'enjeu d'un "travailler autrement" pour la presse, crucial et excitant;Et vous, avez-vous des réflexions sur des méthodes, des trucs, des anecdotes concernant cette entrée en web 2.0 du journaliste? Si oui, n'hésitez pas à échanger avec moi pour compléter ce listing forcément imparfait et améliorable.
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Commentaires

  • Merci pour vos commentaires.
    - Malik : en effet, à défaut, ça risque de tourner à l'éparpillement; il faut s'y préparer à l'avance, faire des choix et organiser sa journée. Par exemple : à 10h, pause salle de presse et 20 minutes de bloguing; puis on reprend sa conf' ou ses interviews; à 13h, re-pause, etc.
    - Philippe : oui, en gros il s'agit d'y aller par plaisir et curiosité, surtout pas par contrainte voire sanction;
  • Bonjour Laurent,
    voilà dix conseils tout à fait pertinents et le dixième n'est pas le moins important : dire aux journalistes "Surtout détendez-vous" c'est une façon d'exprimer le fait que le web est LUDIQUE.
    C'est ce que j'essaie de montrer pour ma part à chacune des formations multimédias que je leur donne.
    Quoi qu'il en soit les dix conseils que tu donnes entrent selon moi dans deux grandes catégories :
    1- L'acquisition de la culture web (les usages, les pratiques, le "paysage" web)
    2- La prise en main des outils multimédias. Ce concept de "boîte à outils multimédias"
    me paraît essentiel, indispensable pour enclencher une nouvelle dynamique dans les rédactions.
    Il me semble que les éditeurs (patrons de presse) commencent à en percevoir la nécessité. C'est, en tout l'axe de formation que j'ai commencé à développer.
    Il s'agit d'offrir aux journalistes une palette d'outils multimédias, simples d'utilisation, qui leur permettront d'exploiter tout le potentiel (excitant, comme tu le soulignes) du web.
  • Bonjour Laurent,
    très intéressant ce billet!
    Petite remarque sur le conseil numéro 3: si on couvre un événement pour un journal imprimé auquel on doit rendre un/des papier/s pendant la chose, ce n'est pas évident de bloguer de manière conséquente pendant ce temps. Mais comme vous le dites, il faut faire des choix tactiques.
    malik
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