Pourquoi Internet est si cher en Afrique ? ( 2ème partie)

Dans la facture des internautes africains, on l’a vu (1), la part du prix d’accès aux liaisons internationales pèse lourd. Pourtant, la mise en service du câble sous-marin Sat3 le long des côtes occidentales du continent en 2002 aurait du faire baisser les tarifs par rapport au coût des liaisons satellitaires. Source de profit conséquente pour les opérateurs, le câble n'a hélas pas tenu ses promesses auprès des utilisateurs...

Il devait inaugurer une nouvelle ère de l’Internet en Afrique.15300 kilomètres de fibre optique avec onze points d’atterrissage sur la côte occidentale africaine, 28 000 kilomètres en tout en comptant la partie reliant l’extrémité du continent à la Malaisie, 650 millions de dollars investis par 36 opérateurs d’Afrique et d’ailleurs : « nous comblons le fossé numérique avec les autres continents » déclarait fièrement le président sénégalais Abdoulaye Wade lors de l’inauguration du câble sous-marin Sat3 à Dakar en 2002.

Six ans plus tard, le fossé numérique s’est accru et le câble, capable de transmettre simultanément près de 6 millions d’appels téléphoniques et 2300 canaux de télévision ne serait exploité qu’à 5% de ses capacités selon l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques ! Pourtant les pays reliés au câble ont beaucoup gagné en bande passante, ce qui augmente la capacité d’envoi et de réception de données et fait encore cruellement défaut en Afrique. Et aujourd’hui, Cotonou, Abidjan, Dakar ou Libreville proposent à leurs habitants des connexions ADSL (haut débit) illimitées. Membre de l’Atelier des Médias, François Laureys nous invite pourtant à aller voir de plus près les impacts du câble dans quatre pays d'Afrique selon une étude récente de l'Assocation pour le Progrès des Communications . On y lit en effet que les prix d’abonnement à Internet n’ont pas subi la baisse annoncée par les opérateurs. Certes, le prix horaire de connexion dans un cyber café a été divisé par 5 en moyenne dans les pays raccordés, passant de 1500 à 300 CFA, comme l’écrit Fatou Faye du Réseau International des Correspondants Francophones. Mais l’abonnement haut débit, de meilleure qualité, est aussi plus cher qu’en 2002. Toujours selon cette étude d'APC, qui s'attarde notamment sur le cas du Sénégal, juste avant la mise en service du câble, on comptait environ 13 000 abonnés à Internet à Dakar. Le débit n’était pas très bon mais souvent suffisant pour l’utilisation qu’en faisaient les particuliers. Ils payaient alors l’équivalent de 12 US dollars pour 20 heures de connexion mensuelle. En 2007, on compte 7 000 abonnés de plus avec une connexion optimale de navigation à 512 kbps mais qui revient à 30 US dollars en illimité. En bref, la connexion est meilleure mais dans l’absolu, elle est plus chère.

Pourquoi la mise en service de Sat3 n’a-t-elle pas fait baisser les prix de connexion ?

« Ca aurait pu et ça aurait du se passer comme cela, admet Karine Perset, économiste à l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques, mais en fait l’accès à ce câble sous-marin est généralement limité à un seul opérateur et cet opérateur est systématiquement l’opérateur « historique, (à l’origine, l’opérateur national ndlr), donc il y a très peu de concurrence et cela a entrainé des prix très élevés ! » conclut-elle en insistant sur le « très ».

Des prix encore trop élevés dans les pays reliés au câble mais qui n’ont rien à voir avec ceux pratiqués dans les pays qui ont « raté le câble » selon l’expression de Nahmsath, membre de l’Atelier des Médias qui nous écrit du Togo. Pour eux, comme pour les pays enclavés qui n'ont pas accès au littoral, la facture pour emprunter cette bretelle d’accès au réseau international est carrément exorbitante comme l’explique Annie Chéneau Loquay, directrice de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique et présidente d’Africa NTI :

« Les prix sont absolument éhontés pour les gens qui n’étaient pas dans le consortium (qui a financé la construction de Sat3 ndlr) avant, comme la Mauritanie comme le Mali ! »


L’opérateur sud africain Telkom est l’un des principaux investisseurs dans le consortium Sat3 avec 13 % de participation pour 85 millions de dollars mais il en est un autre encore plus présent : c’est France Télécom. C’est ce que nous a fait remarquer Laurent Gille, de l’école d’ingénieur Telecom Paris-Tech. Si Telkom a fait de l’accès à Sat3 une « rente de situation » comme le dit Annie Chéneau Loquay, lui nous renvoie vers une certaine décision de justice concernant un litige entre France Télécom et l’Ile de La Réunion.

Sur l'Ile de la Réunion, des prix divisés par dix !

Il s’agit de la partie du câble qui relie l’Afrique australe à l’Europe, dénommée SAFE qui dessert l’Ile française de la Réunion. On est en 2002, et pour les Réunionnais comme pour les habitants des pays d’Afrique occidentale, le câble est un formidable espoir de sortir du no man’s land numérique. Mais le prix des connexions, ici aussi, rend le dispositif inexploitable. Jusqu’à ce que l’autorité de régulation française qui surveille l’application des directives européennes pour le prix d’accès aux télécommunications intervienne. Compte tenu de sa situation de monopole, France Telecom est alors mis en demeure de justifier ses tarifs, de fait injustifiables. Le résultat, confirmé par la cour d’appel de Paris est que le prix de routage des informations entre Paris et Saint Denis de la Réunion a été divisé par 10, passant de 15000 € à 1500 € par mégabit par seconde. Quand on vous dit que les prix sont exorbitants… Combien la Sonatel, opérateur historique sénégalais racheté à hauteur de 43% de son capital par France Télécom retire t’elle de sa main mise sur l’accès à Sat3 ? Selon le directeur des Ressources Humaines de la Sentel, l’un des rares opérateurs de téléphonie mobile agréé au Sénégal cité par l’Association pour le Progrès des Communications, « la valeur marchande de l’accès au réseau international au Sénégal peut être estimée à 140 millions de dollars avec un potentiel allant jusqu’à 187 millions de dollars ». Un chiffre que l’opérateur sénégalais n’a jamais confirmé comme il n’a jamais voulu répondre à l’enquête d’APC quand il s’est agi de ses bénéfices. Or, ajoute cette étude, tous les fournisseurs d’accès internet sont obligés de faire transiter leur trafic international via la Sonatel.

L’espoir d’un câble plus accessible à l’est ?

Sans mauvais jeu de mot, le câble Eassy est un serpent de mer qui aurait déjà du sortir de l’eau. Mais les conditions de financement pour ce deuxième grand réseau le long des côtes orientales du continent cette fois, les tractations entre les 22 opérateurs et la volonté de proposer un modèle plus ouvert ont retardé le démarrage du chantier. Entré en vigueur en 2008 avec beaucoup de retard, le contrat avec l’équipementier Alcatel-Lucent a finalement permis le début de la construction du réseau sous-marin qui devrait être achevé mi 2010 selon le responsable de la réduction de la fracture numérique chez Alcatel-Lucent,Thierry Albrand. Et cette fois, l’accès au câble devrait être plus facile, y compris pour ceux qui ne font pas partie du consortium de départ

« Le réseau EASSY est un réseau très ouvert où n’importe qui pourra venir se connecter... »


Alain Clerc est secrétaire exécutif du Fonds Mondial de Solidarité Numérique. Ce nouveau câble sous-marin, même d’un accès plus facile, il n’y croit pas vraiment. Pour reprendre l’image qu’il utilise, « ce n’est pas parce qu’un pipeline de gaz passe dans votre jardin que vous pouvez vous y brancher ».C’est la fameuse question du « dernier kilomètre » qui permet à l’utilisateur final de se connecter et qui fait trop souvent défaut en Afrique. Les opérateurs, eux, prétendent résoudre ce problème via la technologie sans fil. Faut-il les croire ? Ce sera la prochaine et dernière partie de notre enquête participative sur le prix de l’Internet en Afrique

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Balises : (, (1), 1ère, <a, >Pourquoi, Afrique, Internet, _blank, cher, en, Plus...enquête participative, est, href=, http://www.rfi.fr/actufr/articles/103/article_68134.asp, partie)</a>, si, target=

Commentaire de aaron bole bansimba wabelo le 12 juillet 2008 à 13:29
le titre 'pourquoi l'internet est il cher en afrique' a retenu mon attention, du fait que je suis usager de cet instrument depuis 1999, année à laquelle la société ou je preste s'en est approprié. 1) pour raisons de travail et de 2:du fait de la mondialisation (facilitation des communications) et approche dans le monde sur tous les plans. la 'sdv -agetraf' est agent maritime,représentant de la ligne Sdv ( une société française de navigation maritime).
effectivement, en ce temps, l'internet en afrique, et particulièrement au congo démoratique demeure encore une exclusivité pour les grandes entreprises qui ent font usage et a rendu plus facile les communications, entre autres, avec les correspondants extérieurs.
oui, il existe bien le cable qui pourrait faire baisser le coût pour la connextion (par tous), entreprises, privées, publiques, confessions réligieuses, où à dimicile, malheureusement, nos Etats n'accordent pas du tout de l'intérêt à faire installer cet outil dans écoles de tout niveau,bibliothèques publiques ...
depuis quelques il y a dans certaines villes du Congo des "cyber Café", qui permettent à un chacun, si possible, d'en utiliser de manière indivuduelle.

oui, les frais de connexion par internet sont très chers, et c'et à nos Etats de tout faire pour la régularisation et la facilitation de cet instrument de le mettre à la disposition de tout le monde.

le pourquoi, il se poserait encore le problème de revenu, l'intelligencia africain semble être mal rémunéré, le nombre d'analphabète s'est accentué suite à la pauvreté, les infrastructures scolaires ne répondent plus au besoin de la mondialisation, d'où il serait pratiquement impossible d'implanter cet outil à n'importe quel endroit (milieu). l'électricité est encore un facteur qui qui, néanmoins, ne peut favoriser son usage dans les milieux de campagne.

au fait, l'internet coûte cher, pour la simple raison que les gourvenenants en terre africain n'ont jusqu'alors apporté aucun soutien pour favoriser sa connexion ni son essor comme cela a été fait pour les appareils portables qui sont en usage à n'importe quel point du pays.

cela est toout à fait évident que c'est un problème d'état; que seul l'etat pourrait en favoriser par la baisse du coût de la connexion.

merci et à vous lire bientôt.


aaron bole bansimba wabelo

tel. '00243) 0998320755
(00243) 0852227950
Commentaire de KOGOE Bertrand le 15 juillet 2008 à 19:52
Pourquoi Internet est si cher en Afrique ?

Déterminer de manière exhaustive toutes les causes d’un phénomène économique et/ou social est un exercice complexe qui ne peut se résumer à quelques paragraphes.

Néanmoins il apparaît très clairement au vue des faits constatés que les causes profondes de la cherté de la connexion à Internet en Afrique se résume à notre manque de vision , d’adaptation et de projection dans un monde devenu virtuel doublé d’un déficit de communication efficace entre les dirigeants et les masses .

Autrement comment expliquer que le domaine .tg ait été acheté et soit géré par une entreprise privée ? (vision)

Comment concevoir qu’un pays du littoral ouest-africain encadré par deux pays possédant des points d’accès distants de moins de deux cents kilomètres , sur le trajet du câble Sat3, sous-traite sa connexion Internet avec un pays enclavé ? (adaptation)

Comment expliquer qu’après 6 années de service le câble sous-marin Sat3 ne soit exploité qu’à 5% de ses capacités ? (projection)

Il y a manifestement des année-lumières entre la vision des discours officiels et l’adaptation des populations qui appréhendent vaguement tous les avantages du réseau des réseaux.

Les discours officiels doivent s’accompagner d’une communication « sauvage » (les populations affamées ne peuvent pas « voir dans l’espace » à plus forte raison « voir dans le monde virtuel » , et d’un plan de développement économique basé sur Internet (développement à l’échelle national et continental de projets e-services ).

« L’échec est bien trop souvent pavé de bonnes intentions », c’est pourquoi l’intention ne suffit pas. Il faut y adjoindre la volonté, les moyens et la manière.

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