Lorsque j'ai vu au journal télévisé un juge en costume cravate debout devant les journalistes déclarer d'un ton sans appel que le prof qui avait giflé un enfant qui l'avait traité de "connard" était sous l'emprise de 0,36 gr d'alcool dans le sang au moment de sa garde à vue; lorsque je l'ai entendu affirmer ensuite que ce prof avait reconnu avoir un problème avec l'alcool, j'ai pensé dans l'ordre suivant:
1. "connard" . Jeter tout ça sur la place publique avant même que le procès ait commencé ce n'est pas bien. Ce n'est pas juste. Tu l'accables devant les caméras avant le procès et il n'est pas là pour se défendre devant les journalistes.
2. Quelle gifle pour le prof, sa femme, ses enfants, de se retrouver ainsi à la une des journaux télévisés et ensuite de se retrouver au tribunal pour une gifle lancée dans un moment d'énervement, de fatigue .
3. J'ai enfin pensé " Dépêche-toi de prendre ta retraite" avant de faire toi aussi une bêtise.
Et puis je me suis dit "Bon maintenant on se calme et on réfléchit". D'accord la violence ne sert à rien. Et ce n'est pas bien. Répondre à une insulte par une gifle ce n'est pas la bonne solution. Mais quelle est la bonne solution? Il y a des élèves qui aiment bien mettre le prof à la faute, le provoquer, lui faire "péter les plombs". D'accord si le mal répond au mal quand s'arrêtera donc le mal? Oui mais les relations enseignants enseignés ne sont pas toujours des relations d'amour, de respect, d'admiration. Elles sont parfois conflictuelles pour des raisons qui ne dépendent pas toujours de l'enseignant ou de l'enseigné. On peut quitter quelques fois sa classe en saignant dans son coeur et saigné, épuisé, vidé dans sa tête et ses nerfs. Que faire devant certains élèves qui cherchent l'épreuve de force? Dans la vie extra-scolaire la réponse est facile: attendre tout simplement que la vie leur colle une gifle. Ils finissent tôt ou tard par la prendre tout seul comme des grands ou des grandes sans l'aide de l'enseignant. En classe c'est plus difficile. En principe nous devrions être capables de trouver une solution autre que la gifle. Mais j'avoue qu'il m'est arrivé dans ma carrière de me laisser emporter verbalement et parfois physiquement et je me garderai bien d'accabler le prof en question et de lui jeter la première pierre. Personnellement si je me laisse entraîner par un enfant à de la violence j'ai très vite le sentiment d'un échec. J'ai l'impression d'avoir perdu l'affrontement. Mais je sais aussi par expérience que la violence existe en chacun de nous et que parfois il faut y faire face: à celle des autres et à la sienne et à celle de la société dans laquelle nous vivons. Je trouve que la pratique des sports collectifs ( foot, rugby, handball) peut aider à canaliser la violence des uns et des autres. Les arts martiaux, la boxe ce n'est pas mal non plus. Je me souviens de matchs profs/élèves au début de ma carrière d'enseignant en collège où je m'en suis donné à coeur joie dans l'affrontement physique avec certains élèves particulièrement pénibles. Les limites entre eux et moi se sont naturellement mises en place. Il m'est arrivé plus tard de retrouver cette même sensation en pratiquant le judo dans un club qui a accueilli et qui accueille toujours des enfants "difficiles" et particulièrement remuants. Ils se sont calmés ces enfants là au fil des entraînements, des compétitions, des victoires et des défaites. Sur les tapis de judo on finit toujours par trouver son maître!
Je me demande souvent si notre société est plus violente ou non qu'avant ? Et si nous ne serions pas passé d'une société de confiance à une société de défiance ? Je n'ai pas vraiment de réponse. La télé nous donne l'impression que nous vivons dans un monde de grande violence mais je me dis tout de même qu'il y a moins de violence chez nous en ce moment que pendant la première guerre mondiale ou la seconde guerre mondiale. Par contre j'ai l'impression que nous vivons dans un monde de plus en plus coupé de la nature et des animaux. Même quand nous vivons en campagne ce qui est mon cas actuellement. Cet enfant difficile qui a provoqué et exaspéré son prof je lui souhaite un jour d'être en contact avec des vaches, des chevaux, des chiens. Les animaux ne se posent pas toutes les questions que nous nous posons. Si nous leur faisons mal gratuitement et sans raison le retour de patte, de corne, de dent ne se fait pas attendre. Peut-être devrait-il y avoir d'avantage d'animaux dans les écoles et les cours de récréation?
Mais qu'en pensez-vous?
Jean-François Sadys, "instituteur de campagne", à la retraite dans quelques mois.
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