Par Alex ACHI
La Côte d’Ivoire, pays essentiellement agricole a bâti son développement autour de la promotion des cultures de rentes telles que le cacao, le café, le palmier à huile… Mais depuis quelques années – loin de délaisser le secteur agricole – ce pays de l’Afrique de l’Ouest intègre de plus en plus le secteur des mines et des énergies (fossiles et naturelles) dans sa stratégie globale de développement. Etat de lieu d’un secteur jadis méconnu de l’activité économique nationale.
Les origines de l’industrie extractive ivoirienne remontent aux lendemains de l’indépendance de ce pays, précisément en 1971 avec la découverte des premiers gisements pétroliers aux larges de ses côtes. Il en est de même pour les minerais comme l’or, le diamant et le fer. Au cours de cette période, la politique gouvernementale consistait uniquement en la prospection et la recherche en ressources naturelles, sans pour autant procéder à une exploitation massive (à l’échelle industrielle). Certes une exploitation artisanale a pu se faire ça et là, mais pas de grande envergure impliquant des moyens techniques et humains importants. L’agriculture a donc naturellement continué de soutenir l’activité économique et cela dans le cadre d’une politique affirmée.
L’exploitation pétrolière, commencée dans les années 1997, concrétise l’entrée de la Côte d’Ivoire dans le cercle hautement stratégique des pays producteurs et exportateurs de pétrole. Même si la production ivoirienne n’atteint pas les proportions de celles du Nigéria par exemple, il est indéniable qu’elle a le mérite d’ouvrir l’économie ivoirienne vers de nouveaux horizons. La prospection pétrolière s’intensifiant, de nouveaux acteurs vont se signaler. Outre la Société d’Opérations Pétrolières de Côte d’Ivoire (PETROCI), de nouvelles firmes vont prendre pied en terre ivoirienne. Parmi celles-ci, on note la prépondérance des entreprises occidentales notamment canadiennes, américaines et françaises. La Pétroci développe de nouveaux partenariats à travers des joint-ventures. L’accord de partage de production à travers le consortium avec Tullow Oil et Canadian Natural Resources (CNR) est le signe du dynamisme du secteur. Le pétrole commence donc à intégrer le tissu économique ivoirien. On dénombre à ce jour 28 champs pétroliers dont 23 attribués à des opérateurs étrangers. En 2006, la production a connu un pic avec 80.000 barils par jour selon un rapport de la Commission de l’UEMOA. En 2008, la production a dans la foulée générée 955 milliards de FCFA et a atteint les 50.000 barils par jour soit 15% des exportations de la Côte d’Ivoire ; ce qui est l’équivalent de 3.6% du PIB selon Pétroci. Cette tendance est confirmée par un rapport du ministère ivoirien des Mines et de l’Energie qui estime que « les travaux d’exportation et de production démarrés en 2008 et qui seront achevés dans le mois de mars 2009, devraient permettre de porter la production nationale de pétrole brut de 46.000 à 57.000 barils /jour. Alors que celle du gaz passera de 140 à 170 millions d pieds cubes par jour » [NDLR: l’article a été écrit en octobre 2009]. Dans la foulée, Pétroci envisage la construction d’une raffinerie – la deuxième après celle de la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR) – avec les 6.000 barils qui lui reviennent, ce qui représentera près de trois milliards de tonne par an. Comme on le constate, la Côte d’Ivoire qui hier a fait le pari de l’agriculture est en passe de moderniser et de diversifier son développement par le renforcement de secteurs autrefois " inactifs".
Tous comme le pétrole et le gaz, le secteur minier n’est pas indifférent à tous ces frémissements. La découverte à Tongon (Tingréla) dans la région des Savanes (Nord, 600 km d’Abidjan) de la plus importante mine d’or, marque un tournant décisif dans l’histoire minier du pays. Cette découverte réalisée par la société sud africaine Rangold Resources, représente en termes de rentabilité un gain net de 300 à 500 millions de dollars américain. La production aurifère constante depuis lors avec l’exploitation de la mine d’or d’Ity (Man, ouest montagneux), place la Côte d’Ivoire dans une perspective heureuse. Loin d’être un « scandale géologique », le sous-sol ivoirien présente un large éventail de minerais. Ce n’est pas la société indienne TATA STEEL qui dira le contraire. Son implantation en Côte d’Ivoire n’est pas fortuite. En effet, son président M.Muthuraman a annoncé que sa société va investir entre un et deux milliards de dollars américain en Côte d’Ivoire dans l’exploitation d’une mine de fer en créant un joint – venture avec la SODEMI (Société pour le Développement des mines). Selon cet accord de partage de production, TATA STEEL aura 75 % et la SODEMI 25% DES PARTS. Cet accord, signé le 11 décembre 2007, a eu l’onction des autorités ivoiriennes. Les réserves de cette mine de fer sont estimées à un milliard de tonne avec une teneur de 40%. La destination de ce minerai sera les aciéries britanniques et hollandaises. Son exploitation est de source officielle prévue pour 2010.
Le secteur de l’énergie qui a jadis connu beaucoup de difficultés nécessitant sa privatisation, reste toujours prometteur et continue de fournir de l’électricité à certains pays de la sous- région. Malgré, les problèmes nés de la fraude sur le réseau électrique - qui a fait objet d’un séminaire à Grand-Bassam (Sud, 20 km d’Abidjan) – ce secteur stratégique devrait stabiliser ses déficits et soutenir l’activité économique. L’Etat ivoirien a compris qu’une économie dynamique, c’est aussi et surtout un secteur énergétique fort, capable de produire l’électricité dont les entreprises ont besoin pour fonctionner. Ainsi, outre l’électricité produite par les barrages (Taabo, Buyo, Ayamé 1&2 et Kossou), l’Etat a favorisé la mise en œuvre de centrales thermiques : Vridi 1 avec 88 MW, CIPREL (210 MW) et Azito (288 MW) se partagent le marché énergétique avec l’EECI (Energie Electrique de Côte d’Ivoire), société gestionnaire des barrages. Ces différentes actions traduisent l’intérêt de l’Etat pour le secteur afin de mieux répondre aux objectifs de développement qu’il s’est fixé.
L’ensemble du secteur des mines et de l’énergie a mobilisé d’énormes investissements qui se chiffres à des milliards de FCFA (chiffres non parvenus) et généré autant en recettes fiscales. En 2008, le pétrole représentait 15% des recettes d’exportation. Plusieurs entreprises sont actives dans le secteur. Ce sont des milliers d’emplois directs et indirects ainsi crées ; même si le taux de chômage reste encore important dans le pays. L’exploitation de la mine de fer de Man (Ouest montagneux) permettra de faire un investissement de l’ordre de deux milliards de dollars américain avec en prime la construction d’un important chemin de faire pour l’acheminement du minerai vers le port de San Pedro (Sud- ouest). Le secteur – dans la hiérarchie des pôles économiques – arrive en troisième position après celui de l’agriculture, des services (banques, assurances et télécommunication). L’Etat ivoirien qui a semble t-il pris la pleine mesure de l’importance stratégique des mines et de l’énergie, initie des reformes et réajustements nécessaires pour une meilleure efficacité et un dynamisme plus accru. C’est dans ce sens que lors de la cérémonie de présentation de vœux de nouvel an au Ministre des Mines par les acteurs du secteur, le Ministre a annoncé certaines mesures pour de meilleures performances. Parmi celle-ci, on peut noter le renforcement des mesures institutionnelles, la formation et la recherche d’une ressource humaine qualifiée et le renforcement des capacités. La société Pétroci dans le cadre du renforcement des mesures institutionnelles, annonce l’élaboration d’un nouveau Code des hydrocarbures plus adapté à l’évolution actuelle du secteur. Des actions similaires sont envisagées au niveau des mines. La fin de la crise politique ouvre de réelles perspectives pour ce secteur stratégique de l’économie. Le retour à la stabilité devrait favoriser la mise en œuvre de toutes ces mesures. L’environnement international reste favorable malgré la tendance actuelle à la promotion des énergies renouvelables. Les énergies fossiles ont encore un bel avenir lié à une forte demande. La Côte d’Ivoire tient a entre ses mains son tiercé gagnant pour un développement équilibré, diversifié et intégré.les jeux sont faits et les paris engagés. Pourvu que la rigueur soit de mise dans la gestion des ressources ainsi générées.
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