Depuis le Coup d'Etat du 22 mars dernier, la prise du pouvoir par une junte militaire, les hésitations des autorités de transition qui lui ont succédé, la rébellion d'indépendantistes touaregs et bien sûr l'occupation actuelle du Nord du pays par des groupes islamistes armés, les journalistes maliens ont du travail... mais il n'est pas toujours facile pour eux de le faire. Au cours des derniers mois, les atteintes aux libertés de la presse se sont multipliées : pressions politiques, sanctions financières et surtout menaces et agressions. Rencontre avec des journalistes et des reponsables de publication à Bamako.
Pour l'Atelier des médias, les directeurs de publication de trois des principaux titres maliens témoignent au micro de David Baché : Abramane Keita, Birama Fall, Alexis Kalambry (détails et photos ci-dessous). Ils dénoncent les intimidations, les menaces, les pressions que le certains cercles du pouvoir exercent sur leurs équipes et sur eux-même.
Abdramane Keita, directeur de la publication du journal l'Aurore, raconte comment il a été enlevé, battu et dévalisé par des hommes habillés en tenue militaire. Son journal a toujours pris position contre la junte à l'origine du Coup d'Etat.
" Le 2 juillet dernier, j'ai reçu un appel. La personne m'a dit qu'elle avait des informations pour moi, sur le Nord. Elle m'a donné rendez-vous, mais en fait je suis tombé dans un piège. Un pick-up s'est arrêté à côté de nous, des hommes cagoulés sont sortis et m'ont embarqué de force. Nous avons traversé toute la ville, ils m'ont emmené dans les hauts-bois. C'est là que j'ai subi un véritable supplice : ils m'ont donné des coups de matraques et m'ont délesté d'une somme importante. Ils m'ont uniquement reproché de perturber le pays."
Birama Fall, directeur de la publication du Prétoire, a été retenu une journée entière et menacé par les services de renseignements alors qu'il enquêtait sur les disparitions de militaires proches du président déchu.
"Ils ont commencé par exercer une pression morale. Ils disaient tout haut "déchambrez telle cellule, on a un nouveau client, il va passer la nuit ici !"... Cela a duré de onze heures à dix-huit heures. Ensuite ils sont venus, et m'ont dit que je détiendrais des informations capitales pour la sécurité du pays. Qu'ils savaient de source sûres que j'avais des informations sur l'existence d'un charnier. J'ai compris à ce moment là que j'étais victimes d'écoutes téléphoniques. Je leur ai répondu que j'avais effectivement des informations. Ils m'ont dit que je ne devais pas publier mon article."
Alexis Kalambry, directeur de la publication des Echos, raconte les pressions au quotidien, les menaces téléphoniques, les difficultés posées par les responsables politiques...
"Depuis le coup d'Etat, je touche du bois, je n'ai pas été agressé physiquement. Mais beaucoup d'allusions, de menaces téléphoniques du type : "faites attention à ce que vous écrivez, qu'est-ce que vous avez-voulu dire par-là ?, on sait où vous logez..." Tout ça, c'est courant. On me reprochait d'écrire, selon, eux contre le premier ministre et le gouvernement."
Au-delà des atteintes aux droits des journalistes, les trois trois directeurs de publication abordent le sujet sensible du traitement de l'actualité au Nord, et en particulier la manière dont ils parlent dans leurs pages du MNLA. Le groupe indépendantiste touareg, qui a pris le contrôle du Nord Mali avant de s'en faire chasser par les groupes islamistes, est boycotté par la presse de Bamako. Les trois journalistes interrogés invoquent la position de "journaliste patriote", défenseur de l'intérêt national dans un contexte où l'intégrité territoriale du pays est menacée. Privilégiant le patriotisme aux principes journalistiques, ils expliquent le déséquilibre parfaitement assumé de leur traitement.
Alexis Kalambry : "On ne peut pas se détacher ! Aujourd'hui, la presse est militante sur la question du Nord. S'il y a des attaques à Kidal et que l'armée me dit qu'ils ont fait dix morts et dix prisonniers, je ne vais pas appeler le MNLA pour entendre que c'est faux. Je dirai que l'armée a gagné, et je dirai tout le mal possible du MNLA. Il n'y a pas à épiloguer ni à vouloir épiloguer : le Mali est attaqué, ce n'est pas une simple question de journalisme, c'est une question de patriotisme."
Photos par David Baché, Photo de bannière : exposition sur la presse malienne à Bamako (Centre culturel de Medina Coura, août 2012)
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Commentaire de Seydou Badiane le 18 septembre 2012 à 18:44 Avant tout un grand merci à Rfi et particulièrement à l'atelier des médias de nous avoir donner l'occasion de s'exprimer sur une situation qui m'intéresse parce qu'elle se passe dans un pays voisin.
Nous avons besoin d'une Afrique unie, donc aujourd'hui il faut prôner l'unité africaine plutôt que des partitions telle que la situation au Nord du Mali.
Comme le dit Alexis Kalambry, « ce sont des ennemis.... c'est une question de patrie et de patriotisme », c'est cela la réalité, il faut les dénoncer. Le journaliste malien doit être un patriote, un acteur dans ce combat, il doit utiliser les médias pour soutenir ses populations. La communication est un autre moyen de faire la guerre. Personne, quelle que soit la profession, ne doit encourager ce qui se passe sur le Nord de ce pays. Ils sont des séparatistes, des dictateurs et ils terrorisent la population. "La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité »
Aujourd'hui, ce public c'est cette population du Nord qui est menacée du matin au soir.
Ma question est la suivante : Est-ce-que les organes de presse maliens essaient de se tourner vers la publication en ligne. Car elle permet de toucher un plus grand nombre de lecteurs et cela avec moins de dépenses, comparer à la publication sur papier. Comme ils n'arrivent plus à avoir des publicités, je pense que cela leur permettra d'avoir d'autres clients qui sont intéressés par les internautes.
Commentaire de BAH BOUBACAR AZOCA le 18 septembre 2012 à 19:19 J'ai été très attristé en lisant le témoignage de nos confrères maliens. Dommage, mille fois dommage que ça se passe dans un pays qui, il y a encore quelques mois, était considéré comme un exemple à tous les niveaux (démocratie et liberté de presse). Alors, comment expliquer, qu'en un laps de temps les choses aient changé au Mali dans le domaine de la liberté de la presse ? Entre les islamistes coupeurs de mains, casseurs de monuments et les militaires putschistes en manque de publicité, comment un journaliste peut-il exercer son métier ?
Commentaire de gbakobo narke irénée roméo le 18 septembre 2012 à 19:25 
Commentaire de Essamba ibohn Marie Danielle le 18 septembre 2012 à 20:19
Commentaire de KAMAGATE ELHADJI DIEOUA ALI le 18 septembre 2012 à 20:55 Peut-on qualifier de Journaliste le "Journaliste patriote" quand on sait qu'il s'écarte de toute objectivité en defendant une cause?

Commentaire de Seydou Badiane le 19 septembre 2012 à 5:29 @KAMAGATE, vous l'avez bien écrit,"Journaliste patriote", c'est ce patriote là qui change tout. Ici, en plus de l'information, le journaliste défend une cause. Mais tout cela dans l'éthique. La situation dans laquelle se trouve le Mali nécessite un autre statut du journaliste qui est celui du patriotisme.
Commentaire de SALMA AMADORE le 19 septembre 2012 à 10:29
Commentaire de Niounga le 19 septembre 2012 à 18:09 C'est vraiment intéressant de la part de l’atelier des médias.Mais ceux qu'il faut savoir, c'est que moi j'ai une fois publier sur mon blog un billet de se genre.Mon constant est que, primo, la plus part des journalistes malienne son entretenu par des hommes politiques, donc en cas de gaffe ils sont ciblé par la junte.On dis que le journaliste est l’œil du peuple c'est carrément le contraire.
Ma question est que, quelle lecture le journaliste malien fait de la situation actuelle a Bamako et Nord?
Une deuxième question, pourquoi ses journalistes ont été agresser,pour faute de quoi?
Commentaire de Samba BARRY le 19 septembre 2012 à 18:31 
Commentaire de Solo Niaré le 19 septembre 2012 à 21:05 La sécurisation des institutions de la République au Mali passe forcement par celle des journalistes. Pour l'instant, ce sera un leure d'y croire un seul instant. Le putch reste d'actualité au Mali, et tant que ces acteurs garderont cette parcelle majoritaire de pouvoir qu'ils détiennent et exercent dans l'abus et l'arbitraire, les journalistes resteront leur souffre douleur de choix. Qu'ils soient taxés d'avoir été les portes voix de ATT ou d'une autre instance, aujourd'hui, l'heure se présente comme celle de la remise en question. Le bordel institutionnel sans précédent que le Mali donne en spectacle au monde ne laisse personne insensible surtout la presse qui sera reconnue par la postérité comme témoin de première ligne.
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